XXX INTRODUCTION
La noblesse, le clergé, et cette partie du tiers que la création des parlements appelle à la vie publique se groupent en corps politique, s'agitent autour des rois pour les servir ou les combattre, selon les circonstances. Si le pouvoir est fort, ils se déclarent ses plus fermes appuis et implorent ses bonnes grâces; s'il est faible, ils deviennent ses plus dangereux adversaires et se disputent les lambeaux d'une autorité détruite par leurs coups. Dans les querelles intestines, ou même dans les luttes contre l'étranger, ils changent de parti selon leurs intérêts du moment, plus préoccupés des privilèges qu'ils peuvent arracher à une autorité diminuée, — fût- elle étrangère, — que du repos et de l'honneur, dont ils pourraient jouir sous une plus forte discipline, — fût-elle nationale.
En un mot, l'Europe assiste à un effort vigoureux pour la constitution de pouvoirs aristocratiques. Cet effort, qui réussit en Angleterre, échoua en France pour des raisons qui sont coniiues. Il est seulement utile de rappeler, ici, qu'il se produisit dans l'Eglise en même temps que dans le monde laïque. Là non plus il ne réussit pas. Mais son échec laissa dans les esprits les traces d'un mécontentement qui devait avoir des suites jusque dans les révolutions religieuses du xvi"" siècle.
Le grand schisme d'Occident est de l'année 4378. La démence de Charles VI est de l'année 1392. Si l'on examine avec quelque soin les décisions des assemblées du clergé, ou plutôt des conciles tant provinciaux que généraux réunis en France ou dans les pays limitrophes à partir de Tannée 1398 jusqu'en 1438, date de la Pragmatique sanction de Charles VII, on remarque que cet acte n'est que le couronnement d une œuvre conçue, poursuivie, exécutée avec la volonté la plus claire, la plus persévérante pendant toute cette période.
Cette œuvre est à la fois hostile au pouvoir royal et au pouvoir pontiBcal. Elle est toute ecclésiastique et épiscopale ; c'est une véritable entreprise de liberté pour l'Église gallicane. Celleci cherche à se mettre hors de page, à se débarrasser de tout contrôle, à se réserver à elle-même son propre recrutement.
Elle est secondée, dans les conseils du Roi, par le parti aristocratique, le parti des Armagnacs. Le Roi, qui en est réduit à
LES ARISTOCRATIES LAÏQUE ET ECCLÉSIASTIQUE. xxxi
craindre autant ses partisans que ses adversaires, subit cette politique. D finit par la sanctionner solennellement, mais sans jamais y accéder d*un consentement plein et volontaire.
Dès qu'il le peut, il reprend une ligne de conduite différente : il se rapproche de la papauté, essaye de s'entendre avec elle, incline, en un mot, vers ce qu'on peut appeler, dès maintenant, une politique concordataire.
Mais cette conception, dix fois sur le point de se réaliser, ne peut être définitivement mise en pratique que par un pouvoir dégagé de toute entrave : c'est-à-dire au début du xvi" siècle, après Tavènement de François P',
Nous avons eu l'occasion de dire déjà comment, dans le désarroi du monde catholique, suite du transfèrement du siège pontifical à Avignon, les papes, appuyés sur les rois de France, avaientpu, pour la première fois, réclamer la réserve de tous les bénéfices cathédraux. C'était, du même coup, se placer au-dessus du corps des évêques.
Pour cette œuvre, une sorte d'entente se faisait entre le roi et le pape. Le premier désignait ses candidats, le second les nommait. Cette combinaison, avons-nous dit, inaugurait le régime de l'accord des deux pouvoirs.
Mais elle atteignait l'ordre ancien des élections et des collations. Elle blessait les intériHs des seigneurs, obligés de renoncer à leurs droits de patronage; elle mécontentait le corps ecclésiastique, habitué à une indépendance qui s'appuyait alternativement sur l'un ou sur l'autre pouvoir. Aussi ne fautil pas s'étonner de voir toute la partie active de la nation s'élever contre une tendance nuisible à tant d'intérêts encore puissants.
L'entente des deux pouvoirs ne put être assez longue pour qu'un système qui devait réussir deux siècles plus tard, s*invétérât dans les mœurs. Outre l'opposition du clergé et de la noblesse, il soulevait celle du parlement, hostile à tout ce qui pouvait étendre l'autorité romaine et celle du corps enseignant, de cette Université, à laquelle la renaissance des lumières assu-