PROMOTION DE CESAR D^ESTREES
instance au nouveau pape en mettra toute la force sur la parole que le Roi avoit déjà de son prédécesseur que, ledit évêque obtenant cette nomination, il le promouvroit dans la promotion des couronnes avec même autant de joie qu'il auroit eu à promouvoir son nonce s'il eût pu .obtenir d'être nommé ; cette circonstance essentielle est de notoriété publique autant à Rome qu'en Pologne et pourra même dans un besoin être attestée à Sa Sainteté par le cardinal Rospigliosi, à quoi ledit duc pourra après ajouter que le Roi n'attend pas de la bonté de Sa Béatitude un moins favorable traitement audit évêque que celui que son prédécesseur avoit déjà promis de lui faire et que Sa Majesté aussi en aura envers elle et les siens les mêmes ressentiments.
Sur cette même matière de l'intérêt de l'évéque de Béziers, Sa Majesté estime à propos d'avertir ledit sieur duc que, quand on traitera de l'élection du cardinal Vidoni, il sera bon qu'il tâche de l'engager, s'il est possible, à promettre que venant à être exalté, il fera cardinal l'évéque de Béziers dans la première promotion, dont, s'il le veut bien, il aura un prétexte fort glorieux pour lui qui est que, comme tous les papes pour marquer leur gratitude ont accoutumé de rendre leur chapeau à celui qui le leur a procuré, Vidoni n'en ayant obligation qu'au roi Jean- Casimir qui le nomma au cardinalat, il peut le rendre audit roi qui le mettroit sur son propre compte, étant donné à l'évéque de Béziers, qu'il a voulu faire cardinal préférablement à tout autre étant encore sur le trône.
La seconde aifaire est celle de l'évéque de Laon * qui a la nomination au cardinalat du royaume de Portugal. Étant toujours de la gloire et du service du Roi que le plus grand nombre de ses sujets qu'il se peut parvienne d'une manière ou d'une autre à cette dignité, l'affaire peut aussi être considérée en trois différents états: la première, si le pape Clément n'est pas mort à l'arrivée dudit duc, il doit faire ses efforts pour tirer parole qu'il accepte la nomination du prince dom Pedro *, ou, si l'on veut parler autre-
1. César d'Estrées, bientôt le cardinal d*Estrées. Voir Y Instruction suivante.
2. Dom Pedro^ troisième fils de Jean IV et frère d'Alphonse VI. L'incapacité de celni-ci ayant été déclarée, dom Pedro devint régent du royaume et épousa sa bellesœur Isabelle de Savoie de Nemours. Il devint roi, en 1683, à la mort d'Alphonse, et mourut lui-même, en 1706.
RECUEIL DES INSTRUCT. DIPLOMAT. VI. — 16
ment, sa recommandation, pour en faire ressentir Teffet audit évêque dans la promotion des couronnes, car encore qu'il soit aisé à juger qu'au mauvais état où est réduite la santé de Sa Sainteté, on ne peut guère espérer qu'il puisse vivre assez longtemps pour accomplir cette parole, jelle ne laisseroit pas, étant une fois donnée, d'être fort à l'avantage et du Portugal et dudit sieur évêque, pour leur donner lieu de surmonter plus facilement tous obstacles auprès du nouveau pape par l'exemple et la décision qu'en aurait faits son prédécesseur.
Le second état est si ledit sieur duc arrive après la mort du pape pendant la séance du conclave ; auquel cas, ayant occasion de faire traiter avec celui que l'on voudra élever au pontificat et de mériter dans son élection, Sa Majesté charge ledit duc d'engager l'affaire dudit sieur évêque de Laon le plus avant qu'il lui sera possible et, en lui faisant représenter les différents motifs qui peuvent la rendre plus plausible, tâcher de tirer quelque sorte d'assurance que la nomination ou recommandation que le roi de Portugal fit dudit évêque sera reçue par lui et répondue favorablement.
Outre toutes les raisons qui peuvent être alléguées en faveur du royaume de Portugal, et dont le sieur Fou cher ^ a de très amples mémoires, ledit sieur duc pourra faire reconnoître, soit au cardinal que l'on voudra élire, soit au nouveau pape, que Sa Majesté s'intéresse infiniment dans cette prétention parce qu'elle s'y est engagée par son alliance, mais surtout parce que l'exclusion que le Saint-Siège donneroit là-dessus au royaume de Portugal tourneroit au désavantage de la réputation de Sa Majesté, ne pouvant être considérée dans le public que comme un sacrifice qui seroit fait à l'Espagne de l'honneur et de la dignité la plus essentielle d'un royaume considérable, à l'affermissement duquel Sa Majesté a tant contribué ; et, comme le motif de gloire et d'émulation doit paroître le plus pressant de tous, il semble aussi qu'il doit être le plus appuyé au cas qu'on trouvât beaucoup de résistance.
Le troisième état est avec un nouveau pape quand il sera
1. Le sieur Foucher fut, plusieurs fois, agent de la France en PortugaL (V. Instructions du Portugal, par db Caix db Saint-Aymour, p. lvi.)