PROMOTIONS ÉVENTUELLES
Ce cardinal a toujours fait croire ici, et Ta dit même au sieur de Bourlemont, que Sa Sainteté s'étoit engagée envers Tempereur pour Tun des premiers chapeaux. Cependant le cardinal Altieri a toujours dit le contraire à l'abbé Bonfils et, depuis quelque temps, a assuré ledit sieur de Bourlemont que le pape n'a aucun engagement avec l'empereur que pour la promotion des couronnes. Il sera du soin et de la prudence dudit sieur évèque de démêler une si grande contrariété et même quel peut en avoir été le motif, puisqu'elle pourroit faire douter de la sincérité de leurs intentions dans les offres qu'ils font, si l'on ne voyoit le grand intérêt qu'a ledit cardinal Altieri de satisfaire le Roi et de ne pas hasarder une chose si délicate pour lui, sur la vie d'un homme âgé de plus de quatre-vingts ans.
Ledit sieur évêque devra aussitôt tâcher de s'éclaircir d'abord quelles sont les véritables intentions dudit cardinal Altieri sur la promotion pour en rendre présentement compte à Sa Majesté, c'est-à-dire combien de places vacantes il a dessein d'attendre pour porter le pape à la faire, et de quels autres sujets il la veut composer avec ledit sieur évêque que Sa Majesté présuppose, sur les paroles qui lui ont été données, y devoir être infailliblement compris. Il devra cependant faire toutes sortes d'elforts, comme son propre intérêt l'y obligera assez, pour obtenir que le pape fasse ladite promotion dès qu'il y aura deux places à remplir.
Tous les avis qui viennent de Rome et toutes les apparences aussi veulent que le dessein dudit cardinal soit d'attendre trois vacances au plus et de les remplir dudit sieur évêque, du religieux dominicain, frère du duc de Gravina *, lequel aura épousé sa nièce, et d'un des frères du cardinal Rospigliosi', que le pape voudra aussi promouvoir, tant pour satisfaire à sa gratitude envers la mémoire de son prédécesseur qui le fit cardinal dont est provenue ensuite son exaltation, que pour faire voir au Roi et au reste du monde que le chapeau qu'il donne à sa considération et
1. Vincent-Marie des Ursins, Romain, de Tordre des frères prêcheurs, archevêque de Manfredonia et de Bénëvent, oardinalà la promotion de J 672, depuis pape, BOUS le nom de Benoit XIII.
2. Félix Rospigliosi, neveu du pape Clément IX, ne devait être promu au cardinalat qu'en 1673.
à la prière de Sa Majesté plutôt qu'à la nomination de la couronne de Portugal, n'est pas en échange de celui qu'il doit et qu'il veut rendre à la maison de Rospigliosi, suivant l'expédient qui fut proposé quelques jours avant la dernière promotion.
Mais si le cardinal a fait ce projet tel qu'on vient de dire, il semble ici qu'il ne sera pas malaisé audit^évèque de le faire réduire à deux places, afin que le Roi ait plus tôt sa satisfaction en disposant, en ce cas- là, le cardinal Rospigliosi à témoigner luimême à Sa Sainteté qu'il sera fort content qu'elle ne diffère pas à donner les deux premiers chapeaux jusqu'à ce qu'il en ait vaqué un troisième, et qu'il lui suffirad'être assuré par avance de l'avoir lorsqu'il viendra à vaquer. Celui même de ses frères qui devra être promu pourra être facilement porté à faire la même prière au pape, n'ayant aucun intérêt réel à la chose, puisqu'en tous les deux cas il devra toujours attendre, pour être cardinal, la vacance de ce troisième chapeau, lequel lui sera même plus assuré après avoir tiré un engagement et une parole positive du pape, et le monde aussi ne pourra dire alors ni juger que ledit évêque ait eu le chapeau de la maison Rospigliosi par l'expédient d'un échange, puisqu'il aura été donné purement à la considération de Sa Majesté^ sans que ladite maison y ait rien perdu ni même un seul moment de temps à l'obtenir. Sa Sainteté, comme il a été remarqué, n'ayant jamais fait état de lui accorder la grâce que pour le troisième chapeau vacant.
Mais si, contre tout ce qui vient d'être dit, le dessein du pape étoit plutôt d'exécuter ce que ledit cardinal Borromeo a fait écrire au sieur de Lionne par Ugo Maffei, c'est-à-dire de promouvoir d'abord ledit évêque et le marquis de Baden* nommé par l'empereur, l'intention de Sa Majesté est que ledit évêque non seulement ne donne pas son consentement à ce projet, mais s'y oppose vigoureusement au nom de Sa Majesté, demandant positivement de sa part que le pape attende la vacance d'un troisième chapeau pour l'archevêque de Toulouse * nommé par le roi de Pologne, suivant la parole que Sa Sainteté a donnée au Roi et Sa Majesté»
1. Gustave, marquis de Bade-Dourlach, cardinal de la promotion de 1672.
2. L'archevêque de Toulouse était Pierre Bonzi, promu également au cardinala^ en 1672.