ÉTENDUE DES FRANCHISES
qu'ils ont fait depuis. Cette bulle est dans le recueil de Laertius Cherubinus, fol. 1374.
Outre ces preuves de la possession dans laquelle les ambassadeurs des têtes couronnées ont été à Rome depuis cent trentecinq ans, on ne peut disconvenir aussi que les ducs de Créqui, de Ghaulnes et d'Estrées n'aient joui paisiblement de ces immunités pendant tout le temps de leurs ambassades depuis que les contraventions que les Corses y avoient faites sous le premier, ont été réparées par le neuvième article du traité de Pise qui a rétabli le respect dû aux ambassadeurs de France et a été depuis inviolablement observé.
On pourroit faire voir aussi par les mémoires de Tambassade du feu maréchal d'Estrées* que ses franchises et immunités n'avoient pas moins d'étendue que celles du duc d'Estrées son fils et que tous les ambassadeurs de France qui ont soutenu ce caractère avec dignité, ont toujours joui, même du consentement ou par la tolérance des papes les plus zélés pour Tautorité du Saint-Siège, de ces restes de reconnoissance que la cour de Rome a toujours eue pour la couronne de France qui doit être considérée par le Saint-Siège comme sa bienfaitrice et la puissance de toute la chrétienté à la protection de laquelle elle a le plus d'obligation.
Ilest vrai qu'en 1677, au mois de juin, le nonce parla deux fois au Roi sur le chapitre de ces immunités, insistant particulièrement sur l'état où elles avoient été portées depuis Alexandre VII et priant Sa Majesté de donner exemple aux autres princes en les retranchant le premier ; il est vrai aussi que dans les réponses qui lui furent données, on lui fit espérer que, lorsque les autres
1. François-Annibal d'Estrées, marquis de Cœuvres, frère de Gabrielle d'EstréeSt né en 1573, maréchal de France en 1626, mort en 1670. U fut souvent employé par Richelieu dans les négociations et fut notamment ambassadeur à Rome en 1636 et années suivantes. On a de lui des Mémoires de la Régence de Marie de Médicis souvent réimprimés. Mais il est fait allusion, dans le texte, au recueil de ses Négociations resté manuscrit. On voit dans le Père Lelong sous les numéros 30638-30641 que la famille en avait conservé un exemplaire, et c'est probablement là que le cardinal d*Estrées avait puisé les renseignements visés dans le texte. Le manuscrit le plus complet des Négociations du maréchal d'Estrées est signalé par le mémo auteur comme figurant dans la Bibliothèque du Roi sous les numéros 9144 à 9203 (60 vol. in-fol.). Voir maintenant : fonds français, numéros 3696 et suivants à la Bibliothèque nationale.
couronnes conviendroient de renfermer cet usage dans de moindres bornes, Sa Majesté pourroit y donner les mains et qu'il n'y eut pour lors point d'autre raison de refus, sinon que Sa Majesté ne vouloit pas changer seule une coutume générale et établie depuis longtemps.
Cependant, ensuite de cette audience, Sa Majesté écrivit au duc d'Estrées, le 23 juillet 1677, et l'ayant informé des instances que le nonce lui avoit faites, lui marqua qu'elle vouloit chercher les moyens de satisfaire le pape ; qu'elle savoit bien que le palais de ses ambassadeurs et quelque espace même des maisons qui en étoientles plus proches dévoient être comme des asiles et exemptés de la visite et des exécutions de la justice de Rome, mais qu'elle ne voudroit pas que cette immunité s'établît au delà des bornes raisonnables où elle jugeoit à propos de la renfermer ni que les lettres de familiarité que les ambassadeurs donnoient causassent tous les abus dont on se plaignoit, qu'elle désiroit savoir l'avis de ce duc touchant les environs de son palais et l'usage de ces familiarités et d'être instruite de la manière dont on en avoit usé autrefois et jusqu'où cette exemption s'étoit étendue autour du palais de ses ambassadeurs. Le Roi fit dire la même chose au nonce du pape, lui marquant qu'il seroit bien aise d'être instruit par lui de l'état auquel les choses avoient été autrefois, de celui auquel elles étoient alors et du changement que le pape jugeroit devoir y être fait, Sa Majesté marquant qu'elle n'avoit pas intention d'abolir des privilèges dont les ambassadeurs avoient toujours joui.
Le nonce du pape ayant depuis témoigné dans une autre audience que Sa Sainteté vouloit restreindre les immunités des ambassadeurs à leur seule maison, conformément aux autres cours. Sa Majesté lui fit dire qu'elle avoit bien voulu avoir cette considération pour le pape d'entrer dans la discussion de l'état auquel ces immunités avoient été autrefois, et de celui auquel elles étoient alors, afin d'en retrancher l'abus, mais qu'elle trouveroit fort mauvais que l'on commençât par l'exécution en cette sorte d'affaire, avai^t que d'en être demeuré d'accord avec elle.
Le duc d'Estrées, ayant reçu les premiers ordres du Roi, envoya un écrit à Sa Majesté dans lequel on prouvoit que l'usage de