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MENACES AU SUJET D'AVIGNON

lions égales, qu'il a déclaré que son argent étoit prêt, qu'il a fait les protestations et autres actes nécessaires, et qu'ainsi le temps qui s'est écoulé au delà des huit années prescrites ne lui peut porter aucun préjudice.

Ledit sieur de Lavardin se servira de la connoissance que Sa Majesté lui donne de l'état auquel cette affaire est demeurée plutôt pour faire appréhender à la cour de Rome les fâcheuses suites que pourroit avoir la continuation des mécontentements qu'elle donne au Roi que pour prendre dès à présent les mesures nécessaires avec le duc de Parme pour son rétablissement dans an État qui lui a été ôté avec tant de violence et d'injustice. Il sera bon néanmoins que, de concert avec le cardinal d'Estrées, il commence à entretenir le ministre de Parme qui est à Rome, qu'il sache même de lui quels efforts le duc son maître seroit en état de faire pour exécuter, de sa part, ce qui est porté par le traité de Pise et pouvoir jouir de ce qui a été stipulé en sa faveur sur ce sujet. Mais si ledit sieur de Lavardin est bien reçu du pape et qu'il ne soit pas troublé dans la jouissance de son immunité, il ne doit faire aucune mention de ladite affaire de Castro, sinon en parlant au ministre du duc de Parme et pour ne pas lui donner lieu de croire que Sa Majesté veuille abandonner cette affaire.

L'aliénation de la ville d'Avignon et du Gomtat Venaissin* n'a subsisté jusqu'ici que par le respect que Sa Majesté et les Rois ses prédécesseurs ont toujours porté au Saint-Siège, qui a eu assez de force pour couvrir tous les défauts de la vente qui fut faite de ladite ville, en 1348, par Jeanne reine de Sicile, petitefille de Robert comte de Provence, au pape Clément VI, moyennant quatre- vingt mille florins d'or, et les nullités de cette aliénation aussi bien que celles du Comtat Venaissin sont clairement prouvées par les sieurs Dupuy qui établissent parfîfitement les droits du Roi sur lesdits ville et comté ; ainsi ledit sieur de Lavardin pourra se servir adroitement de ce moyen, dont il lui sera envoyé de plus amples mémoires et instructions lorsqu'il en sera temps, pour insinuer aux ministres de la cour de Rome que si le pape continue à donner des sujets de mécontentement à Sa

1. Sar tout ce qui concerne le Comtat Venaissin, voir le Traita des droits du roi, d« Dupuy; et le livre de M. Charprnne cité ci-dessus.

Majesté, elle pourra facilement rentrer dans ses droits et lui 6ter avec justice la jouissance desdits ville et comté en le remboursant de ce qui a été payé pour ce sujet par ses prédécesseurs.

Quoique le pape n'ait pas témoigné jusques à présent un grand attachement à Télévation de ses parents \ néanmoins, comme il ne manque pas d'amitié pour eux, il ne seroit peut-être point inutile de faire donnera domLivio * et au sénateur Erba' des avis qui leur fissent envisager ce qu'ils auroient justement à craindre du ressentiment de Sa Majesté si les choses se portoient à quelque extrémité, et il concertera avec le cardinal d'Estrées les moyens dont on se pourra servir pour donner cette connoissance aux parents du pape, les faire rentrer en eux-mêmes et les obliger, s'ils ont quelque peu de crédit auprès de Sa Sainteté, à s'en servir pour la porter à tenir dorénavant une conduite moins désagréable à Sa Sainteté et à réparer par des sujets de satisfaction présente tous les mécontentements qu'elle a reçus jusqu'à cette heure.

L'un des plus considérables et qui fait le plus de tort au service de Dieu dans toutes les dépendances de Sa Majesté est le refus de bulles aux évéques nommés par le Roi, en sorte qu'il y a présentement trente-trois évêchés dans le royaume dont les évéques n'ont point de bulles, quoiqu'ils aient d'ailleurs toutes les qualités nécessaires pour seconder parfaitement les soins que Sa Majesté continue de prendre pour bien affermir la conversion de ses sujets *.

1. Le pape Innocent XI fut un adversaire déclare du népotisme. Il brisa avec la tradition de ses prédécesseurs sur ce point et ne fit aucun de ses parents cardinal. Il prépara même une bulle formelle contre cette habitude ancienne. Mais en présence de l'opposition des cardinaux, la bulle ne fut pas publiée. (Voir, à ce sujet, MiCHAUD, t. I«f, p. 334-355.)

2. Dom Lirio, neveu du pape, riche, mais sans grand mérite, ne parait avoir jamais joui d'une réelle influence. Le pape fut plusieurs fois sur le point de le nommer cardinal. Miiis,*malgré les instances de ses conseillers, il résista et Dom Livio fut, tout simplement, à la mort de son oncle nommé, par le conclave, général de l'Église durant l'interrègne. Les cardinaux témoignaient par cette distinction « combien ils honoraient la mémoire d'un pape qui avait montré tant de désintéressement *».

3. Le sénateur Erba ou Herba de Turin resta presque toujours élbigné de Rome. Il avait conservé une certaine influence près du pape, comme administrateur des biens de la famille.

4. Pour cette seconde partie de l'instruction et les origines de la querelle de la Régale et des quatre articles, voir Ch. QÉaiN : Recherches hislorigues sur l'assemàlt^e du clergé de France de 4$Si, pp. 390 et suiv. ; et Loyson, l'Assemblée du clergf' de France de 168i, pp. 47.5 et suiv.

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