NOMINATION DU ROI DE POLOGNE
conséquemment, la sienne audit roi de Pologne que Teffet de ces deux nominations de Tempire et de la Pologne iroit toujours ensemble et ne seroit jamais séparé.
La raison pour laquelle le Roi ne se peut départir de cette demande, c'est que le roi de Pologne qu'il a sensiblement obligé par cette nomination et même dans sa conservation, nonobstant Talliance qu'il a depuis prise dans la maison d'Autriche, auroit grand sujet de croire et de se plaindre que Sa Majesté l'eût abusé et se fût moqué de lui en substituant Tévêque de Laon en la place de l'archevêque de Toulouse et lui faisant recevoir dans le monde l'affront public qu'on eût vu promouvoir au cardinalat le sujet que l'empereur a nommé et le sien avoir été omis contre les paroles du pape et du Roi, que ces deux affaires auroient toujours marché conjointement et d'un même pas, d'où il s'ensuivroit infailliblement que ledit Roi, piqué de cette offense, révoqueroit ladite nomination, et ainsi la fortune dudit archevêque se trouveroit perdue et le service de Sa Majesté aussi bien que sa réputation auroit reçu un grand préjudice par la seule raison qu'on auroit voulu hâter de quelque temps l'avantage dudit évèque lorsqu'avec un peu de patience on pourra assurer également rétablissement de l'un et de l'autre. Si le Roi n'avoit une grande foi en la probité dudit sieur évêque et en sa soumission aveugle à ses ordres, il peut assez juger lui-même que Sa Majesté ne lui confieroit pas comme elle fait la direction de cette affaire où on lui met en main tous les intérêts d'un autre prélat qui court dans la même carrière que lui quoique non si avancé dans la lice ; mais c'est cette confiance même qui fait que Sa Majesté se promet qu'elle n'aura jamais occasion de lui faire des reproches d'en avoir mal usé, comme, sans doute, il en useroit très mal si pour hâter de quelque temps sa promotion il ruinoit la fortune de Tarchevêque de Toulouse, et il lui doit bien suffire que, dans ce cas-ci, il n'ait pas plus à attendre que dans le premier, c'est-àdire la vacance d'un troisième chapeau.
Ledit sieur évêque donnera promptement avis au Roi, dès qu'il l'aura pu pénétrer du projet certain que fait le cardinal Altieri sur ladite promotion ; car s'il étoit tel à l'égard de l'empereur que le cardinal de Borromeo l'a fait mander ici par Ugo
2o4 CÉSAR D'ESTRÉKS. ÉVÊQUE DE LAON, 167i.
Maffei, c'est-à-dire de promouvoir le marquis de Baden et lui, dès qu'il y aura deux chapeaux vacants, il ne sera peut-être pas difficile à Sa Majesté, envoyant une personne expresse à Varsovie, de faire négocier en sorte avec le roi de Pologne, que lui-môme se contentera que les choses se passent de la sorte en tirant une nouvelle parole de Sa Sainteté par un bref positif et bien exprès que, dès qu'un troisième chapeau viendra à vaquer, elle le donnera sans aucun délai à l'archevêque de Toulouse et en cela on ne perdra point de temps, car même le second aujourd'hui n'est point vacant.
Tout ce que dessus est dit sur le fondement que le cardinal Altieri agisse dans l'affaire dudit sieur évêque avec les bojmes intentions de satisfaire Sa Majesté qu'il a fait protester ici par tant de divers canaux. Mais si ledit sieur évêque reconnoissoit, étant sur les lieux, par son procédé et par ses discours, qu'il y eût à douter de sa sincérité et qu'il eût autre chose dans le cœur que ce qu'il dit et qu'il a fait écrire et écrit lui-même. Sa Majesté remet entièrement à la prudence dudit sieur évêque de tenir aussi à son égard une conduite toute différente de celle qui lui est prescrite ci-devant dans ce mémoire et nommément lui laisse à toutes fins* une pleine liberté de pouvoir s'adresser directement au pape même, pour représenter fortement à Sa Sainteté les désirs et les intérêts de Sa Majesté ; elle lui laisse même la faculté de cesser de voir ledit cardinal Altieri et de négocier avec lui, s'il en falloit venir à cette extrémité-là, pour redresser la conduite qu'il tiendroit dans son affaire, et, en ce cas-là aussi, pour servir à la même fin, il ne seroit que bon que ledit évêque fît de fréquentes visites à la reine Christine et affectât d'avoir des conférences avec les cardinaux de l'escadron pour faire craindre au palais que Sa Majesté ne les reçût sous sa protection et ne prît d'ailleurs avec eux toutes sortes de mesures contre les Altieri.
Il est superflu de recommander audit sieur évêque de considérer extrêmement en toutes rencontres la personne, les désirs et les intérêts du cardinal Rospigliosi, sachant là-dessus, comme il les sait, les intentions du Roi, et ayant lui-même en son particulier autant d'obligation qu'il en a audit cardinal, se pouvant dire avec vérité que c'est lui qui, par le consentement qu'il donna