‹ RomeChapitre 147 sur 186 · CONDUITE A L'ÉGARD D'ALTIERI · texte numérisé non relu

CONDUITE A L'ÉGARD D'ALTIERI

Tobliger à accepter la nomination de Pologne en la personne de révêqne de Marseille*.

Si même l'élection tombe sur un sujet qui m'en soit plus particulièrement redevable, faites-lui connoître le juste ressentiment que je conserve pour Altieri afin qu'il se porte par lui-même à prévenir la satisfaction que je voudrai en tirer; et qu'ainsi, ou je sois en état de faire connoître à toute l'Italie qu'un neveu de pape ne peut m'offenser impunément ou qu'il se serve du seul moyen qu'il ait d'éviter les effets de mon indignation, en s'attirant par sa soumission le pardon de sa mauvaise conduite.

En cas qu'il n'y ait point une nécessité indispensable entre tous les cardinaux dans le conclave de se visiter tous en y arrivant, mon intention est que ceux de ma faction ne visitent point le cardinal Altieri et ne reçoivent point sa visite '.

Pour ce qui regarde les cardinaux de sa faction, je juge tout à fait à propos que ceux de la mienne en usent avec eux en la forme qu'il est porté dans le premier mémoire du cardinal d'Estrées, du 15 du mois passé.

C'est tout ce que je puis vous faire connoître de mes intentions, sur la connoissance que j'ai présentement des dispositions qui se trouveront à l'entrée du conclave, mais comme elles peuvent changer dans la suite, je confie à votre prudence et à celle du cardinal de Retz et aux autres cardinaux françois les nouvelles résolutions que de nouvelles occurrences vous peuvent obliger de prendre.

Je vous remets de même de pouvoir faire une exclusion publique selon que vous la trouveriez absolument nécessaire, bien que mon intention, ainsi que vous l'avez vu dans le commencement de cette dépêche en soit fort éloignée, et que je croie qu'il ne faille venir à ce dernier moyen qu'à une dernière extrémité ;

1. Toussaint de Forbin-JansoD, évéque de Marseille, cardinal en 1690.

2. Les cardinaux français, en effet, qui arrivèrent en retard au conclaye, ne visitèrent pas Altieri et ceux de sa fiaction. Ce fut l'objet d'un grand scandale. Le cardinal de Norfolk (Howard), Anglais, s'avisa, à ce sujet, de sermonner le cardinal de Bouillon. Celui-ci le prit de très haut, à son tour ; de là, une scène des plus violentes dont le récit se trouve dans les dépêches de Mazzarelli, Provana, Montanti, résumées par Petruccelli délia Oattina (III, pp. 290 et suiv.).

c'est ce que je remets à votre prudence et à celle des cardinaux avec qui vous concerterez les résolutions qui seront à prendre pour le bien de l'élection et pour mon service.

Je reçus hier par les mains de Tévêque d'Andrinople, nonce extraordinaire, la lettre du sacré-collège par lequel il me donnoit part de la mort du pape. Je vous en envoie la réponse. Comme la seule considération du cardinal Alticri qui avoit abusé si publiquement à mon égard de l'autorité que le pape avoit déposée entre ses mains m'avoit obligé de défendre à mes sujets d'avoir aucune communication avec lui, aujourd'hui qu'il n'est plus sous la dépendance de ce cardinal et qu'il ne reçoit plus d'ordre que du sacré-collège, j'ai levé cette défense et permis aux évêques de mon royaume le commerce avec lui de civilité et de visites.

Je joins aussi à cette dépêche deux lettres que j'écris, Tune au cardinal Rospigliosi, l'autre au cardinal Ghigi, pour les assurer l'un et l'autre de l'amitié qu'ils peuvent attendre de moi dans l'occasion du présent conclave, et leur témoigner en même temps la confiance que j'ai en leur affection pour mes intérêts.

Comme le pape Clément X, à ma considération et sur la prière particulière du duc de Chaulnes avoit accepté Tabbé Servien pour camérier secret participant, et qu'il peut être de mon service d'avoir toujours une personne en cette qualité dans le palais, je serai bien aise que vous agissiez auprès du pape qui sera élu, et du cardinal neveu pour faire qu'il continue ledit abbé Servien à la même charge. L'abbé Dangeau* avoit eu celle de camérier du neveu. Je désire que vous lui rendiez le même office.

J'ai vu la prière qui m'a été faite par le cardinal Ursin de vouloir lui accorder les revenus de la propine depuis six mois. Je trouve bon que vous les lui fassiez remettre. Sur ce, etc.

l. Louis de Courcillon, abbé de Dangeau, né en 1643, mort en 1723, membre de TAcadémie française. U est le frère de Tauteur du Jouimal.

L'instruction donnée au marquis de Lavardin marque le point culminant de la lutte engagée entre les deux pouvoirs, sous le règne de Louis XIV. Elle est rédigée par le nouveau secrétaire d*État, Colbert de Croissy, au cours des graves dissensions que Taffaire de la régale avait provoquées, qu'avait envenimées rassemblée de 1682 et que la question des inmiunités allait porter à leur comble. En les rédigeant avec l'amplitude, le soin, la rigueur qu'il y mit, le ministre reflétait toute la pensée orgueilleuse de son mattre, on pourrait dire du gallicanisme tout entier. Ce sont, à proprement parler, des Instructions de combat.

Le duc d'Estrées était mort à Rome, le 30 janvier 1687. Dans l'état des relations entre les deux cours, on eût pu mettre quelque retard à la nomination de son successeur. La présence à Rome de plusieurs dignitaires ecclésiastiques français et notamment du cardinal d'Estrées eût suffi pour la défense des intérêts du royaume et pour la tractation des affaires courantes.

Rome qui sait attendre n'aime pas qu'on la presse. Mais, par une rencontre fatale, en môme temps que le siège pontifical était occupé par un vieillard opiniâtre et que sa vertu môme portait à l'inflexibilité, le trône de France était arrivé à sa période de splendeur par les succès de la première partie du règne de Louis XIV. L'un voyait tout plier devant lui ; l'autre cherchait dans sa faiblesse môme la dernière ressource de son inébranlable fermeté.

Ainsi des difficultés qui, depuis des années, depuis des siècles,

1. Archives du Ministère des Affaires Étrangères. RotnCf t. CCCVII, fol. C.

étaient pendantes entre les deux cours, arrivèrent simultanément à leur période le plus aigu.

La question du gallicanisme d'une part et, d'autre part, celle de Tinfaillibilité papale, furent arrachées aux ténèbres des vieux débats scolastiques, pour être soumises à la discussion publique. Malgré Thabileté, la prudence, la modération de quelques-uns des prélats qui menèrent cette campagne autant épiscopale que royale, Rome fut gravement mortifiée de voir ainsi les plaies de TÉglise étalées au grand jour. Les maximes gallicanes avaient été souvent alléguées, souvent débattues, souvent proclamées même; mais jamais, depuis le temps du roi Charles VII, on ne les avait vues rédigées, codifiées en articles de loi, ainsi que le fit Louis XIV à la suite de l'assemblée de 1682. Jamais, depuis le concordat de François P', les relations entre les deux pouvoirs n'avaient été ainsi troublées ; et la papauté, toujours si sensible au côté théorique des choses, pouvait se plaindre que le Roi, non satisfait des avantages matériels obtenus par Tapplication du concordat, allât jusqu'à discuter l'autorité spirituelle, seule satisfaction et seule compensation laissée au Saint-Siège.

On sait que la querelle s'était engagée au sujet de l'extension du droit de régale aux nouveaux évêchés du royaume. Pour résister, le pape eut recours à la seule arme que lui laissât le concordat; il refusa d'accorder la confirmation à ceux des ecclésiastiques nommés par le Roi, qui avaient pris part à l'assemblée de 1682. Louis XIV, à son tour, sur les conseils du cardinal d'Estrées, déclara qu'il ne demanderait plus aucune autre confirmation au pape, tant que celui-ci exclurait les deux premiers ecclésiastiques désignés. Ainsi, le point d'honneur s'en mêlant, le royaume compta jusqu'à trente-quatre évêchés sans pasteurs, ceux des ecclésiastiques que le Roi avait désignés les gérant seulement à titre provisoire. On verra, dans le cours de rinstruction donnée au marquis de Lavardin, comment la cour de France justifiait sa conduite et quelle ressource elle prétendait trouver, pour sortir d'embarras, dans la constitution d'une Église nationale, se suffisant à elle-même.

Rome répondait à ces mesures par d'autres non moins graves, mais plus aisément justifiables. Depuis longtemps, la question des immunités ou franchises des agents diplomatiques à Rome était l'objet de graves dissentiments entre le Saint-Siège et les diverses cours de TEurope.

Ce droit d'asile, ces franchises qui arrachaient tout un quartier de Rome à la police pontificale avaient pu avoir leur raison d'être dans les temps troublés où le pape n'exerçait dans la ville aucune autorité elTective. Mais, depuis l'époque de Sixte-Quint, l'administration intérieure de rÉtat pontifical s'était sensiblement améliorée; les fran-

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