‹ RomeChapitre 148 sur 186 · AFFAIRE DES FRANCHISES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DES FRANCHISES

chises étaient devenues le plus sérieux obstacle îi la pacification et à la moralisation publique. Les Instructions elles-mêmes et les mémoires adressés de Rome à la cour de France reconnaissent que les « quartiers » qui jouissaient de Timmunité étaient devenus les repaires des filous, des filles publiques et des assassins.

Par des bulles successives, plusieurs papes s'étaient efforcés de porter remède au mal, mais toujours sans succès. Innocent XI, animé d'un esprit plus religieux, soutenu par un caractère plus ferme, et décidé peut-être par Fidée de rappeler dans le devoir jusqu'à ce grand Roi qui prétendait dominer le monde, Innocent XI reprit cette conception de ses prédécesseurs et prétendit la mettre en pratique.

Il décida qu'il ne recevrait plus aucun ambassadeur que celui-ci n'eût au préalable renoncé au priAdlège des francbises. Après une résistance plus ou moins longue, chacune des puissances de TEurope finit par s'incliner. A la mort d'Annibal d'Estrées, le pape déclara nettement, et le nonce Ranucci fit savoir à Paris que le nouvel ambassadeur ne serait reçu par le pape qu'à la condition de se conformer à la mesure générale, acceptée pas les autres puissances. C'est alors que Louis XIV fît cette réponse : « que Dieu l'avait établi pour ser\dr d'exemple aux autres et non pour le recevoir. »

Lavardin fut aussitôt désigné comme ambassadeur et le texte des Instructions contient les principaux arguments invoqués par Louis XIV pour maintenir ce qu'il considérait comme son droit et comme un priWlège particulier réservé à la couronne de France, en raison des grands services rendus par elle au Saint-Siège.

On sait la suite de cette querelle. Lavardin entra à Rome entouré d'une escorte imposante, on pourrait dire d'une troupe armée ; il s'installa dans le palais de l'ambassade, parcourut Rome dans un appareil menaçant, nargua l'autorité pontificale jusque dans son séjour, brava les excommunications, trouva des prêtres, des évoques, des cardinaux pour le saluer, Tentourer, dire la messe devant lui et le faire communier, malgré l'interdit qui le frappait.

On sait aussi que si l'ambassadeur fut insolent et porta jusqu'à l'extrémité la violence des Instructions qu'il avait reçues, il trouva toujours le pape impassible, se renfermant dans son droit, refusant d'entendi'e aucune ouverture, bravant la force brutale dont Louis XIV le menaçait, tournant ainsi de son côté, h force de ténacité et de patience, l'opinion publique européenne.

Cependant d'autres événements, également visés dans le texte des Instructions, s'étaient produits. Des complications auxquelles l'ambition de Louis XIV avaient donné naissance, était issue la ligue d'Augsbourg ; la guerre qui en fut la suite était sur le point d'éclater. Cette guerre, qui fut la grande pensée catholique du règne do

Louis XIV, présente cependant ce caractère d'avoir été, en partie, motivée par les violences de ce prince à l'égard de la papauté. La cause immédiate de rentrée en campagne fut, comme on le sait, la rivalité de Clément de Ba\ière et du cardinal de Furstemberg pour l'élection à Tévêché de Cologne. Ici encore la décision du pape fut contraire au d&ir manifesté par Louis XIV et aux intérêts de la ïVance. L'ambassade du marquis de Lavardin vit s'ouvrir la première phase de cette querelle.

En somme, le rôle de Lavardin à Rome fut purement passif. Il y resta deux ans, se morfondant dans l'inutilité et dans l'isolement, presque redouté au début, presque ridicule à la fin. Quoiqu'il fût homme d'initiative et d'esprit à la fois, il ne pouvait s'arracher de lui-même à une situation si fausse. Il finit par se trouver brouillé non seulement avec les Romains, mais avec le parti français de Rome, notamment avec le cardinal d'Estrées. Ses lettres, pleines d'observations piquantes et âpres, étalent une irréligion et un mécontentement de tout qui le rendait incapable de mener à bien la solution transactionnelle vers laquelle Louis XIV commençait à incliner. Il quitta Rome, le 30 avril 1689, et revint h Versailles où, après l'avoir engagé dans cette fâcheuse aventure, on paraissait mécontent du rôle qu'il y avait joué.

Innocent XI mourut à quelque temps de là (11 août 1689), et Louis XIV, satisfait de ce dénoûment, se hâta d'entamer de nouvelles négociations tendant à la pacification de l'ÉgUse ^

1. Voir daDS le volume II les instructions données au duc de Chaulocs, en 1689, et la notice qui précède.

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