SAINT-LAZARE ET LES INVALIDES
si fortes et si claires qu'il avoit chargé son ambassadeur de lui communiquer qu'en considération des services qu'il avoit rendus et qu'il continuoit de rendre tous les jours à l'Église; qu'il avoit chargé son ambassadeur de réitérer ses instances et qu'il ne pouvoit croire que Sa Sainteté ne lui fît bientôt connoître par des effets l'amitié qu'elle assuroit avoir pour Sa Majesté. Voilà l'état auquel cette affaire est demeurée et si le sieur de Lavardin voit quelque disposition à la terminer à la satisfaction de Sa Majesté, elle lui fera remettre les mémoires qui ont été envoyés au duc d'Estrées et dont on n'a point gardé de copie, qui serviront à l'instruire des plus solides raisons dont on peut appuyer cette demande et à obtenir les expéditions nécessaires.
L'affaire de Saint-Lazare* n'est pas moins importante que celle des Urbanistes et comme le sieur de Lavardin doit aussi travailler dans la suite du temps à la terminera l'entière satisfaction de Sa Majesté, H saura que le Roi ayant fait un édit, au mois d'avril 1673, par lequel Sa Majesté supprime l'ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit et divers autres ordres et unit les biens qui en dépendoient et de toutes les maladreries de France à celui de Saint- Lazare, le pape prétendit que Sa Majesté n'avoit pu faire ces suppressions et réunions sans lui ; et, dans l'audience qu'il donna le 44 avril au duc d'Estrées, il se plaignit de cet édit, disant qu'il étoit absolument contre son autorité et l'honneur de son pontificat, qu'il ne pouvoit pas subsister et que, lorsqu'on l'auroit fait révoquer. Sa Majesté pouvoit s'assurer qu'il feroit tout ce qui
1. Cette difficulté était du même ordre que la précédente, mais beaucoup plus importante au point de vue théorique. Le pape se plaignait que « par un simple arrêt du conseil on avait réuni à Thôpital des Invalides de Paris les revenus de plusieurs maisons religieuses de Tordre de Saint-Lazare et ceux d'un très grand nombre d*hôpitaux établis dans tous les diocèses du royaume, quoique ces biens fussent destinés pour le soulagement des pauvres des lieux, selon la volonté du fondateur et les propres termes des fondations autorisées par les évéques et confirmées par Us décrets apostoliques ». Louis XIV, au contraire, poursuivant, de la façon la plus hardie, l'ingérence du pouvoir civil dans les dispositions particulières au proDt de certains établissements ecclésiastiques, soutenait qu'il lui était loisible, selon les besoins nouveaux, de disposer de ces biens et de les détourner de leur affectation spéciale << pour les employer à un usage aussi saint que celui de leur première institution ». C'est là une conception du rôle souverain de l'État que la Révolution a trouvée toute formulée dans les traditions de la royauté.
dépendroit de lui pour la satisfaire dans l'établissement qu'elle désiroit. Le duc d'Estrées expliqua au pape les motifs pleins de justice et de charité qui avoient obligé le Roi d'employer, en faveur d'un grand nombre de ses sujets invalides qui n'avoient pas le moyen de subsister après avoir rendu des services considérables à son État et même à la religion, des revenus dont l'usage avoit été depuis longtemps mauvais et même scandaleux et qui ne pouvoient plus servir aux fins auxquelles ils avoient été destinés, que si Sa Sainteté vouloit bien examiner Tédit elle trouveroit que son autorité n'y étoitpas blessée et qu'il avoit été donné en exécution des canons et des bulles mêmes de ses prédécesseurs ; mais que l'autorité du Saint-Siège seroit pleinement satisfaite, si Sa Sainteté faisoit expédier une bulle en conformité des clauses de l'édit, laquelle seroit reçue par le Roi et autorisée dans son royaume. Le pape répondit qu'il ne pouvoit donner une pareille bulle et qu'il falloit commencer par la révocation de l'édît après laquelle il faisoit espérer toutes choses. Le duc d'Estrées insistant toujours sur l'impossibilité de cette révocatfon, le pape résolut d'envoyer le cardinal Altieri pour conférer avec le cardinal d'Estrées sur ce sujet.
Le cardinal Altieri, étant donc venu trouver le cardinal d'Estrées, lui dit que le pape étoit extrêmement touché de ce que, s'agissant d'ordres ecclésiastiques institués par les bulles de ses prédécesseurs, d'hôpitaux et de lieux pieux qui dévoient être aussi considérés comme des biens ecclésiastiques, Sa Majesté avoit voulu faire tant de nouveaux établissements, tant d'unions et tant d'innovations par son autorité particulière, sans avoir voulu recourir à celle du pape dont naturellement ces sortes de dispositions dévoient émaner ; que le dessein de Sa Majesté étoit très bon, mais que cet édit étoit plein de clauses et d'expressions qui marquoient une entière indépendance du Saint-Siège ; que ces divisions et érections de titres et de commanderies, ces suppressions d'autres titres qui subsistoient encore étoient autant d'attentats aux droits du Saint-Siège ; que Sa Majesté donnoit par son autorité des privilèges que les bulles avoient accordés à divers ordres et qu'elle faisoit revivre à l'égard de celui du Saint- Esprit, dans le même temps qu'elle le déclaroit supprimé ; que