M AVERTISSEMENT
ciales auprès du pape; enfin, comme, à aucune époque, les relations n'ont été interrompues absolument entre Paris et Rome, le siècle et demi qu'embrasse ce recueil présente un tout continu et exceptionnellement rempli.
Le premier volume des « Instructions de Rome », actuellement livré au public, commence en 1654, par l'instruction donnée au cardinal d'Esté ; il se termine en 1687, par l'instruction donnée au marquis deLavardin. Il s'étend ainsi sur un espace de vingt-trois ans qui embrasse la partie la plus considérable du règne de Louis XIV.
L'année 1682, qui vit la fameuse assemblée du clergé, présente une date si importante qu'on peut la prendre comme terme d'une première période, comme point de départ d'une ère nouvelle. Avant 1682, la doctrine gallicane, vivante et agissante depuis des siècles, ne s'est pas encore fixée dans des formules précises, officielles, ayant reçu, par la sanction royale, force de loi. A partir de cette date, la papauté ne peut plus l'ignorer, ou ne la considérer que comme une thèse d'école. Elle est obligée de prendre à partie ces libertés dont on l'a si souvent menacée, et elle engage avec elles une lutte qui ne peut s'achever que par l'élimination de cet élément de désordre ou par un schisme.
A ce point de vue, le recueil des instructions données aux ambassadeurs à Rome présente un intérêt sur lequel il serait oiseux d'appeler l'attention du lecteur. Il conviendrait plutôt de le mettre en garde contre l'espérance qu'il pourrait concevoir de trouver, dans les documents que nous publions, une quantité considérable de renseignements nouveaux et inédits sur cette grave question. En effet, le texte des instructions si précis, si minutieux, si perspicace en ce qui concerne les questions de fait ou de personnes, est généralement muet sur ce qui touche aux doctrines.
AVERTISSEMENT m
C^est que les diplomates, les prélats, les agents de toute nature que la cour de France entretenait auprès du Saint- Siège, étaient si naturellement imbus de ces idées, qu'il était inutile d'en charger le corps de leurs instructions. Il suffisait de leur indiquer les moyens de les mettre en pratique.
Il faudra donc que le lecteur fasse un certain effort pour se remettre, sans cesse, par la pensée dans les temps, dans les circonstances et, comme on dit, dans le milieu, où ces instructions ont été écrites, s'il veut en saisir toute la portée.
Dans rintention de lui faciliter cet effort, nous avons fait précéder la publication des textes d'une introduction qui retrace les grandes lignes de l'histoire du Gallicanisme, depuis les originesjusqu'au règne de Louis XIV. Il y a là tout un ordre d'idées et tout un vocabulaire, qu'il est nécessaire de se remettre en mémoire pour pénétrer l'esprit politique qui anime les instructions. Si cette introduction réalise l'objet qu'on s'est proposé en l'écrivant, elle aura pour résultat de mettre chacun des documents qui vont suivre à la place exacte qu'il occupe dans le développement des relations séculaires des cours de Paris et de Rome.
Dans une seconde étude du même genre — qui paraîtra en tête d'un des volumes suivants, — on se réserve de reprendre cet examen historique au point où il est interrompu aujourd'hui et, à travers les péripéties des règnes de Louis XIV et de Louis XV, de le conduire jusqu'à la Révolution française.
Pour tout ce qui louche à l'arrangement matériel du volume, il n'y avait qu'à se conformer aux directions delà Commission des archives diplomatiques et aux excellents exemples déjà donnés par MM. Sorel, Geffroy, Caix de Saint- Amour, Farges, pour les volumes de cette collection parus antérieurement.