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Le massacre de Vassy est de i

ROLE DU CARDINAL DE LORRAINE. lxxt

temporairement le cours des ambitions lorraines, Tâme de cette politique restait vivante dans la personne du cardinal.

Or cette politique se déclarait, avant tout, catholique, papiste, anti-régalienne. S'inspirant des précédents de l'histoire de France, eOe recherchait Talliance du pape, dont la seule autorité était assez forte pour substituer, à une dynastie déchue, une autre dynastie. Bientôt les Mémoires de l'avocat Jean David aHeiient formuler la théorie lorraine en ces termes : « que la race de Hugues Capei s'étant rendue désobéissante à FÉglise et portée, pour la ruiner, à introduire V erreur damnable que les Français appelaient libffté de rÉglise gallicane, laquelle n'est autre chose que le refuge des hérétiques, » il fallait, si Ton y voulait remédier, que le duc de Guise, véritable héritier de Charlemagne, se fît proclamer roi, et fît pleinement reconnaître le Saint-Siège , dans les États du royaume, par Vabolition de la liberté de rÉglise gallicane et ladhésion au concile de Trente.

Nous sommes précisément à l'époque où la cour romaine, profilant de cet affaiblissement de la puissance royale, va diriger simultanément toutes ses batteries sur la France : elle favorise la faction des Guises; elle poursuit et obtient l'établissement en France de là Compagnie de Jésus \ En même temps, un bachelier en théologie, Jean Tanquerel, ressuscite, en pleine Sorbonne, la vieille question du moyen-âge : « Savoir s'il est en la puissance du pape d'excommunier un roi et de donner son royaume en proye, et d'affranchir les sujets du serment de fidélité qu'ils ont en luy, quand d'ailleurs il se trouve qu'il favorise les hérétiques? »

Le cardinal de Lorraine fut, au concile de Trente, le complice, et peut-être, à Rome, l'instigateur do cette politique. Elle servait sesdesseins personnels. On ne peut lui faire, en cette circonstance, dautres reproches que ceux qui s'appliquent à l'ensemble du rôle joué par la famille de Guise, dans les troubles du xvi" siècle.

n fut loin d'être suivi par ses collègues de l'épiscopat et par Vopinion publique française. Le gouvernement, qui résistait de son mieux aux ambitions déchaînées contre lui, blâma formellement, dans les dépêches adressées à ses ambassadeurs, la

I. Le collège de Clermont ouvre en 1561. Le Parlement, bon gré, mal gré, tpproQve rinttitut en 1562.

Lxxii INTRODUCTION.

conduite du cardinal de Lorraine. La plupart des prélats français le désavouèrent. Beaucoup quittèrent le concile. Enfin, si l'on veut se rendre compte de Tétat de Fopinion, il suffit d'ajouter qu'en 1 86i , aux États tenus à Orléans, la doctrine gallicane était si fortement représentée, que les trois ordres^ sous l'impulsion de L'Hôpital, demandèrent le retour à la Pragmatique Sanction de Charles YII.

Ce n'était là, il est vrai, qu'un vœu tout platonique. Ni la royauté ni la papauté n'auraient consenti à faire un pareil sacrifice. Mais l'expression des sentiments des députés suffit pour prouver combien les maximes des conciles de Constance et de Bâle étaient restées en faveur auprès des classes éclairées de la nation.

A son retour en France, le cardinal de Lorraine fut très mal accueilli, non seulement par la cour, mais par un grand nombre des prélats du royaume. La royauté française, dès cette époque, prit nettement, à l'égard des décisions du concile, une position qu'elle garda jusqu'à la fin. Elle refusa de les recevoir.

Le parlement, blessé dans ses prétentions judiciaires, fut toujours des plus vifs contre elle. Le clergé, atteint par quelquesunes des formules qui touchaient à l'autorité des évoques, ne montra jamais qu'un zèle froid, pour toutes les parties de ces délibérations qui touchaient à la discipline.

La cour, pressée à chaque instant par Rome, se retranchait ainsi derrière l'opposition que ces décrets rencontraient sur toute la superficie du royaume.

Tout au plus, dans les moments les plus critiques, consentaitelle à essayer de les introduire, sous la réserve expresse des libertés et franchises de l'Église gallicane. Et ces offres de bon vouloir ne passèrent jamais jusqu'à un simple commencement d'exécution. Pour employer les expressions mêmes de Catherine de Médicis, on ne put jamais « en trouver l'opportunité* ».

Sur ce point donc, la papauté éprouva, dès le début, un véritable échec en France, et notamment auprès des classes et des

1. Voir Philipson, loc. cit.^ p. 593. — L'Épinois, la Ligue et les Papes. Palmé, 1886, p. 44. — DupuY, Instructions et lettres des rois de France sur le concile de Trente. Paris, 1654, iii-4«; et Mionot, Histoire de la réception du concile de Trente, 1756, 2 vol. iii-12.

NON-ACCEPTATION DU CONCILE EN FRANCE. Lxxiii

institutions que leurs intérêts rendaient particulièrement perspicaces.

n est vrai que Rome put croire, un instant, à un succès plus sérieux auprès de la masse de la nation. Pendant quelques années, et par suite de circonstances qu'il nous reste à expliquer, les doc farines ultramontaines parurent sur le point de remporter dans un pays qui jusqu'alors s'était toujours montré uni contre elles. Mais ce succès, momentanément facilité par une des crises les plus graves de notre histoire, ne fut jamais complet. La crise passa et Tengouement pour les doctrines papales qui n'en avaient été qu'une suite, passa avec elle.

En somme, les décisions du concile ne furent jamais reçues chez nous. Tout au plus, les considéra-t-on comme une direction, une indication pour les consciences chrétiennes. Nombre de Français n'y ^^rent jamais qu'une justification de leurs appréhensions au sujet de l'esprit dominateur de Rome. Jusqu'à la Révolution française, c'est-à-dire tant que les matières politiques et religieuses furent étroitement mêlées, on considéra même le rejet des décisions du concile, du moins en matière de discipline, comme un des points importants de nos libertés, comme une pierre de touche de la fidélité aux maximes gallicanes.

Mais les circonstances nous ont conduit jusqu'à cette époque, unique dans notre histoire, où Ton vit une sorte de courant national, une opinion publique, se former en faveur des doctrines ultramontaines. C'est le temps de la Ligue, époque confuse, troublée, agitée par des retours vers le passé, et par de vagues poussées vers un avenir encore bien éloigné. Parmi la diversité d'opinions qui se rencontrèrent alors dans les esprits et qui successivement ou simultanément les emportèrent, il faut essayer de marquer la place exacte que se fit l'esprit romain, de déterminer l'empire qu'il sut étendre sur les âmes, les causes de son triomphe momentané et de sa chute profonde.

Tout compte fait, on trouve dans la Ligue beaucoup plus do politique que de religion. Réaction contre la nouvelle autorité despotique des rois ; relâchement des liens qui unissaient les

Lxxiv LVTRODUCTION.

extrémités au centre et, par conséquent, retour à la décentralisation politique et administrative des âges précédents ; mépris d'un gouvernement sans scrupule, sans capacité et sans patriotisme ; par-dessus tout, et beaucoup plus qu'on ne peut le croire, vigoureuse impulsion vers la liberté, vers la participation des classes éclairées à l'administration des villes, des provinces et du royaume, tels furent les divers sentiments qui, unis par le lien religieux, se confondirent, sous la direction du parti des Guise et donnèrent naissance à la Ligue.

Il ne faut pas non plus oublier l'espèce d'engouement subit des Français pour quelques-unes des personnalités marquantes de cette grande famille lorraine. Il se fit, ^ans l'esprit de la nation, une comparaison brusque entre les vices, les faiblesses, les ridicules des derniers Valois et les mérites, les services, la gloire des ducs de Guise. Ceux-ci avaient la prudence, la tenue, la souplesse des ambitieux. Ils étaient dans la période où l'on rend des services pour se les faire payer. Ils avaient ce prestige militaire toujours cher aux Français. Enfin ils tournaient l'esprit d'un peuple mobile vers l'étemel mirage du changement : l'espérance.

Il y eut donc de leur côté comme un élan des foules lassées ou dégoûtées du présent. Elles se plaisaient à personnifier dans ces princes beaux, élégants, victorieux, les multiples aspirations que les révolutions du siècle avaient éveillées en elles.

Mais pour en venir à ce changement de dynastie qui, pendant quelque temps, fut le vœu de tous les Français, le soulagement auquel tous aspiraient, il fallait rompre avec la tradition séculaire de la monarchie héréditaire, il fallait rejeter la loi salique vivante dans la personne de Henri III et de ses successeurs.

C'est ici que l'intervention du pape prenait une importance extrême. Ce peuple, avide d'arracher le pouvoir à la dynastie régnante et d'en disposer à son gré, avait beau s'assurer de son droit de souveraineté, il demandait qu'une autorité plus haute le lui confirmât. Il implorait du pouvoir pontifical la justification de sa propre volonté, de sa politique, de sa passion , de sa fureur amoureuse.

Ainsi se forma peu à peu dans les esprits une théorie nouvelle

LA DOCTRINE POLITIQUE ULTRAMONTAINE. lxxv

— du moins en France — et qui prenait justement le contre-pied de toute la théorie gallicane. Expliquée, entretenue, fortifiée par l'enseignement des nouveaux ordres et notamment de la Compagnie de Jésus, on la vit s'infiltrer dans le pays, s'élever des collèges aux universités, se répandre des chaires dans le ba^ peuple, se manifester par toute une littérature de libelles, envahir même la Sorbonne, même le parlement, diriger les résolutions des politiques, influer sur les délibérations des États, en un mot se saisir de la conscience de tout un peuple.

Il convient d'expliquer la raison et la portée de cette doctrine ; elle eut la plus grande influence sur les destinées futures du gallicanisme.

C'est une illusion révélant un état d'esprit tout français que de considérer la doctrine romaine, en matière de souveraineté politique, comme légitimiste ou monarchique. Tout au contraire, les décisions papales, aussi bien que les opinions théologiques les plus accréditées, montrent peu de penchant pour le système royal.

En principe, toute souveraineté vient de Dieu. Dieu l'a déposée dans le corps social qui s'organise selon sa convenance et sous la forme qu'il préfère, monarchie, aristocratie, démocratie. Tout pouvoir est donc, en lui-même, digne du respect et de la soumission du catholique. Mais il ne mérite ce respect et cette soumission que s'il ne s'écarte pas des devoirs qui lui incombent ; et, de ces devoirs, le premier est de subvenir au maintien et au progrès de la religion catholique.

Mais qui sera juge du mérite ou du démérite des pouvoirs établis? Ou plutôt qui peut en être juge, si ce n'est le pape? N'est-ce pas à lui qu'a été donné le pouvoir de lier ou de délier? Si un abus quelconque vient à se produire dans l'exercice de la souveraineté, et notamment dans ce qui touche à la manutention des intérêts catholiques, qui peut l'apprécier, qui peut le punir, autre que celui qui représente, sur la terre, l'autorité et la sainteté de Jésus-Christ?

De là découlait naturellement la doctrine pontificale dans ce

Lxxvi INTRODUCTION.

qu'elle avait de plus strict, celle qui réclamait un pouvoir direct sur le temporel, avec le droit de disposer des couronnes, et, si le prince manquait à ses devoirs, de délier ses sujets du serment de fidélité, de donner, selon l'expression du temps, « le royaume du tyran en proie ».

Cette doctrine, clef des enseignements politiques de l'école romaine, avait été formulée pour la première fois par Grégoire VIL Elle avait toujours été considérée comme condamnable, sinon comme hérétique, par l'école gallicane.

Mais, dans les temps dont il s'agit, elle s'appliquait si bien au secret désir de la nation française, qu'il n'est pas étonnant do voir le succès qui devait l'accueillir, une fois que d'habilQ3 polémistes l'eurent adroitement accommodée aux nécessités de la politique.

Il convient de rappeler ici qu'une autre doctrine non moins hardie, mais qui parait placée, de prime abord, aux antipodes de celle qui vient d'être rappelée, la doctrine de la souveraineté du peuple, avait, dans le même temps, le plus grand succès auprès de la majorité des Français. C'était l'époque où, selon le mot de Uurault, « la France était folle de la liberté d.

Au lendemain de la Saint-Barthélémy, les publicistes protestants, indignés de la conduite du pouvoir, avaient tout fait pour ébranler son autorité. Les premiers, ils avaient appris aux Français que le prestige traditionnel de la loi salique n'était pas inviolable, que le peuple seul choisissait ses princes, qu'il pouvait, à son gré, se défaire d'eux « comme on retire ses pouvoirs à un tuteur infidèle ». C'étaient ces mêmes écrivains protestants qui, entrant dans le minutieux exposé de la doctrine révolutionnaire, avaient prouvé qu'on pouvait s'insurger contre le tyran, lui refuser l'impôt, former des ligues contre lui, réclamer, pour l'abattre, le secours de l'étranger, l'assassiner même en cas de nécessité urgente*.

1. Il suffit de citer, pour mémoire, le traité de La Bobtie, le Contr'iin ou de la Servitude volontaire, la Franco-Gallia d'HoTMAN, le Réveil-Matin des Français, le De Jure magistratuum erga subditos et subditorum erga magistratus^ les Vindicve contra tyrannos d'HuoBRT Lanolet, etc., etc. Ceux qui ont seulement parcouru cette bibliothèque singulière savent que Ic^ Contrat social de Jean-Jacques n*a rien nnoTé.

THÉORIE POLITIQUE DES LIGUEURS. • lxxvii

Toutes ces idées et d'autres semblables, contenues dans les libelles des Hotman, des Hubert Languet, et de leurs coreligionnaires avaient été accueillies d'abord avec surprise, puis avec curiosité, enfin avec intérêt, selon que Tétat d'esprit auquel elles répondaient s'étendait dans le pays.

Mais ce qui peut paraître extraordinaire, quoique absolument certain, c'est que cette semence révolutionnaire, jetée par les écrivains protestants, fut surtout recueillie par les esprits catholiques.

En effet, au fur et à mesure que les événements se déroulaient, la dynastie des Valois était de plus en plus détestée, non seulement par ceux qui avaient souffert de la Saint-Barthélémy, mais par tous les amateurs de nouveauté, de quelque part qu'ils vinssent. Henri UI avait beau se*placer lui-même à la tête de la Ligue, affirmer, avec une exagération qui ne pouvait laisser place à aucun doute, ses sentiments catholiques. 11 était haï, méprisé. Il gênait. Tant d'adversaires décidés que son administration trouvait parmi ses sujets catholiques se laissèrent donc facilement séduire par lesthéories révolutionnaires qui devenaient pour eux d'une application si commode. Ce droit des sujets sur les princes, développé par les hérétiques contre Charles IX, fut bientôt dirigé, par les catholiques, contre le prince qui avait été pourtant l'un des conseillers, peut-être l'instigateur de la Saint- Barthélémy.

Ainsi les mêmes esprits s'ouvrirent, d'une part à la doctrine ultramontaine, telle que nous la rappelions tout à l'heure, d'autre part à la doctrine révolutionnaire, telle que nous venons de l'exposer. Un simple artifice d'arrangement devait suffire pour que de leur union naquit le système démocratico-papal, qu'on allait opposer dorénavant aux vieux principes autocratiques et gallicans : c'est la théorie ligueuse.

Elle eut pour auteurs et pour principaux interprètes les prédicateurs et les moines. Répandue par leur parole et par des libelles sans nombre, jusque dans les dernières couches du peuple, elle fut reçue ardemment par des esprits que les circonstances avaient préparés et tenaient merveilleusement aux écoutes.

Lxxviir INTKODUCTION.

Elle empruntait à la pensée romaine, légèrement modifiée par le théologien jésuite Bellarmin, cette idée que le pape, n'ayant aucune puissance directe sur le temporel des princes, a cependant autorité sur lui (Tune manière indirecte. En effet, son pouvoir est absolu sur le spirituel, et il est de sa mission « d'oster les scandales hors de la voie du peuple ». Le pape peut donc prendre subsidiairement, la cause dû peuple et de l'État. Il peut exclure de l'accessoire (du règne temporel) celui qui est incapable du principal (c'est-à-dire de la foi catholique).

Seul, le pape a l'autorité nécessaire pour délivrer les chrétiens du joug d'un tyran, ennemi de son peuple ou ennemi de l'Église. Mais, par contre, seul le peuple, une fois rendu libre et délié de son serment, peut disposer de lui-même. C'est lui seul qui, par son consentement, donné dans une réunion des États qui le représentent, confère de nouveaux droits à la souveraineté.

Telle est la doctrine que l'on trouve développée dans les pamphlets ligueurs, celle que le prédicateur Porthaise, à Poitiers, exposait en ces termes : « Le prêtre a le premier droit es terre et partages terriens... Les cousteaux spitrituels et matériels sont à l'Église, et de son vouloir doivent être dégainés pour la tuition de la foy et pour la punition des hérétiques... La personne des rois est purement du droit des gens et pour ce sujette aux contrats..., comme nous eu font foi la mutation des lignées Mérovinges, Carlovingeset Capets *, »

C'est de cette doctrine que s'autorisaient les hommes d'État de la Ligue. Elle est déterminée, en quelque sorte officiellement, dans cet écrit où le duc de Mayenne s'adressait aux princes catholiques pour expliquer sa conduite : « Ce n'est point la nature ni le droit des gens qui nous apprend à reconnoitre nos rois; c'est la loi de Dieu, celle de son Église et du royaume, qui requièrent non seulement la proximité du sang... mais aussi la possession de la religion catholique au prince qui nous doit commander. Et cette dernière qualité a donné nom à la loi que nous appelons fondamentale de l'État, toujours suivie et gardée par nos mayeurs '

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