AFFAIRES DIVERSES
rois prédécesseurs de Sa Majesté et dont le feu roi d'Espagne s'est publiquement désisté en présence du nonce du pape et de tous les ambassadeurs et ministres étrangers.
Sa Majesté recommande encore sur toutes choses audit sieur de Lavardin de donner une très particulière application et d'employer toute l'autorité de son caractère à faire vivre la nation françoise avec une grande modération et retenue, principalement ses domestiques qui pour espérer plus d'appui sont plus capables de s'einporter à commettre des désordres et des insolences, à moins qu'il n'ait lui-même le soin de les tenir en règle et de leur faire connoitre qu'il sera le premier à les châtier quand ils l'auront mérité, Sa Majesté étant persuadée que par cette conduite il acquerra grande réputation et fera bénir en tout temps celui de son ambassade, conservera l'affection que le peuple romain a toujours eue plus grande pour la nation françoise que pour aucune autre et ôtera tout sujet légitime au pape de se plaindre et tout prétexte de lui former des incidents ou donner des dégoûts.
Ledit sieur de Lavardin entretiendra une bonne correspondance avec tous les ambassadeurs et ministres du Roi dans les pays étrangers et il rendra compte à Sa Majesté, tous les ordinaires, de ce qui se passera de plus considérable dans son ambassade; il pourra même dépêcher des courriers lorsqu'il arrivera quelque chose d'assez important pour mériter qu'il en donne avis à Sa Majesté en toute diligence et elle lui fait remettre deux chiffres entre les mains, dont l'un lui servira pour lesdites dépêches ordinaires, et l'autre, plus difficile, qu'il gardera lui-même dans sa cassette et ne s'en servira que lorsqu'il y aura quelque chose de fort important et plus secret à faire savoir à SaMajesté.
Le Roi étant très satisfait des importants services que le maréchal d'Humières4uiarendus, Sa Majesté veut bien contribuer par
1. Louis de Crevant d*Uiimières, IV« du nom, duc d'Humières, pair et maréchal de France, avait eu, de Thérèse de La Châtre, un fils, Henri-Louis de Crevant, marquis d'Humières, qui avait été tué au siège de Luxembourg en 1684. Le maréchal d'Humières sollicitait du pape une dispense pour le mari|ige de sa fille Anne- Louise-Julie de Crevant arec son frère, Raymond-Louis, marquis de Preuilly, seigneur de Lassigny, lieutenant général des armées navales du Roi, pour transmettre à cette nouvelle branche le duché d^Humières. Mais ce projet fut déjoué par la
ses offices auprès de Sa Sainteté au dessein qu'il ade réparer en quelque façon la perte qu'il a faite de son fils unique et de conserver son nom par le mariage de sa fille avec le marquis de Preuilly, son frère, et elle ordonne au sieur de Lavardin d'appuyer dans les occasions qui se présenteront les instances qui seront faites au nom dudit maréchal.
Le roi de Portugal ayant accordé sa nomination au cardinalat en faveur de l'abbé de Lorraine, le comte d'Armagnac ^ son père, en a donné part à Sa Majesté qui l'a agréé.
Fait à, etc.
MÉMOIRE POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEDR MARQUIS DE LAVARDIN, AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DU ROI A ROME, DANS LA RENCONTRE QUI PEUT ARRlVQi d'uN CONCLAVE PENDANT LE COURS DE SON
Le Roi ayant pourvu suffisamment à la manière dont ledit sieur de Lavardin doit agir, tant dans ses premières fonctions que dans toutes les affaires qui sont arrivées avant la mort du duc d'Estrées ou qui sont nées depuis touchant les immunités, il reste présentement à Sa Majesté à prescrire audit sieur de Lavardin
mort du marquis de Preuillyt le 20 juin 1688, et Anne-Louise de Crevant épousa, en 1690f Louis-François d'Aumont sur la tète duquel elle transporta le duché d'Humières, érigé en sa faveur par lettres du mois d'août 1690.
1. Louis de Lorraine, comte d* Armagnac, de Charny, de Brionne, etc., né le 7 décembre 1641, mort le 13 juin 1718, avait eu de Catherine de Neufville, entre autres, François- Armand, né le 13 février 1665, abbé de Chasteliers, de Saint-Faron de Meauz, de Royaumont, etc., évéque de Bayeuz en 1719. Sa candidature au cardinalat paraît être accueillie par le Roi avec quelque firoideur. Elle n'aboutit pas. (Voir Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, t. XVI, p. 329.)
2. Lavardin n'assista à aucun conclave, le pape Innocent XI n'étant mort qu'en 1689, après le retour de Lavardin en France.