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LX INTRODUCTION

Suppression du régime des élections, omission de la clause de la Pragmatique qui proclamait la supériorité du concile sur le pape, telles furent les deux grandes satisfactions accordées au Saint-Père : c'était, en paroles du moins, la destruction de toute l'ancienne théorie gallicane.

Aussi le pape et le concile de Latran, presque entièrement composé dltaliens, acceptèrent avec joie la rédaction du Concordat. Ils y voyaient l'abolition solennelle de l'œuvre des grands conciles du xv* siècle. Ce n'était pas seulement Bourges, mais Bâle et Constance que rayait, pour ainsi dire, le silence significatif de l'acte nouveau. La grande honte de l'Église romaine était réparée.

Ce silence même ne suffit pas à la papauté. Duprat, ayant fixé les bases de l'entente, quitta Bologne, et confia le soin de rédiger le texte définitif du traité à Roger de Barme, avocat général, et aux deux frères Briçonnet, évèques de Meaux et de Saint-Malô. Ce fut la troisième phase des négociations *. L'influence de Marignan s'efiaçait déjà. Les nouveaux négociateurs n'avaient pas l'autorité de leur prédécesseur ; ils eurent fort à faire. Les Italiens essayèrent de reprendre, par le détail, quelques-unes des concessions qu'ils avaient faites. Duprat consulté ne se fit pas trop prier pour leur laisser toute satisfaction dans les questions de forme. De sorte que l'on voit le concordat s'envelopper d'une condamnation de la Pragmatique, « bâtie à chaux et à sable, — selon les propres paroles des négociateurs, — toute boullevardée de censures et de fulminations ».

Quelle dut être la honte des vieux gallicans, quand, dans le prologue de cet acte qu'on leur présentait comme devant sceller la paix de l'Eglise, ils entendaient leurs plus chères doctrines, les convictions que, depuis si longtemps, leur intérêt avait enfoncées dans leur conscience, condamnées comme factieuses et séditieuses, leur indépendance courbée devant l'orgueil romain, la supériorité de la papauté proclamée et les églises locales consi-

1. Voir Vie d'Antoine Duprat, par le marquis Do Prat. -Paris, Techener, 1851 in-8», p. 135.

REMONTRANCES DU PARLEMENT. lxi

dérées « comme ruisseaux dérivant de l'éternelle et perpétuelle église romaine » !

Duprat accepte tout. Il sait qu'en politique, les théories passent, mais que les intérêts demeurent. D plaît au pape de se payer lui-même de ces déclarations fastueuses. On les lui abandonne. Mais on retient Tavantage réel, tangible de la disposition des biens ecclésiastiques. Le roi de France devient le plus riche dispensateur de rentes viagères qu'il y eût alors dans toute la chrétienté.

Ce qui prouve bien que, dans cette œuvre de reprise du patrimoine laïque, Duprat suivit une ligne politique parfaitement nette, et, nous pouvons ajouter, conforme aux sentiments de la masse de la nation % c'est qu'il ne s'en tint pas à la signature, à l'homologation et à l'exécution loyale du Concordat. Ce fut, en effet, sous son influence et sous Tinfluence des derniers légistes dont il était le plus éminent, que se poursuivit, durant tout le le règne de François l", cette lutte contre la juridiction ecclésiastique qui eut pour marque particulièrement populaire la rédaction des actes en langue vulgaire, et qui trouve son couronnement dans l'édit du Roussillon. Loiseau observe, dans son Traité des Seigneuries j qu'avant l'édit de Roussillon, l'officialité de Sens avait trente-cinq ou trente-six procureurs, tandis qu'il n'y en avait que cinq ou six au bailliage; mais qu'après l'édit, il n'y en eut plus que cinq ou six à l'officialité et plus de trente au bailliage.

Le système politique qui aboutit à ce résultat et qui fut appliqué durant tout le règne, législativement si fécond, de^ François P% était celui des anciens légistes. Pour la première fois, il se traduisait pratiquement dans les faits : triomphe de l'autorité royale, non seulement au dehors, à l'encontre des prétentions papales et impériales, mais au dedans, par l'abaissement des aristocraties Icuque et ecclésiastique.

1. Oq a bien souyent cité le passage de Brantôme qui explique admirablement les sentiments des classes moyennes de son temps. Il était, d'ailleurs, bien placé pour louer le Concordat; car il lui devait Tabbaye de Bourdeille. Toute la petite noblesse raisonnait de même, les uns pour ce qu'ils avaient, les autres pour ce qu ils espéraienl.

i-xii INTRODUCTION.

Ce ne fut pas le seul résultat direct, immédiat, du Concordat et du système fie gouvernement dont cet acte lui-même n*était qu'une des manifestations. Il serait facile de démontrer^ et cette démonstration a déjà été tentée, que c'est par suite de la conclusion si opportune du Concordat, que la France échappa à la Réforme.

La force pratique considérable que la revendication des biens ecclésiastiques donnait à la politique protestante fût singulièrement diminuée, entravée en France, parce fait que la disposition de ces biens appartenait désormais au pouvoir Icûique. Tandis que la réforme se faisait en Angleterre au profit de la royauté et de l'aristocratie tout ensemble ; tandis qu'elle se faisait en Allemagne au profit des princes et des seigneurs, elle s'était faite en France, d'elle-même, sans schisme * et au profit du roi.

Quand les doctrines de Luther pénétrèrent en France, elles purent séduire quelques âmes mystiques ou s'attacher quelques esprits ambitieux; mais elles ne s'emparèrent point de l'esprit national, parce que cet esprit était ailleurs ; il était incontestablement avec le Roi, qui continuait sa lutte si populaire contre les classes aristocratiques.

Celles-ci essayèrent bien de s'appuyer un instant sur la Réforme pour restaurer leur influence. Mais le succès ne pouvait couronner leurs efforts. Le Roi était catholique et avait tout intérêt à rester catholique ; le peuple et la bourgeoisie étaient catholiques, et, quand ce n'eût été que par hostilité contre les grands, avaient toute raison de rester catholiques.

Quant au clergé, choisi par le Roi, recruté parmi les fidèles partisans du gallicanisme royal, il ne pouvait que baisser la tête, s'incliner, et s'il lui restait au cœur quelques sentiments d'indépendance, ce n'était pas à Tégard du Roi, c'était à l'égard de la papauté seule qu'il allait les manifester.

En un mot, la querelle du sacerdoce durait encore dans

1. Ce péril du schisme est indiqué par Duprat, dès 15n, dans son discours au Parlement : « Mais comme le roi savait que, s*il voulait s*opposer à Tabolition de a Pragmatique, Léon X, avec son assemblée de Latran, procéderait contre lui et contre son royaume par des censures et par des interdits et que si ces interdits et censures subsistaient une année entière, il s'ensuivrait contre TÈglise gallicane une condamnation de schisme et d'hérésie, etc.y. v Isambert (t. XII, p. il5).

SUITES DU CONCORDAT. lxiii

rÉglise; mais dans le royaume elle était achevée. Tous les évéques se rangeaient désormais, bon gré, mal gré, derrière le Roi, pour soutenir avec lui « les doctrines gallicanes ».

Ces mots avaient maintenant un sens nouveau. Ce que le clergé français défendait, en continuant la lutte, ce n'était plus, selon la forte expression de Bousquet, évêque de Lodève, ce n*était plus ses libertés, c'était plutôt ses servitudes.

La cause des évéques français, étroitement unie, subordonnée à la cause royale, tel est le caractère du nouveau gallicanisme, suite naturelle de l'application du Concordat. Cette union, en même 'temps qu'elle maintient la majorité des Français dans la religion catholique, exerce sur les destinées politiques de la France l'influence la plus considérable. C'est ce qu'il est intéressant de suivre dans les deux grands actes qui, à ce point de vue, marquent la fin du xvi^ siècle : les délibérations du concile de Trente et la conversion de Henri IV.

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