‹ RomeChapitre 168 sur 186 · L'ÉLECTEUR DE COLOGNE ET LE PAPE · texte numérisé non relu

L'ÉLECTEUR DE COLOGNE ET LE PAPE

aigrir de plus en plus Tesprit du pape et, suivant Tordre qui leur a été donné par l'empereur, ils ont fait instance à Sa Sainteté pour obtenir ce canonicat en faveur de Tévêque de Breslau S fils de rélecteur palatin. Le pape, avant que de le conférer, a voulu savoir le sentiment d'une congrégation composée du sous-dataire, de l'auditeur du pape, du commissaire de la Chambre et du prélat Butini, les cardinaux Cibo et Slusius ' n'y ayant point été appelés ; dans cette congrégation Ton a examiné si la chanoinie de la collégiale étoit un patronage laïque comme l'a avancé l'jélecteur de Cologne, et on a conclu qu'elle ne Tétoit pas parce qu'on ne produisoit point de titres de ce patronage et qu'on ne voyoit qu'une possession obscure ; et quant à la chanoinie de la cathédrale, interprétant le bref du pape Urbain YIII à la mode du pape, on a dit que l'électeur de Cologne n'étant pas capable d'être élu mais tout au plus postulé, quoiqu'il ne lui ait manqué aucun suffrage, la règle de l'élection in concordia ne lui pouvoit être appliquée et que par conséquent il ne pouvoit jouir de l'avantage qu'elle lui donne de pouvoir conférer les chanoinies, d'où la congrégation ensuite a jugé que le pape étoit en état de la conférer et Sa Sainteté n'a pas différé un moment à la donner à Tévéque de Breslau. C'est ce qui s'est passé jusqu'à cette heure, et ce qu'on a pu pénétrer des intentions du pape va plus loin, car l'on suppose que, sur l'opposition que le chanoine pourvu par l'électeur de Cologne fera à l'évèque de Breslau lorsqu'il viendra pour prendre possession, le pape, agissant sur les principes quon vient de marquer et sur lesquels la congrégation a donné son avis dans la pensée de seconder les sentiments de Sa Sainteté, déclarera l'élection faite par le chapitre de Munster de la personne de l'électeur de Cologne nulle et abusive et de plus qu'il pourvoira lui-même à cet évêché si, dans le temps porté par les canons, le chapitre ne procède à une nouvelle élection dans laquelle sans doute il favorisera, comme il a déjà fait, l'évèque de Breslau. On imagine même d'autant plus de facilité dans toute cette in-

1. François-Louis de Bavière-Neubourg, ëvéque do Breslau et do Worms, chanoine d'Olmutz et de Cologne et plus tard électeur de Trêves.

2. Jean Gualter Sluze, liégeois, secrétaire dos brefs, cardinal de la promotion de 1686, mort en 1687.

trigue qu'on croit Télecleur de Cologne assez timide ou indolent pour ne soutenir pas son droit avec toute la vigueur et persévérance nécessaire ; on prétend aussi qu'il n'a désiré que médiocrement cette élection et on ajoute que l'électeur palatin croit trouver des adhérents dans le chapitre à quoi il y a beaucoup d'apparence et que l'empereur, sollicité avec ardeur p^ l'impératrice S est entré dans cette affaire fort vivement. Sa Majesté de son côté a fait connottre au cardinal Ranucci que si le pape se porte à cette extrémité les troubles et les divisions qu'il excitera dans cet évêché n'y demeureront pas renfermés, mais, s'étendant ailleurs, causeront peut-être des ruptures et des guerres auxquelles Sa Sainteté est si opposée et dont toutefois elle sera considérée comme l'unique auteur. Ledit sieur de Lavardin doit parler dans le même sens lorsqu'il sera à Rome, soit que le cardinal Cibo ou quelque autre ministre du pape le mette sur cette matière, soit qu'il trouve occasion d'en faire un bon usage dans les audiences qu'il aura de Sa Sainteté.

Sa Majesté ne juge pas à propos d'instruire, dès à présent, ledit sieur de Lavardin des raisons qu'elle a de prétendre que le pape lui accorde des induits pour les archevêchés de Cambrai et de Besançon, n'y ayant pas d'apparence que Sa Sainteté se porte si promptement de donner sur ce sujet à Sa Majesté toute la satisfaction qu'elle auroit droit de s'en promettre *.

Il est inutile aussi de prévenir les plaintes que la cour de Rome lui pourra faire sur la manière dont il a été procédé en dernier lieu aux élections des abbés et abbesses d" Alsace'. Car comme le Roi laisse aux élisants la liberté de lui nommer trois des plus dignes sujets à l'un desquels elle donne son agrément, ils ont beaucoup plus de raisons de se louer des égards que

1 . Éléonore-Magdeleine-Thérèse de Bavière, née le 6 janvier 1655, mariée le 14 décembre 1676, à l'empereur Léopold, morte le 17 février 1720.

2. Pour la question des induits, voir ci-dessus, p. 55, note 1.

3. Le pape se plaignait qu'après la réunion de l'Alsace à la couronne, le Roi se fût attribué la nomination aux abbayes et monastères d'Alsace, en ôtant aux religieux la liberté des élections et que, notamment à Murbach, un ecclésiastique non régulier eût été mis en possession, sans aucune bulle ni confirmation du Saint- Siège.

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