PROMOTION DE CÉSAR D'ESTRÉES
chapeau qui a vaqué par la mort du cardinal Ginetti, Sa Majesté lui en témoignera une si parfaite gratitude, durant tout le cours de son règne, qu'il en tirera incomparablement plus d'avantages et de satisfactions qu'il n'en sauroit avoir par la promotion de six prélats italiens. Cela ne sera pas difficile à comprendre audit cardinal pour peu de réflexion qu'il veuille faire à ce qui s'est passé dans le dernier conclave, en faveur du cardinal RospigHosi pour la mémoire du feu pape son oncle, à laquelle Sa Majesté se tenoit obligée, et elle trouve bien que ledit évêque citant cet exemple audit cardinal lui promette de la part de Sa Majesté, moyennant lagrÀce présente de ce chapeau, l'union et le concours de toute la faction de la France avec la sienne dans les conclaves à venir, non seulement pour- les exclusions des sujets dont il auroit à craindre l'exaltation, mais pour les inclusions de ceux qu'il pourroit désirer quand ils ne seroient pas d'ailleurs trop visiblement suspects à Sadite Majesté. Et outre cette union générale et sincère des d.eux partis, elle n'empêchera jamais que ledit évêque, étant de cette sorte entré dans le sacré collège par la faveur dudit cardinal, ne vive à son égard comme pourroit faire la plus fidèle, la plus reconnaissante, la plus soumise de toutes ses créatures, comme en effet il y seroit bien obligé par la grandeur et la promptitude de la grâce.
Il pourra ajouter à cela les assurances d'une haute protection de Sa Majesté pour ledit cardinal, encore qu'il en ait besoin en aucun temps, comme il arrive assez souvent des persécutions aux neveux des papes après la mort de leurs oncles, par l'avidité ou l'envie des autres neveux qui sont entrés dans le poste qu'ils ont perdu ; et enfin il pourra assurer encore ledit cardinal que Sa Majesté lui donnera en toute rencontre tous les effets qu'il sauroit lui-même désirer de son amitié et contribuera avec plaisir à tous les avantages de sa famille.
Le Roi trouve bon encore que ledit sieur évêque puisse
d*Etat, vicaire de Rome) camerliogue de la sainte Église, grÂce au hasard qui fit contracter alliance par quelqu'un de sa famille avec la famille de ce cardinal Altieri qu'une sorte de hasard porta au pontificat. Il n'ëtait jamais sorti des États ecclésiastiques et c'est avec la mince expérience de l'administration jde l'ëvéché de Montefiascone qu'il gouvernait despotiquement la sainte Église. (Voir Rel. des Amb. Vën., II, p. 382.) *
donner audit cardinal toutes les mêmes assurances qu'on vient de dire, quand môme Sa Majesté ne pourroit obtenir pour lui le chapeau qui est vacant, pourvu qu'il soit effectivement compris dans la première promotion de cardinaux que le pape fera et qu'elle ne soit que de deux cardinaux ou tout au plus de trois, sans attendre un plus grand nombre de places vacantes, Sa Majesté s'étant déjà contentée, par la réponse qu'elle a chargé le sieur de Lionne de faire à une lettre du cardinal Borromeo*, comme ledit sieur évêque sait, que le pape attendit encore pour le promouvoir la vacance d'un second chapeau. Il est pourtant à observer que Sa Majesté n'a donné ce consentement à cette attente qu'à condition que, s'il arrivoit dans cet intervalle de temps, quelque accident à la santé du pape qui pût faire craindre pour sa vie, Sa Sainteté prononceroit aussitôt, ou dans le consistoire ou dans son lit, la promotion dudit sieur évêque, afin que son honneur qui a été notablement blessé dans la dernière promotion pût être infailliblement réparé, sans quoi les ressentiments que Sa Majesté en a témoignés contre le cardinal Altieri revivroient avec justice, puisqu'il est aujourd'hui au pouvoir dudit cardinal de ne pas mettre au hasard la satisfaction de Sa Majesté.
Et c'est pour cette considération encore d'assurer mieux la chose que le Roi a fait proposer au cardinal Borromeo que le pape voulût bien faire présentement un cardinal et le retenir m petto comme on dit, le cardinal-neveu écrivant le même jour à Sa Majesté que ledit sieur évêque est déjà cardinal, quoique non publié, et Borromeo a répliqué sur cette ouverture en ces propres termes, qtCelle lui plaisait infiniment^ qu'il allait mettre les fers au feupaur l'exécution^ qu'il doutait seulement de pouvoir vaincre la candeur du pape qu'il représente comme ennemi de tout ce qu'ils appellent en Italie « mezzi termini ». Mais il est aisé à voir que si le cardinal Altieri veut sincèrement la chose, ce ne lui sera presque pas une affaire d'y porter le pape et par son crédit et par l'adresse dudit Borromeo.
\. Le cjwdiaal Federico Borromeo, l'un des premiers promus par Clément X; d'une grande naissance, d'une haute capacité, ayant vieilli dans le service, nonce en Suisse pendant dix ans, gouverneur de Rome, nonce en Espagne, aimé et estimé des deux couronnes. Secrétaire d'État sous le pontificat de Clément X, il était tout à fait digne de cette hautt charge. (Voir l'Ambass. vénit., loc. cit.^ p. 359.)