‹ RomeChapitre 143 sur 186 · AUTRES MORTIFICATIONS · texte numérisé non relu

AUTRES MORTIFICATIONS

aussi des occasions de donner des mortifications publiques audit cardinal et qui lui puissent être des marques de Tindignation de Sa Majesté. Une de celles qui peut être d'autant d'éclat à Rome est que ledit sieur ambassadeur affiche de ne point faire arrêter ses carrosses à sa rencontre, et que, déclarant qu'il ne le considère que comme un ministre du pape dont le Roi est mal satisfait, il témoigne qu'il lui refuse, seulement en cette qualité, un honneur qu'il est bien aise de rendre à tous les autres cardinaux.

Il peut aussi le séparer de la famille du pape dans laquelle il n'est entré que par alliance et, lorsque les premières cérémonies ou des jours de bonnes fêtes et d'autres rencontres l'obligeront à rendre visite, selon la coutume, aux parents de Sa Sainteté, visiter seulement la nièce du pape sans lui rendre la même civilité.

Diverses autres occasions peuvent naître tous les joursdans lesquelles, en conservant ce qui est dû et à la personne du pape et à la dignité des cardinaux, ledit sieur ambassadeur peut faire connoître à quels déplaisirs et à quels points s'expose, dans Rome même, un cardinal-neveu qui manque au respect qui est dû à Sa Majesté et qui s'attire son indignation.

Mais comme Sa Majesté ne veut pas recourir à ces sortes de mortifications qu'elle souhaite qui soient données par son ambassadeur audit cardinal, ni en ajouter de plus grandes qu'il devroit attendre dans la suite de sa puissance et de son ressentiment, sans avoir donné auparavant des marques de la modération et de la justice avec lesquelles elle règle toutes les actions, elle a jugé que la présence du sieur cardinal d'Esté, dont la sagesse, l'affection et la vigueur lui sont également connues, lui seroit utile dans cette rencontre, soit pour ramener le cardinal Altieri à une conduite plus soumise et plus respectueuse pour Sa Majesté, soit pour appuyer auprès du pape et du sacré-collège les justes plaintes de son ambassadeur, soit pour donner plus de force au ressentiment qu'elle en voudra faire paroltre.

Dans cette vue. Sa Majesté écrit audit sieur cardinal pour lui témoigner qu'elle souhaite qu'il parte pour se rendre à Rome; mais comme elle ne voudroit pas qu'il fit ce voyage sans nécessité, elle charge le sieur duc d'Estrées de lui envoyer cette lettre

lorsqu'il sera en sortie du lieu où il se trouvera le plus près des Etats du duc de Modèue et de lui mander en même temps que bien que Sa Majesté lui écrive de se mettre en chemin, elle a remis audit sieur ambassadeur de juger, lorsqu'il seroit à Rome, du besoin qu'il pourroit y avoir de ses conseils et de son assistance, Sa Majesté étant bien aise de lui épargner cette fatigue, si elle ne se trouvoit pas nécessaire pour son service.

Sa Majesté ayant appris par le sieur évêque de Laon les sentiments favorables que les cardinaux Chigi et Rospigliosi lui avoient fait paroître dans cette rencontre, même les offres qu'ils avoient faites de ne point assister aux chapelles dans lesquelles le cardinal Altieri tâcheroit peut-être d'autoriser son entreprise, veut que le sieur dit ambassadeur ajoute des assurances particulières du gré que Sa Majesté leur sait de leur affection, aux lettres que Sa Majesté lui écrit pour le leur témoigner ellemême.

Toute l'instruction que Sa Majesté donne ci-dessus au sieur duc d'Estrées est en caS que ce qui n'a été jusques ici qu'un bruit qui s'est répandu dans Rome devienne autorisé par un ordre public du cardinal Altieri ou par une signification qui auroit été faite de la part du pape aux ministres de Sa Majesté, de ne vouloir point recevoir son ambassadeur.

Que si l'affaire restoit renfermée dans de simples discours de la cour de Rome, sans que le cardinal Altieri, comme il y a sujet de le croire, osât s'en charger et l'avouer, Sa Majesté croit qu'il la faut plutôt détruire par le mépris que d'y donner plus do poids en témoignant y faire réflexion. Ainsi ledit sieur ambassadeur étant entré et reçu à Rome témoigneroit faire peu de cas d'un bruit qui ne se seroit pas étendu au delà du peuple, qui se seroil dissipé à sa seule vue et qu'il croiroit fort éloigné des sentiments du pape et de tout le sacré-collège.

Il ouvriroit en cette sorte plus de jour au cardinal Altieri pour le désavouer et pour se tirer de l'embarras où il s'est mis. Il y a même assez lieu de croire, par la proposition que le cardinal aura fait faire au sieur évêque de Laon d'une lettre qu'il offroit d'écrire au Roi, qu'il aura désavoué la part que l'on lui avoit attribuée dans cette sorte de bruit, et qu'il aura travaillé à obte-

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