LES DIVERSES FACTIONS
celle qu^il devra tenir dans Toccasiou d'un conclave que la prudence veut qu'on prévoie comme la plus importante non seulement pour la cour de Rome, mais aussi pour le bien de la chrétienté, et que Tâge si avancé du pape peut faire croire proche à tout moment.
Le premier objet des ordres que Sa Majesté a toujours donnés à ses ambassadeurs et aux cardinaux de la faction de France est Tavantage qui doit revenir à l'Eglise du choix d'une personne à qui Dieu en confie le gouvernement et qui tient en ses mains cette partie si sainte et si auguste de la puissance de Jésus-Christ sur la terre. L'intention de Sa Majesté est toujours la même dans la vacance qui arrivera du Saint-Siège et elle désirera particulièrement dans le sujet qui sera élu pour le remplir les qualités qui peuvent le rendre plus digne d'une si grande élévation. Mais comme la bonne intelligence avec le premier prince de la chrétienté, fils aîné et protecteur de l'Église, n'est pas une des quahtés qui soient moins nécessaires dans un bon pape, Sa Majesté par un motif égal de piété et de prudence a jeté les yeux dans le collège des cardinaux sur ceux dans lesquels elle a cru trouver ensemble et plus de vertus dignes du pontificat et plus de dispositions à entretenir une amitié sincère et une parfaite intelligence entre le Saint-Siège et Sa Majesté.
Entre les factions qui restent des derniers papes, qui sont l'escadron ou les créatures d'Innocent X, Chigi, Rospigliosi, Altieri et celle d'Odescalchi qui sera dans le prochain conclave, toutes les raisons obligent particulièrement Sa Majesté de considérer par-dessus toutes les autres celle de Rospigliosi. Le souvenir de Clément IX ne mourra jamais dans la mémoire de Sa Majesté tant par les grandes qualités qui l'ont mis au rang des plus grands papes qui aient rempli la chaire de saint Pierre que par les marques si particulières d'amitié et de considération qu'il a données à Sa Majesté dans tout le cours d'un pontificat plus célèbre par les services qu'il a rendus à l'Église que par sa durée.
Le feu cardinal Rospigliosi a parfaitement bien secondé aussi, pendant sa vie, les bonnes intentions de son oncle, mais il ne reste plus de sujet papable de cette faction que le cardinal Cerri, qui est d'une maison originaire de Pavie établie à Rome depuis
plus de cent ans et dépendante de la Barberine. Il est savant en droit où il a été longtemps doyen de la Rote ; mais sa capacité a paru médiocre dans les autres afTaires. Il a Tinclination libérale et son équité lui a acquis de la réputation dans sa légation d'Urbin.
Il s'est toujours également ménagé avec la France, mais il conserve de la reconnoissance de ce qu'il a su que Sa Majesté auroit agréé et souhaité son exaltation dans le dernier conclave; il y a même apparence qu'il n'oublieroit pas cette obligation s'il devenoit pape. Il est vrai qu'on croit qu'il seroit opiniâtre dans ses sentiments et les liaisons qu'il a avec le cardinal Azzolin peuvent rendre son élection difficile, maison croit qu'il ne refuseroit pas de donner sur ce sujet à Sa Majesté tous les éclaircissements et les assurances qu'elle voudroit lui demander. En un mot, Sa Majesté est persuadée qu'ayant eu Testime de Clément IX il est digne du pontificat et elle veut que ledit sieur de Lavardin lui témoigne adroitement que Sa Majesté conserve pour lui les mêmes sentiments qu'elle a eus dans les précédents conclaves.
Lorsque ledit sieur ambassadeur perdra l'espérance de réussir à l'exaltation de ce sujet qui est le seul qui reste de la faction de Rospigliosi, Sa Majesté porte ses pensées indifféremment sur toutes les autres, s'arrêlant seulement aux mérites et aux qualités de ceux qui les composent.
Le cardinal Cibo, créature d'Innocent X, a toujours passé pour être sage, savant et appliqué : Innocent X le fit son majordome et peu de temps après cardinal. Il eut ensuite les légations d'Urbin, de Romagne et de Ferrare, et il s'en acquitta avec estime.
Son élection auroit été plus aisée avant son ministère, mais le peu de fermeté qu'il y a témoigné et le grand nombre d'ennemis qu'il s'est attirés en ne faisant plaisir à personne seront des obstacles qu'il aura peine à surmonter pour parvenir au pontificat. Il s'est toujours également ménagé avec la France et l'Espagne, mais comme quelques-uns de ses parents ont servi dans les troupes d'Espagne, on croit aussi qu'il affectionneroit davantage les intérêts de cette couronne que ceux de la France et quoiqu'il ait souvent témoigné le contraire au cardinal et au duc d'Estrées, néanmoins Sa Majesté n'a pu obtenir aucune grâce ni