Lettres, éd. 1698 (t. I, p
TRIOMPHE DU GALLICANISME. xci
ment rétablie entre les deux pouvoirs, après vingt-cinq ans de lutte. Les prétentions pontificales étaient repoussées et Ton peut ajouter que le royaume de France était à nouveau, et pour deux siècles, complètement reconstitué.
La doctrine gallicane était reconstituée du même coup. Elle avait ramassé toutes ses forces et tous ses éléments épars pour les opposera la conquête romaine.
Précisément, en Tannée 1894, le parlementaire P. Pithou réunit, pour la première fois, en un corps de doctrine, le recueil des maximes formant ce nouveau droit.
Le règne de Henri IV vit également commencer entre les théologiens et les juristes une polémique variée, abondante, féconde, qu'on a fort justement nommée la Guerre des Livres et qui eut pour effet de mettre en lumière et de préciser, par leur antagonisme même. Tune et l'autre doctrine \ Du côté de Rome, les Bellarmîn, les Mariana, les Richeome, les Coëffeteau; dans lautre camp, sous la conduite assez inattendue de Jacques l" roi d'Angleterre, les Barclay, lesDuchesne, les Savaron, les Richer.
Cette polémique se poursuivit sous la régence de Marie de Médicis. A cette époque, la papauté, confiante dans la fidélité catholique de la Reine régente, eut un moment d'espoir. La Compagnie de Jésus, malgré tant de difficultés de toutes sortes, malgré un premier exil, rentrait définitivement en France et s'y implantait, grâce à la faveur royale. Elle semait la province de ses collèges, s'insinuait à Paris, dans les Facultés, dans la société, à la cour, donnait un confesseur au Roi. Elle n'avait pas encore perdu cette nature « cosmopolite » que ses apologistes considèrent comme le trait caractéristique de la partie héroïque de son existence. Elle était encore, sans réserve aucune, dans les mains du pape.
On la vit donc, à cette date, multiplier ses tentatives. La Sorbonne, les Étals Généraux de 1614, retentirent des doctrines qu elle-même y soutînt, ou qu'elle y fit soutenir par des bacheliers hardis, de savants docteurs, des prélats éminents. Mais
1. Voir Perrbns, V Église et VÉtat en France sous le règne de Henri IV et la régence de Marie de Médicis, Papis, Dnrand et Pedone, 1873, ia-8 (t. I«', p. 306).
xcn INTRODUCTION.
toute cette agitation, purement doctrinale, se perdit vite, sans portée et sans écho.
Non seulement ces tentatives nouvelles virent se dresser contre elles la science opiniâtre d'un Richer, soutenue par l'autorité du parlement, mais elles se heurtaient à quelque chose de plus fort, de plus compact, de plus résistant, à une opinion faite, établie dans le royaume tout entier. Des théologiens, des érudits, curieux du menu détail, peuvent prendre quelqueintérêt à l'étude de ces luttes qui passionnèrent les contemporains. Mais aujourd'hui on n'en saisit guère que Tinanité. Imaginez les querelles des Jansénistes et des Molinistes sans les Provinciales.
Tout au plus peut-on dire qu'à travers ces luttes et ces débats « livresques », la doctrine déterminait ses derniers contours.
En 1614, dans cette assemblée des États, où fut reconnue, pour un siècle et demie, la constitution du royaume, telle qu'elle avait été établie par la longue expérience des guerres civiles, la question du gallicanisme tint naturellement une grande place, une place prépondérante. Le tiers-état prit l'initiative d'un (c article » qui proclamait l'indépendance absolue de la couronne de France et qui écartait, en termes positifs, la doctrine romaine. Il est vrai que le clergé, dirigé par le cardinal Du Perron, réussit à faire écarter cet article. Il ne fut donc pas inscrit parmi les lois fondamentales du royaume, mais, comme dit fort justement l'historien de Richer : « S'il ne figure pas parmi les lois positives, il devint la règle des opinions françaises*. »
Quand le cardinal de Richelieu prit la direction des affaires, il trouva la thèse gallicane arrivée à un degré de développement tel, qu'il n'avait qu'à l'accepter et à la maintenir. Nourri lui-même des leçons de la Faculté de Paris, théologien instruit, soutenu aux affaires par l'appui du parti politique, entraîné ^ar sa grande conception de lutte contre la maison d'Espagne à des alliances compromettantes au point de vue catholique, par-dessus tout, partisan énergique de l'autorité absolue des rois, il devait être et il était bon gallican. Cependant sa conviction n'allait pas jus-