‹ RomeChapitre 25 sur 186 · ISAMBBRT (X, p · texte numérisé non relu

ISAMBBRT (X, p

XLvi INTRODUCTION.

l'adversaire de Jules II, le prince dont rheureùse parcimonie est restée populaire, ne pouvait consentir à laisser sortir de son royaume des sommes qui ne servaient qu'à fortifier ses adversaires.

Cependant les expéditions d'Italie ouvrent à la civilisation générale, à la politique européenne des horizons tout nouveaux. Le xvi" siècle naît. L'esprit moderne se lève. L'Italie instruit la France qui la conquiert. La papauté, vue de près, perd de son prestige. En présence des armées des rois, elle s'incline, elle s'humilie. Ses armes légères s'émoussent. La politique traditionnelle des rois de France, en ce qui concerne les rapports des deux pouvoirs, va se transformer pour s'adapter aux nécessités nouvelles. Fidèle à elle-même, elle poursuit la conception d'une entente avec Rome ; mais elle profite de la faiblesse du gouvernement papal pour tirer, d'un contrat, les moyens de subvenir à cette lourde charge de l'administration despotique du royaume, qu'elle assume désormais.

Placés maintenant au seuil du xvi* siècle, jetons un coup d'œil d'ensemble sur le chemin parcouru. La ruine de Tordre social, suite de la décadence de l'empire romain, est réparée. L'Europe présente une forme nouvelle. De nouveaux organismes politiques fonctionnent et ont déjà repris Tœuvre de la civilisation.

Cette reconstruction s'appuie à la fois sur le système de propriété du sol et sur la religion. La féodalité a présenté le régime de propriété le plus complet, le plus strict qui se soit jamais rencontré, puisqu'il liait le sort de Thomme à celui du sol luimême. C'est ce pouvoir si absolu du propriétaire, qui a été la base de la nouvelle organisation des pouvoirs publics.

Tandis que l'antiquité était montée graduellement du foyer à la tribu, de la tribu à la cité, de la cité à la conquête du monde et à l'Empire, les temps modernes vont, de la servitude à la vassalité, de la vassalité à la suzeraineté, de la suzeraineté à la royauté et à la constitution des nationalités modernes.

La religion joue égalepient un rôle bien différent de celui qui

LA RELIGION ET LA FÉODALITÉ. xlvii

aidait été le sien dans la haute antiquité européenne. Autrefois, en effet, elle s'était élevée des dieux de Tâtre aux dieux de la ville et de ceux-ci aux numina impériaux, accompagnant, dans sa lente progression, la constitution de la société antique, subissant les mêmes hasards, s'associant aux mêmes intérêts politiques, vaincue et victorieuse avec elle. Dans le moyen-âge, au contraire, la religion est extérieure à la société qui se forme. Elle lui vient du dehors, lui est imposée le plus souvent et, chose digne de remarque, TÉglise est la seule institution qui ait conservé l'idée de Tunité du monde et de la discipline des anciens âges.

Si les églises locales s'organisent, elles n'ont jamais le caractère d'étroite jalousie qui distingue les religions anciennes. Elles se rattachent toutes à un centre commun, qui est Rome.

Ainsi, dans l'antiquité, le développement de la société avait marché du même pas que celui de la religion. Elles avaient été, toutes deux, continuellement associées pour la même cause ; tandis qu'au moyen âge, ces deux forces ont leur origine en des points tout opposés et dans des conceptions absolument contraires. Elles devront infailliblement entrer en lutte.

Tout d'abord l'Église l'emporte. Elle organise le monde à sa guise, le conquiert, l'instruit, adoucit ses mœurs, mais aussi l'exploite. Grande machine politique, elle a des besoins nombreux, et c'est au£dèle à les satisfaire.

Un conflit s'élève alors dans l'âme de chaque chrétien. Non seulement le citoyen s'inquiète de la domination étrangère qui menace son pays, mais le contribuable souffre de l'exagération des sacrifices qu'on lui impose.

Ce péril est d'autant plus grave pour l'Église qu'elle repose uniquement sur le consentement de tous et de chacun. Ce qu'il y a de pis pour elle, c'est un schisme, parce qu'il la désagrège, et l'usage qu'el|e peut faire de son autorité la menace toujours d'im schisme.

En vain, elle s'efforce d'asseoir son empire temporel. Elle n'y parvient pas. Elle est trop mal située, dans cette Italie morcelée et lasse de la première conquête du monde. D'ailleurs la religion du Christ ne peut se servir longtemps de la force. Ce serait nier son principe; ce serait disparaître.

XLViii INTRODUCTION.

Ainsi de ce qui fait les grands empires, c*est-à-dire de la puissance matérielle, TÉglise manque tout à fait. Elle n'a que la persuasion, Tautorité des armes spirituelles, l'élan des fidèles, la crainte de l'enfer et l'espérance du ciel. Elle se sert de tous ces moyens jusqu'à l'excès, jusqu'au trafic.

Mais ses besoins augmentent sans cesse, et c'est le moment où les sociétés Icuques vont se planter en face de l'Église et combattre sa puissance.

Les croisades furent décisives. Elles disciplinèrent chacun des peuples de l'Europe, ouvrirent les esprits, les élevèrent au-dessus des étroites préoccupations du donjon, du clocher ou du befiroi. En même temps elles imposèrent à la papauté de lourdes tâches. Elle prit à honneur de les accomplir jusqu'au bout et comme de pareilles entreprises ne pouvaient se faire sans argent, elle se chargea de cette partie, la plus ingrate de l'œuvre commune. Elle se fit banquière, commissionnaire ; agissant pour le plus noble motif, mais se compromettant, se rendant haïssable à faire un pareil métier.

Les papes et leur entourage succombèrent à la tentation qui leur venait trop facilement d'employer les ressources que l'Eglise s'était créées à leurs avantages personnels.

On entendit parler du luxe de Rome, de l'entretien coûteux des cardinaux. Dès le xiii* siècle, le scandale commençait à se répandre. Il n'eut plus de bornes dans les tristes temps de l'exil d'Avignon.

Cette tentation d'ailleurs était bien naturelle. En effet, du haut en bas de la hiérarchie, le monde clérical vivait étroitement mêlé à la vie laïque. A la chasse, à la guerre, dans les conseils, dans les fêtes, on distinguait mal, sous l'armure et le heaume, sous un même costume opulent, le grand seigneur laïque, du grand seigneur ecclésiastique.

C'est ce qui caractérise cette situation de l'Église du moyen âge. Elle est très attachée aux intérêts mondains, riche plus qu'elle ne le fut jamais, grande propriétaire, sujette par conséquent à bien des vices, exposée à bien des convoitises.

La lutte s'engage bientôt entre les trois ordres d'intérêts qui viennent d'être signalés : l'église de Rome qui, ayant la charge de

LUTTE DE L'ÉPISCOPAT CONTRE ROME. xlix

la conduite de la chrétienté, implore, exige de celle-ci une forte rémunération ; les églises locales qui ne demandent qu'à jouir en paix des biens qu'elles ont amassés ; enfin les pouvoirs Imques auxquels la meilleure partie de leurs ressources sont enlevées par ces deux rivales, et qui essayent de ressaisir ce que la misère du temps leur a fait perdre.

Si nous considérons uniquement la France, nous voyons son Église se défendre énergiquement contre les prétentions de la cour de Rome. De toute antiquité, les clergés nationaux ont mis quelque difficulté à accepter la suprématie que s'altribue le successeur de saint Pierre. Les évêques, successeurs des apôtres, se disent institués par Jésus-Christ, tout comme celui qui est peut-être le premier d'entre eux, mais qui n'est pas leur chef. Ils préfèrent chercher leur investiture auprès des pouvoirs locaux, auprès des fidèles qu'ils connaissent, que de la devoir au pape. Ils prétendent garder la disposition des biens ecclésiastiques et se réserver, à eux seuls, la collation des bénéfices. On voit ainsi s'affirmer un esprit de résistance contre la cour de Rome qui se traduit dans ces trois termes : supériorité du concile sur le pape ; élections ; ni grâces expectatives, ni réserves. C'est le gallicanisme épiscopal.

Par le concours des circonstances, il triomphe au xv" siècle : dans les conciles de Constance et de B&le, dans les assemblées de Paris et de Bourges. La Pragmatique Sanction est son œuvre, et il porte ainsi, au pouvoir pontifical, le coup le plus rude. Il a pourtant ses côtés faibles. Le système des élections et celui des collations par l'ordinaire présente des inconvénients, des vices graves qui n'échappent pas à l'œil clairvoyant de ses adversaires. D'ailleurs l'épiscopat est obligé de faire tête des deux côtés à la fois. Pris entre la ténacité des ultramontains et la fougue des légistes, son embarras est d'autant plus grand qu'il n'ose pousser jusqu'à l'extrême sa thèse antipapale. Il craint un schisme, il craint qu'on le soupçonne d'y tendre. Car, tout en défendant ses privilèges, ses intérêts, ses libertés si Ton veut, il prétend rester fidèle à l'unité catholique et au Saint-Siège, qu'il accuse seulement de délaisser les anciennes traditions.

Cependant la partie la plus coûsidérable de l'influence du

EECOWL DBS INSTEUCT. DIPLOMAT. VI. — d

Page 1