‹ RomeChapitre 132 sur 186 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Sa Majesté ayant estimé à propos pour les considérations qu'elle a dites de vive voix audit sieur évêque de ne tarder pas plus longtemps à le faire partir pour aller à Rome sans attendre le sieur duc d'Estrées, son frère', qu'elle a nommé son ambas-

1. Cësar d'Estrëes, ne à Paris le 12 février 1628, évéque duc de Laon, pair de France en 1653, membre de 1* Académie française en 1657, s'employa très activement à « la paix de TËglise » en 1668. U avait pris une grande part à la négociation du mariage de Tainée des deux filles de M">e de Nemours avec le duc de Savoie en 1665, et, en 1666, au mariage de la seconde avec le roi Alphonse de Portugal, ce qui lui avait valu, comme on Ta vu dans la précédente instruction, la nomination de la couronne du Portugal au cardinalat. Le principal objet de son voyage et de la mission qui motiva ce « mémoire » fut d'obtenir précisément sa promotion en cour de Rome. Clément X le désigna in petto dans la promotion de 1671, et ouvertement un an après. Il fut, en i676, protecteur de la couronne du Portugal. Il resta longtemps à Rome auprès de son frère, l'ambassadeur, et il prit part notamment aux conclaves d'Innocent XI et d'Alexandre VIII, d'Innocent XII et de Clément XI. Il s'était démis, en 1681, de son évéché de Laon.' En 1702, il fut envoyé en Espagne. Il mourut le 19 décembre 1714, âgé de quatre-vingtsept ans. Il a relaté ses Négociations à Rome, de 1671 à 1687, dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale. Les contemporains parlent avec estime de sa capacité^ de son expérience des affaires, de son dévouement à la couronne. Louis XIV l'appréciait beaucoup. Saint-Simon lui consacre un long et élogieux article dans ses Notes sur les duchés-pairies,., (t. II, p. 127). « Il fut, dit-il, un des plus beaux génies et des plus sçavans prélats de l'Église de France, d'une figure extrêmement noble, d'un cœur qui l'estoit encore plus, vif, ardent, ambitieux et sçachant cstre ami et ennemi, tout brillant d'esprit dont il ne pouvoit quelquefois retenir l'impétuosité, et à qui il échappoit quelquefois des traits qu'on ne pouvoit lui pardonner... On disoit plaisamment de lui qu'il négocioit à coups de poing avec les ministres et le neveu du pape. La vérité estoit qu'on les entendoit quelquefois crier de deux chambres et qu'il leur lançoit des lardons quelquefois personnels qui les mettoient au désespoir » (p. 131). Les ultraraontains lui reprochèrent toujours d'avoir excité le Roi à la résistance contre Rome dans l'affaire de la Régale et dans le démêlé relatif à la nomination des évéques, qui en fut la suite.

2. François- Annibal II duc d'Estrées, fils du duc d'Estrées, auteur des Mémoires, qui avait été également ambassadeur à Rome sous Louis XIII. Le nôtre servit jusqu'au grade de lieutenant général. On voit par le passage qui motive cette note qu'il était, dès le mois de mai 1671, désigné, à son tour, pour le poste d'ambassadeur près du Saint-Siège. Il y arriva seulement en janvier 1672 et y resta sans interruption jusqu'à sa mort, arrivée en 1687. Il avait presque toujours auprès de lui

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