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L INTRODUCTION

clergé, après la possession de la terre, est due à Texercice de la justice. Pendant six siècles, le droit canonique est le maître du monde. Cette domination étendue ainsi hors du domaine, hors des personnes ecclésiastiques, mécontente les rois et les seigneurs, ruine leurs tribunaux et leurs hommes de lois. Ceux-ci entreprennent, tant contre Rome que contre les églises locales, une campagne violente, âpre, sans scrupule, à laquelle tous les moyens sont bons pour vaincre ; car il faut vivre : c'est le galUcanisme juridique ou parlementaire. Il se résume en ces deux mots : plus de justice ecclésiastique civile ; plus d'appel à Rome.

Il n'a pas, lui, les hésitations du gallicanisme épiscopal. Il attaque celui-ci avec rudesse et l'accuse de trahir la cause nationale. Ces imprudents et ces timorés, unis ainsi pour la même campagne contre le pape, sont divisés non seulement sur les moyens de la conduire, mais sur les résultats à tirer de la victoire. Ils ne peuvent réussir l'un sans l'autre et ne peuvent vivre l'un avec l'autre. Ils se compromettent par le secours qu'ils se prêtent, et s'entr'aident en se détestant.

Au travers et au-dessus de ces prétentions, de ces querelles, un troisième gallicanisme s'élève : c'est le gallicanisme royal. Il a une origine plus haute encore que les deux autres. Ce qu'il représente, c'est la jeune nationalité française s'affirmant instinctivement contre la menace d'une domination étrangère. L'Etat maître chez lui, tel est le premier mot de cette doctrine, et l'État se personnifiant dans le roi, tel est son second terme. Par une passion d'indépendance à l'égard du dehors, la France se jette au pied de l'autoritarisme et épouse la doctrine monarchique. Les créateurs et les défenseurs du galUcanisme royal apparaissent, en même temps, comme les partisans implacables du pouvoir absolu des rois : on ne peut les distinguer. Ce sont les mêmes chaires, les mêmes livres qui enseignent simultanément les droits du roi à l'égard du pape et les droits du roi à l'égard de ses sujets ; on les confond dans une même expression : Regalia.

Cette doctrine est complètement constituée à la fin du XV* siècle. Elle est enseignée par les juristes méridionaux, fils et continuateurs directs des légistes du moyen-âge. Les régales de France, regalia Francise, se formulent dans les sen-

LES TROIS GALLICANISMES. li

iences suivantes : Le roi de France ne reconnaît aucun supérieur dans les choses temporelles. Le roi peut, de son propre chef, réclamer les impôts de ses sujets, même des ecclésiastiques, sans lautorisation du pape. Il touche le droit de régale pendant la vacance des bénéfices, et, durant ce temps, confère les bénéfices. Il ne peut être excommunié. Il confère de plein droit les bénéfices et dignités ecclésiastiques. Aucune élection ne peut se faire sans son consentement. Les évoques du royaume doivent lui prêter serment de fidélité. Il connaît du possessoire dans toutes les causes ecclésiastiques. Seul, il a le pouvoir législatif dans son royaume. Il peut être élu comme empereur. Le pape ne peut légitimer les b&tards, ni faire restitution de biens dans le royaume; ce droit n'appartient qu'au roi. Seul il a le droit de custode et de sauvegarde. Il peut, et seul, établir de nouveaux impôts dans son royaume. Aucune communauté, ville ou autre association ne peut s'imposer sans le consentement du roi *.

La théorie, comme on le voit, est complète. Mi-partie romaine, mi-partie scolastique, elle remet simultanément entre les mains du prince, roi par la grâce de Dieu, la direction de l'Église et la conduite du royaume. ..

Mais, dans la pratique, cette doctrine n'avait pas entièrement prévalu. Le roi est tenu à plus de ménagements que ceux qui soutiennent sa cause. Si le pape a besoin de lui, il a besoin du pape et tient à son litre de Roi Très-Chrétien. S'il a confiance dans ses hommes de loi, il a besoin aussi de ses évéques qui, tant de fois, l'ont aidé de leur autorité et de leurs conseils. D'ailleurs, en les ménageant, c'est sa noblesse, ce sont les grands de son royaume qu'il ménage, et la puissance de ceux-ci n'est pas encore brisée.

Et puis, il peut être patient, car l'avenir est à lui. Il a la force contre ses évoques ; depuis longtemps aucune élection ne se fait sans son consentement. Il tient en bride les hommes de

1. Ce sont les têtes de chapitre ciu petit opuscule de Jean Fbrrault : Tractaius cwn jucundus, tum maxime utilis, privilégia aligna regni Francix continens. Ce urisconsulte vécut sous Charles VIII et LouU XII. La première édition de son traité est de 1515. Cfr. : Grassaillb. Regalium Francité Ubri duo, jura omnia et dignt' tatei christianontm \GaUix regum continentes Carolo Degrassalio Carcassonens auihore ; Galliot-Dupré, 1545, in-12.

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