AUTRES CARDINAUX. 2S
OU ministre qui auroit alors en main la direction de sa faction et de ses intérêts.
Le Roi chargea Bigorre de lui écrire en général que sa proposition avoitfort plu et agréé à Sa Majesté et que le duc d'Estrées ou son frère lui en porteroient la réponse précise. Voici maintenant, en peu de mots, quelle est celle que Sa Majesté désire que ledit sieur évêque lui fasse : que s'il veut se déclarer ouvertement du parti du Roi et mettre les armes de France sur sa porte, Sa Majesté lui accordera bien volontiers les six mille écus de pension qu'il a demandés, et même avec un peu de temps les lui donnera en bénéfices ou en pensions ecclésiastiques, mais que si, pour ne pas se faire préjudice sur les prétentions qu'il peut fort justement avoir un jour au pontificat, il aime mieux servir Sa Majesté secrètement en la manière qu'il l'offre, elle lui donnera aussi secrètement quatre mille écus de pension annuelle qui lui seront toujours très ponctuellement payés des propres deniers de son trésor royal.
Le cardinal Rospigliosi ayant dit à Foucher que les cardinaux Nini*, Piccolomini * et Roberti' avoient aussi la même disposition de s'engager secrètement dans le parti du Roi, Sa Majesté donne aussi audit sieur évêque les mêmes ordres et le même pouvoir de les y recevoir aux conditions qui viennent d'être dites sur le sujet du cardinal Cibo, c'est-à-dire de six mille écus par an et même en bénéfices, à chacun de ceux d'entre eux qui voudra bien prendre la résolution de se déclarer ouvertement de son parti et de quatre mille écus de pension secrète sur son épargne, à ceux qui ne voudroient s'engager que secrètement dans ses intérêts.
Le Roi remet à donner à son ambassadeur lorsqu'il partira,
1. Jacques Nini, de Sienne, majordome du pape, cardinal de 1664, camerlingue de la sainte Église.
2. Le cardinal Cœlio Piccolomini de Sienne est le même qui était nonce en France du temps de Taffaire de la garde corse. Il avait reçu la pourpre en 1664. Clément X le nomma à rarchevéché de Ravenne. 11 était altier, « plein de l'opinion de son mérite et de sa capacité ». Il passait pour dévoué à la maison d'Espagne. (Voir le mémoire du cardinal d'Estrées du 16 juillet 1676 sur les sujets papables. Aorne, t. CCXLHI, fol. 119-163. — Michaud, 1. 1", p. 218.)
3. Charles Roberti, Romain, archevêque de Tarse, le même qui fut nonce en France, cardinal de 1666, à la nomination crAlexandre VII.
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puisque ce doit être dans le mois prochain, Tinstruction pour le futur conclave. Cependant la conduite que ledit sieur évêque pourra tenir avec les sujets papables qu il verra avant son frère, sera d'assurer de la bonne volonté de Sa Majesté et de son entière disposition à leurs plus grands avantages tous ceux qui suivent : Brancaccio, Âlbizi, Bonvisi, Rasponi, Litta, Celsi, les deux Carpegna\ Federîcco Borromeo, Cibo, Bona'.
Ledit sieur évêque doit garder un peu plus d'égards quand il parlera à Vidoni de crainte que ce qu'il lui dira ne puisse revenir au cardinal Chigi, et la même chose quand il entretiendra Gabrielli', pour ne pas désobliger Altieri. Il pourra dire à Odescalchi * qu'il ne doit pas se mettre en peine de ce qui se passa dans le dernier conclave, puisqu'il n'ignore pas que Sa Majesté souhaitoit sincèrement son exaltation et que son ambassadeur étoit chargé par ses instructions de la procurer comme d'un sujet qu'elle sait être de très grand mérite, piété et vertu, et qu'il n'y eut qu'un défaut de formalité qui obligea ledit ambassadeur pour l'honneur du Roi de n'en pas laisser continuer la pratique.
Il fera connottre au cardinal Barberini et au cardinal Facchinetti*^ que Sa Majesté a eu pour agréable la conduite que l'un et l'autre ont tenue dans le dernier conclave et qu'elle aura grand égard pour le prochain en faveur dudit Facchinetti ; mais ce ne devront être que des compliments pour ne les pas eflFaroucher et empêcher
1. Le second des Carpegna se nommait Gaspard. Cëtait une crëatore de Clément X. Il était oeveu d'Uldaric Carpegna dont il a déjà ëté question. Le neveu était très instruit, actif, laborieux, expérimenté dans les affaires. D'Ëstrées en fit du cas ; mais l'abbé Servien le donne comme dévoué à l'Espagne et dit que s'il parvenait an pontificat, ce serait le plus dangereux ennemi que la France ait jamais eu. (Voir MiCHAUD, I, p. 183.)
2. Jean Bona, Savoyard, religieux feuillant, passait pour bon ecclésiastique et homme vertueux. (Voir l'Ambass. vénit., lue. cil,, p. 355.)
3. Julio Oabrielli, Romain, cardinal de 1641, avait fait toute sa carrière dans les emplois intimes ; d'un talent médiocre, sans savoir, sans expérience, remarquable seulement, disent les contemporains, par sa barbe et son avarice extraordinaire. Il se montrait généralement favorable aux intérêts français. Il était en hostilité ouverte avec Altieri. U mourut en août 1677.
4. C'est le futur pape Innocent XI, dont il sera tant question ci-après.
5. César Facchinetti de Bologne était le neveu d'Innocent IX. Il avait été élevé au cardinalat par Urbain VIII et était resté tout dévoué au cardinal Barberin. U avait très sérieusement espéré succéder à Clément IX. U attribuait son échec à l'hostilité de la cour de France, et, comme dit l'abbé Servien, c'est chose que les Italiens ne pardonnent guère. U passait pour médiocre. Il mourut en 1683.