MOYENS D'ARRANGEMENT
nir Tacceptation de M. Nerli pour nonce par toute autre voie que celle d*une espèce de menace sur lacceptation d'un ambassadeur, qui réussit si mal auprès de Sa Majesté.
Que si ledit duc d'Estrées trouvoit les choses en cet état et qu'il eût quelque repentir d'avoir hasardé seulement la pensée d une prétention que Ton peut si peu soutenir, alors Sa Majesté to)uve bon qu'il laisse pénétrer et qu'il insinue même le dessein que Sa Majesté avoit eu de déclarer que la personne de M. Nerli lui étoit agréable ; qu'il fasse connoître que cet ordre avoit été envoyé il y a longtemps à M. l'évéque de Laon et que Texécution n'en aura été suspendu que par le refus de déclarer la promotion dudit évèque et par le bruit qui s'étoit répandu depuis de la difficulté de recevoir son ambassadeur.
Qu'ainsi en faisant voir l'acceptation du nonce assurée, il ouvre au cardinal Âltieri une voie honorable de sortir du pas si dangereux où il se seroit jeté, et qu'en donnant assurance de déclarer bientôt le sieur évêque de Laon cardinal, il puisse se satisfaire de l'acceptation qu'il aura obtenue en même temps de la personne de M. Nerli pour nonce.
Fait à Versailles, le 26o jour de janvier 1672.
Quoique le document ci-dessous * ne soit pas rédigé en forme de mémoire et qu'il ait été adressé de Paris comme dépêche à M. d'Estrées, c'est cependant la véritable instruction pour le conclave qui devait désigner le successeur de Clément X. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à le publier in-extenso.
Le conclave qui s'ouvrait devait avoir, pour le roi Louis XIV et pour la France, une haute importance. Car de ses scrutins allait résulter l'exaltation d'Odescalchi qui, sous le nom d'Innocent XI, devint un des adversaires les plus dangereux du grand Roi.
Ce résultat dut être d'autant plus pénible, pour la fierté de ce prince, qu'U pensait manier à son gré la majorité des cardinaux. Sans compter ceux qui dépendaient directement de lui, des engagements attachaient à ses intérêts les membres des factions Rospigliosi et Chigi. Il semblait que la cour de France représentée alors à Rome, non seulement par le duc, mais par Tactif cardinal d'Estrées, devait l'emporter facilement sur l'influence espagnole, alors si affaiblie en Europe.
Mais, comme on l'a déjà fait remarquer, Terreur de Louis XIV, en ce qui concernait les prélats italiens, était grande. Il croyait les attacher à sa personne par des pensions souvent, mal payées, et par les coomiunications intermittentes qu'il pouvait avoir avec eux, tandis que la grande majorité d'entre eux tenait, par des liens indissolubles, à la monarchie espagnole. Non seulement, en effet, cette puissance, toujours maîtresse d'une bonne partie de l'Italie, mettait ses emplois,
1. Archii^es des Affaires Étrangères. Rome^ t. CCXLVI , fol. 35.
ses bénéfices, ses revenus de la péninsule à la disposition des cardinaux présents ou futurs, mais TEspagne môme était pour les monsignors un vaste domaine où s'établissaient les fortunes princières dont ils avaient besoin. En échange de cette opulente moisson, ils rendaient des services persévérants que, seul, Tespoir de s'enrichir par la concurrence pouvait interrompre momentanément.
En ce qui concerne le conclave de 1676, une autre cause devait nuire aux intérêts de la France et aux vues de son Roi : c'était l'âpre rancune avec laquelle Louis XIV poursuivait le cardinal Altieri, neveu du pape défunt. Sous le pontificat précédent, Louis XIV avait vu déjà l'autorité qu'il s'arrogeait, môme sur ceux qui n'étaient pas ses sujets, méconnue à Rome. La querelle, dont le document précédemment publié, fixe l'origine s'était envenimée. On verra dans le texte de la pièce qui suit à quel degré de vivacité elle était arrivée en 1676. « Tout pour me venger d'Altieri », telle est en deux mots la pensée de Louis XIV, au moment où les cardinaux français entrent dans le conclave.
Ce n'est pas seulement par Tinsulte publique, les récriminations, les avanies qu'il veut faire sentir à l'ancien cardinal-neveu le poids de sa colère, c'est aussi en aidant au choix d'un nouveau pape hostile à ce personnage, dût-on, pour l'exaltation de ce pape, sacrifier les intérêts de la France.
C'est précisément ce qui arriva. Dans la complication du conclave, les cardinaux français, embarrassés, finirent par s'accommoder à la passion du Roi. Il était d'ailleurs difficile de contrarier le courant qui portait Odescalchi. Déjà il avait failli passer au précédent conclave. Seule l'exclusion de la France l'avait écarté. On ne pouvait le faire échouer encore, en 1676, (sauf l'emploi de l'exclusion publique, à laquelle Louis XIV ne voulait pas recourir) que par le secours de la faction d'Altieri qui était la plus nombreuse et tout à fait hostile à l'élection de ce cardinal. Mais on ne voulut rien écouter des propositions d'entente de l'ancien cardinal-neveu. Cependant il s'obstinait h rester en dehors de toute combinaison. C'est alors que les cardinaux français sentant qu'on ne pouvait obtenir l'élection que par le concours du Roi, finirent par demander à Louis XIV de lever l'exclusion secrète formulée dans leurs instructions. Ils affirmèrent que le nouveau pape se souviendrait de ce secours accordé in extremis. Ils oubliaient que, pour la seconde fois, Louis XIV venait de faire attendre le futur pape à la porte du Vatican. Louis XIV, porté par sa haine pour Altieri, suivit leurs conseils et donna son adhésion.
Altieri alors n'eut plus qu'à s'incliner. 11 se déclara le dernier et, le 21 septembre, le vote de soixante-deux cardinaux, mettait la tiare sur la tête d'Innocent XI. Louis XIV avait ainsi couronné de ses propres