MESURES A L'ÉGARD DU CARDINAL ALTIERL
que Ton le pût soupçonner d'avoir changé sa route dans la pensée que Ton manquât à ce qui lui étoit dû, il aura soin, lorsqu'il arrêtera à Port-Vendres, de dépêcher un courrier au sieur évêque de Laon et à Tabbé de Bourlemont, par lequel il leur marque que son incertitude ou de continuer son chemin par terre ou par mer ne peut être détenninée que par Tapparence plus grande quHl aura, par Tune ou par l'autre de ces voies, de se rendre à Rome, selon ses ordres, avec le plus de diligence qu'il lui sera possible. Par ce moyen il laissera le palais dans le doute de la route qull devra prendre, en continuant son chemin par terre, en même temps qu'il enverra son équipage débarquer à Palo, il fera voir qull a préféré cette voie toujours plus assurée pour un homme quia impatience d'arriver, à celle de la mer qui est exposée à tous les retardements que causent la saison et les vents contraires.
Si, lorsqu'il sera arrivé à Rome, il trouve que le cardinal Altieri veuille autoriser le bruit que l'ambassadeur de France ne seroit point reçu avant que le nonce fût accepté, alors ledit sieur duc d'Estrées prendra une conduite qui marque personnellement la mauvaise satisfaction et les ressentiments du Roi contre le cardinal Altieri, mais il témoignera en même temps que Sa Majesté demeure dans toute la vénération pour le Saint-Siège et l'amour filial pour le pape mal informé sans doute ou surpris par ledit cardinal.
Aussitôt qu'il sera entré dans Rome, à quoi l'on ne peut prévoir aucun obstacle, il enverra selon l'usage donner part de son arrivée au pape par le ministre du Roi résidant auprès de Sa Sainteté. Mais contre l'usage qui est établi que cette notification se fait au cardinal patron pour être faite par lui au pape, il enverra droit au maître de chambre de Sa Sainteté pour s'acquitter de ce devoir sans l'entremise du cardinal Altieri.
La coutume est qu'après le premier compliment de l'ambassadeur, le cardinal patron lui en envoie faire un de la part du pape, et tous les cardinaux ensuite lui font porter les leurs par des gentilshommes, mais parce qu'il pourroit arriver que le cardinal Altieri empêcheroit le pape de satisfaire à ce devoir de civilité et qu'ainsi il n'enverroit point faire le compliment de Sa Sainteté à l'ambassadeur, en ce cas, nonobstant que la maison du-
dit sieur ambassadeur et ses livrées ne puissent être assez tôt prêtes pour son entrée, il enverra demander audience au pape sans la demander au cardinal Altieri. Que si le pape éludoit ou refusoit cette audience, ledit sieur duc d'Eslrées commencera incontinent ses visites des cardinaux, et bien qu^en quelque sorte incognito, parce qu'il n'auroit pas encoratout son équipage, néanmoins avec tout l'apparat qui pourroit le plus les rendre publiques même avec les fiocchi qui sont une des marques les plus reçues de son caractère.
Il est à croire que les amis du cardinal Altieri affecteront quelque excuse pour se défendre honnêtement de le voir, mais comme on doit juger que le plus grand nombre des cardinaux n'entrera pas dcms des sentiments que tous condamnent sans doute également, ledit sieur duc ambassadeur s'expliquera hautement à tous ceux qui recevront sa visite, et du respect de Sa Majesté pour le Saint-Siège et de son affection pour le pape. Il séparera la personne de Sa Sainteté de tout son ressentiment contre le cardinal, fera voir qu'il abuse de la créance d'un pape que l'âge oblige de se décharger des affaires entre ses mains, et démontrera de quelles périlleuses conséquences pourroit être suivie une aussi insoutenable prétention.
Il fera connoîlre que l'usage non seulement, mais la justice veulent que dans la différence de tant de nations et de factions qui partagent la cour de Rome, Sa Majesté ne reçoive pour nonces que des sujets qui ne lui puissent être suspects d'aucune partialité; qu'elle a toujours été en position de se confirmer toujours, d'examiner avant que de les recevoir, si les nonces que Ton lui nomme lui seront agréables, qu'elle Ta voulu faire sur le sujet de M. Nerli, mais qu'elle ne prétend pas que la cour de Rome puisse entrer dans aucune discussion du choix que Sa Majesté fait de ses sujets pour honorer le pape de l'envoi d'un ambassadeur, qu'aussi connoit-elle trop quelle est l'équité de Sa Sainteté pour lui donner aucune part dans une prétention si injuste, qu elle en attend au contraire une réparation considérable et telle que Sa Majesté a droit de se la promettre lorsque Sa Sainteté sera mieux informée combien ledit cardinal Altieri abuse de son nom et de sa confiance.
Après s'être expliqué ouvertement en cette sorte, il cherchera