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LES CARDINAUX ROSPIGLIQSI ET CHIGI

de l'expédient de rechange, a le plus contribué à mettre Taffaire dudit sieur évèque dans le bon état qu'elle est, sans quoi le pape Tauroit indubitablement renvoyée à la promotion des couronnes, et Sa Majesté n'auroit guère eu de bonnes raisons de presser Sa Sainteté d'en avancer le temps. Ledit cardinal s'est plaint à Foucher, pour le faire savoir au Roi, que le cardinal Altieri travaillait à lui débaucher le bailli Rospigliosi \ son frère, en le voulant promouvoir sans qu'il y eût aucune part ni par conséquent aucune obligation, et là-dessus il a témoigné désirer que, par l'instruction que Sa Majesté donnera audit sieur évêque, elle le chargeât d'employer fortement, en cas de besoin, son crédit et ses offices auprès du pape pour assurer que lorsqu'il voudra rendre à la miaison Rospigliosi le chapeau qu'il lui doit, Sa Sainteté ne choisisse pas dans la famille celui des frères qu'il lui plaira, mais laisse ce choix audit cardinal comme il est bien juste ; sur quoi Sadite Majesté ordonne audit sieur évèque de ne rien omettre pour servir efficacement en cette affaire ledit cardinal Rospigliosi en la manière et aux termes que lui-même suggérera et qu'il croira lui pouvoir être plus utiles pour bien assurer une chose qui lui est si importante et pour l'intérêt et pour la réputation, et en toute autre affaire aussi qui pourroit encore se présenter il lui donnera des effets réels de la haute protection que Sa Majesté prend et veut toujours prendre de sa personne et de tout ce qui regardera ses satisfactions et ses avantages.

A l'égard du cardinal Chigi, ledit sieur évêque doit lui faire bien des amitiés de la part du Roi, Tassurer.que Sa Majesté fait une très grande estime de sa personne, est tout particulièrement informée de sa bonne foi et fermeté à maintenir toujours toutes les paroles qu'il donne, et enfin qu'elle prend une entière confiance à celles qu'il lui a souvent fait donner de ne jamais prendre de résolution importante dans les conclaves dont la gloire et les intérêts de Sa Majesté pussent être blessés et souffrir du préjudice, et qu'il doit aussi faire un état assuré que la faction de France

1. Le bailli Vincenzo Rospigliosi avait servi contre* les Turcs; il ëtait brave, actif, remplissait avec zèle des fonctions militaires dans les troupes pontificales. L'Ambassadeur vénitien le considère comme très attache à la sérénissime république (toc. rï7., p. 353).

8*y conduira avec le même égard envers lui, pour ses satisfactions et principaux intérêts, comme il pourra être encore plus particulièrement concerté et arrêté entre les ministres du Roi et ledit cardinal lorsque la vacance du Saint-Siège arrivera, toutes les mesures de détail qu'on voudroit prendre de plus loin étant pour l'ordinaire ou inutiles ou superflues à cause des changements qui arrivent si souvent dans le sacré collège ou par la mort des cardinaux ou par de nouvelles promotions des papes.

C'est de cette même dernière considération dont ledit sieur évêque se pourra servir lorsqu'il se trouveroit pressé, par exemple, ou par les cardinaux de l'escadron ou par le cardinal Barberin sur des liaisons ou des engagements présents du parti du Roi avec eux, se contentant de donner en général de bonnes paroles à tous et renvoyant tout le détail des mesures au temps de Tinterrègne pendant les neuf jours d'intervalle qu il y a toujours entre la mort des papes et l'entrée des cardinaux au conclave et sa clôture.

Dans Toccasion du retour de Rome de Tabbé Bigorre, le cardinal CiboS sujet de mérite et de naissance, créature du pape Innocent, mais qui ne s'est jamais lié avec ceux de l'escadron, écrivit une lettre au Roi en créance sur ledit abbé lequel dit de la part du sieur cardinal à Sa Majesté, après plusieurs compliments, le grand désir qu'il avoit de la servir et de s'attacher à tous ses intérêts; en substance que si Sa Majesté vouloit bien le gratifier secrètement d'une pension annuelle de dix-huit mille francs, il engageroit sa parole et son honneur de rendre sincèrement et inviolablement à Sadite Majesté ses services en toutes sortes de rencontres et d'affaires avec la même passion et la même fidélité et dépendance que les lui sauroit rendre le plus zélé cardinal françois, sans aucune distinction ni différence, et nommément dans les conclaves marcheroit toujours et donneroit ses suffrages soit pour les inclusions ou les exclusions, selon qu'il lui seroil prescrit par l'ambassadeur de Sa Majesté ou par tel autre cai'dmal

1. Le cardinal Alderano Cibo, ftls du prince di Massa di Carrara; ëleTé à U pourpre par Tamitié du pape Innocent X. Il passait pour mélancolique, ami des études et de la vertu. L'Ambassadeur vénitien le considérait comme dévoué à la maison d'Autriche. (Relat. de 0. Giustinian, loc. cit.,^, 124.)

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