‹ RomeChapitre 141 sur 186 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

Les lettres du sieur évèque de Laon du 9 et 10 du présent mois de janvier apprirent à Sa Majesté les bruits qui s'étoient répandus à Rome, que le pape n'accepteroit pas son ambassadeur^ que Sa Sainteté ne fût assurée que Sa Majesté reccvroit le nonce qu'elle avoit nommé pour aller en France *. Elles lui firent voir, en même temps, que ledit sieur évêque de Laon avoit cru à propos que le sieur duc d'Ëstrées attendit dans le lieu où le courrier le pourroit rencontrer, quelle seroit la volonté de Sa Majesté ot quels ordres il devroit suivre dans une occasion si peu attendue.

La dignité du Roi qui ne souffre pas que la cour de Rome puisse avoir d'autre part dans le choix ou la réception de ses ambassadeurs que d'accepter avec reconnoissance l'honneur qu elle reçoit du plus grand prince de la chrétienté et d'une couronne dont les mérites sont si anciens et si continuels çnvers le Saint-Siège, le droit et la possession dans lesquels est Sa Majesté de ne point recevoir les nonces qui lui sont destinés qu'elle n'ait examiné auparavant s'ils lui sont agréables, et l'assurance qu'elle doit avoir ou que le Palais de Rome n'approuve pas ces sortes de bruits, ou qu'en tout cas, il n'oseroit les soutenir à la vue de son ambassadeur, ne laissèrent pas délibérer un moment Sa Majesté d'ordonner au sieur duc d'Estrées de continuer son voyage.

Mais parce que l'ordre qu'elle lui en envoya par le courrier qui lui fut dépêché, aussitôt après la réception des dépèches que le courrier Mancini avoit apportées de Rome, ne lui laissa pas de temps pour lui faire savoir plus exactement la conduite qu'il auroit h tenir dans toute cette affaire. Sa Majesté a voulu qu'il en fût instruit particulièrement par le présent mémoire.

1. Tout le Tolume 218 du fonds de Rome, au miDistère des affaires étrangères, es rempli de documents concernant cette décision de la cour romaine.

Les bruits qui s'étoient répandus à Rome, n'ayant été fondés sur aucune déclaration ou du pape ou du cardinal Altieri aux ministres de Sa Majesté, Sa Majesté croit avoir d'autant plus sujet de parottre les ignorer ou les mépriser qu'elle ne laisseroit pas de les mépriser, en effet, quand même ils auroient plus de fondement et qu'ils lui seroient connus.

Ainsi elle désire que son ambassadeur agissant sur cette connoissance, et témoignant être fort éloigné d'ajouter aucune foi à une semblable entreprise du cardinal Altieri, marche toujours vers Rome avec la confiance que lui doit donner, pour y être reçu, et la grandeur du maître qu'il représente et l'honneur qui revient de son ambassade au pape et au Saint-Siège. Qu'il dissipe en cette sorte les espérances qui auroient pu être nourries dans le palais, que les difficultés que l'on auroit voulu y faire entrevoir pour son acceptation, eussent pu porter le Roi, comme par un accommodement, à agréer la nomination du sieur Nerli * sur laquelle Sa Majesté n'avoit pas jugé se devoir expliquer jusqu'à cette heure.

Mais comme en d'autres affaires les plus contraires à la prudence et surtout à celle que l'on professe à Rome, il est de la prudenc^ même de prévoir tous les événements et qu'il peut n'être pas impossible que, contre toute raison et toute apparence, le cardinal Altieri ne voulut soutenir une prétention dont il paroit au moins qu'il a affiché de répandre le bruit, Sa Majesté, dans cette vue, a jugé à propos de prescrire au sieur duc d'Estrées les ordres qu'il doit suivre et dans le cours de son voyage, et après son arrivée à Rome.

Comme l'usage est établi que lorsque les ambassadeurs débarquent à Civita-Vecchia, le pape y doit envoyer sa maison pour les recevoir, et que si le cardinal Altieri vouloit continuer dans le sentiment que l'on attribue, il seroit fâcheux que le sieur duc d'Estrées ne reçût pas ces honneurs, dès sa première entrée dans l'Etat ecclésiastique, Sa Majesté a jugé à propos qu'il débarque à Port-Vendres et qu'il continue son chemin par terre vers Rome.

Mais parce qu'il ne seroit pas de la dignité de Sa Majesté que

1. Il y avait ua cardinal Nerli; mais il doit s'agir d'un autre personnage qu'il était question d'envoyer comme nonce .en France.

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