LE CHAPEAU POUR L'ÉVÉQUE DE BEAUVAIS
le chapeau du cardinal et il saura pour cet effet que le Roi ayant envoyé, en 1674, ledit sieur évêque de Beauvais, ambassadeur en Pologne, à la diète qui s'y devoit tenir pour Télection d'un roi, et cette élection étant tombée sur la personne du grand maréchal Sobieski, il n*eut pas plutôt reçu la couronne qu'en considération des obligations qu'il avoit à Sa Majesté, il donna à ce prélat sa nomination au cardinalat.
Le Roi l'ayant agréée et ordonné audit sieur de Beauvais de l'accepter, il envoya en même temps des ordres très précis au duc d'Estrëes, son ambassadeur, et au cardinal d'Estrées de poursuivre cette promotion avec la même chaleur que celle du prince Guillaume de Furstenberg. La nomination du roi de Pologne fut présentée au pape Clément X et agréée par Sa Sainteté en des termes qui marquoient non seulement qu'elle l'auroit pour recommandée en temps et lieu, mais même que la qualité de sujet de Sa Majesté la lui rendoit encore plus agréable, à l'exemple de Clément IX, son prédécesseur, qui s'expliqua de même sur la nomination du roi Michel en faveur de l'évêque de Béziers, aujourd'hui cardinal de Bonzi, lorsqu'elle lui fut présentée.
Innocent XI ayant succédé au pontificat, les ministres de Sa Majesté et du roi de Pologne ont continué les mêmes offices auprès de Sa Sainteté, sans qu'elle ait témoigné aucun éloignement pour la personne dudit évêque de Beauvais, sinon depuis quelques années que le nonce Palavicini qui faisoit ses efforts auprès du roi de Pologne pour lui faire changer sa nomination fit assez d'impression, par ses mauvais offices, sur l'esprit de Sa Sainteté pour la porter enfin à exclure ledit évêque de Beauvais de la dernière promotion, sous prétexte qu'il avoit fait rompre la diète de Pologne pendant son ambassade, et quoique le Roi ait écrit de sa propre main au pape pour lui témoigner son ressentiment et pour le prier en même temps de vouloir donner le chapeau audit évêque pour réparer le tort que Sa Sainteté lui avoit fait. Sa Majesté témoignant qu'elle le recevroit comme une grâce particulière, néanmoins Sa Sainteté n'a répondu que par une espèce de négative en disant que sa conscience y étoit intéressée. L'intention de Sa Majesté est que ledit sieur de Lavardin ne perde aucune occasion de faire connoître à Sa Sainteté l'intérêt que Sa
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Majesté prend à la promotion dudit évêque de Beauvais, tant à cause de Testîme qu'elle a pour ce prélat qui a toujours très bien rempli ses devoirs dans les emplois que Sa Majesté lui a confiés et dans les fonctions d'épiscopat, que parce qu'il n'est pas moins de la justice du pape que de celle du Roi de faire rendre à ce prélat ce que la calomnie de ses ennemis lui a retardé et que ses bonnes qualités, appuyées de la nomination du roi de Pologne et de la recommandation de Sa Majesté, lui ont fait mériter si justement. Comme M. le cardinal d'Estrées est pleinement instruit de toutes les démarches qui ont été faites jusques ici, auprès du pape, touchant cette négociation, ledit sieur ambassadeur agira de concert avec lui pour trouver les expédients les plus convenables à désabuser le pape et le porter à donner un des chapeaux vacants audit évêque. Pour cet efifet, ils se joindront tous deux à l'évéquo de Prémislie*, envoyé du roi de Pologne au pape, qui porte avec lui des ordres très pressants sur ce même sujet.
Le pape ayant témoigné Tannée dernière une extrême appréhension que le différend concernant la succession palatine fit naître de nouveaux troubles dans l'empire qui pussent faire obstacle au progrès des armées chrétiennes contre les Turcs, Sa Majesté voulut bien remettre la décision de ce différend à l'arbitrage du pape pour ne lui laisser aucun lieu de douter de la sincérité de ses intentions; mais l'empereur et l'électeur palatin ayant déclaré qu'ils ne pouvoient accepter l'arbitrage du pape dans cette affaire et qu'ils consentiroient seulement qu'il interposât sa médiation. Sa Majesté y donna les mains et quoique, depuis ce temps, ledit électeur palatin ait commencé à faire rendre au président Moras, chargé de la procuration de Madame', quelque
1. Prëmislie (Pnemysl), ville de Pologne sur le San,actueUeineDt dans laOalicie autrichienne, à 90 kil. ouest de Lemberg.
2. Charles-Louis, électeur palatin de Bavière, était mort eu 1680. Son fils Charles lui avait succédé et était mort à son tour en 1685, sans enfant. Cette mort mettait fin à la branche palatine de Bavière. La branche de Neubourg se considérait comme héritière, en la personne de Wolfang-Quillaume, parent au 7« degré du défunt. Cependant la sœur de celui-ci, Elisabeth-Charlotte, était mariée au duc d'Orléans, frère de Louis XIV : c'est la célèbre Madame la Palatine. Par son contrat de mariage, elle avait renoncé aux biens féodaux de la succession de son frère. Mais Louis XIV réclama pour elle les biens allodiaux, notamment le duché de Simmeren et lecomté
AFFAIRE DE L'ÉVÊCHÉ DE MUxNSTER. 333
partie des effets mobiliers, néanmoins il en retient encore beaucoup et ne veut pas même ordonner la revision des comptes par laquelle on pourroit justifier ce qui reste dû à Madame de la succession de ses père, mère et frère, ledit sieur de Lavardin doit faire entendre tant au pape qu'à ses ministres, dans les occasions qui s'en présenteront, que Sa Majesté ne pourra pas refuser à Monsieur, son frère unique, l'appui dont il aura besoin pour le recouvrement de ses droits si l'électeur palatin refuse de lui donner la juste satisfaction qui lui est dû, et conmie Sa Sainteté paroit assez portée à terminer ce différend, il y a lieu d'espérer qu'elle obligera ledit électeur à faire de sa part tout ce qu'il doit pour en sortir. Sa Majesté fait encore remettre entre les mains dudit sieur de Lavardin le dernier mémoire que Monsieur a fait dresser et par lequel il sera pleinement éclaircie sur les droits de Madame, sur les biens allodiaux et héréditaires.
Quoique l'élection de l'électeur de Cologne* à l'évêché de Munster ne regarde pas directement les intérêts de la France, néanmoins, comme elle peut avoir des suites capables de troubler la tranquillité publique, Sa Majesté croit y devoir faire une attention particulière et elle a jugé à propos d'instruire ledit sieur de Lavardin de l'état où est à présent cette affaire.
de Spanheim. Il demandait aussi sa part du mobilier et comprenait, sous cette dénomination, jusqu'au canon des forteresses. Neubourg, nouveau palatin, qui était en possession, ne voulut rien abandonner. Le Roi s*en remit à l'arbitrage du pape. Après quelque difficulté, le palatin Taccepta. Mais Taffaire ne devait pas être tranchée pacifiquement et elle fut un des griefs qui provoquèrent la guerre de la ligue d'Augsbourg.
1. L'électeur de Cologne était alors Maximilien-Hcnri de Bavière. Il était vieux et se désintéressait des choses de ce monde. Mais il était poussé dans les bras de la France par ses deux ministres, François-Egon et Ouillaume-Egon do Furstenberg. En 1687, celui-ci, récemment nommé cardinal sur la présentation de Louis XIV, était le principal ministre de l'électeur de Cologne ; il le poussait à se faire nommer évéque de Munster qui était un des quatre s uffragants de Cologne. Mais le pape, craignant les ambitions du cardinal de Furstenberg, s'opposait à la réunion.
Maximilien- Henri de Bavière devait mourir bientôt, en juin 1688. Furstenberg, qui s'était fait postuler comme coadjuteur par le chapitre de Cologne dès janvier 1688, allait, comme on le sait, reprendre pour son propre compte les ambitions qu'il avait inspirées à son maître, et ce fut encore une des causes de la guerre de la ligue d'Augsbourg. Il faut observer d'ailleurs qu'en prétendant réunir sur sa tête les évéchés de Cologne et de Munster, l'électeur ne faisait rien d'exorbitant. Car son prédécesseur, Ferdinand de Bavière, avait eu à la fois les évéchés de Cologne, Liège, Hildesheim, Munster et Paderborn, et il les avait possédés 38 ans sans être prêtre.
Il saura premièrement que le pape n'a pas voulu, jusqu'à présent, confirmer Télection de l'électeur de Cologne à Tévèché de Munster parce qu'il a prétendu qu'on y a employé des traités non seulement illicites mais simoniaques, et cela sur une lettre sans preuves que Casoni reçut dans ce temps*là du frère du défunt évéque lequel, ayant prétendu à cette église et dans le dépit de s'en voir exclus, prit les devants pour aliéner l'esprit du pape et le prévenir contre cette confirmation. Sa Sainteté a prétendu de plus que l'élection ne pouvoit être valable parce que l'induit que le pape Urbain VIII avoit accordé à l'électeur de Cologne pour être élu à plusieurs évèchés avoit dû être consommé par la possession de trois dont il étoit pourvu.
Sur le premier point, beaucoup de raisons ont été alléguées pour détruire cette calomnie, mais le pape a mieux aimé s'en rapporter à la lettre d'un homme emporté et intéressé que de donner quelque créance aux raisons contraires.
Sur le second, quoique l'électeur de Cologne ait fait voir qu'il étoit déjà pourvu de deux évêchés quand le pape Urbain VIII accorda le bref qui porte Ut ad plures episcopatus eligi possit et qu'ainsi ce mot de plures ne se peut restreindre au troisième et seul évêché qu'il a eu depuis, mais doit pour le moins s'étendre à un autre, cette raison quoique presque évidente n'a point fait d'impression sur son esprit; au contraire, il a toujours maintenu que le bref d'Urbain VIII étoit rempli et consommé et, lorsque l'électeur de Cologne, après plusieurs mois de poursuite pour la confirmation, a été obligé de prendre possession du temporel de l'Église, le pape a redoublé ses plaintes comme s'il avoit fait un attentat à son autorité et s'en est expliqué dans toutes sortes d'occasions. Il est même arrivé depuis peu que, comme, selon les règles du droit canon, celui qui est élu par un consentement unanime des électeurs, ce qu'on appelle in concordia dans des pays éloignés de la cour de Rome, peut gouverner même le spirituel et conférer les bénéfices en attendant sa confirmation, l'électeur de Cologne s'appuyant sur ce fondement a pourvu à quelques canonicats qui ont vaqué, dont l'un est d'une collégiale qu'il prétend être au patronage laïque et l'autre est de la cathédrale, les ministres d'Autriche se sont servis de cette conjoncture pour