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Edmond Richei\ par l'abbé Puyol (t. II, p

RICHELIEU ET MAZARIN. xciii

qu'à le brouiller avec le pape. Il était plutôt prêt à faire quelques concessions sur ces questions de doctrine dont se satisfait si volontiers la politique romaine.

En somme, Richelieu affecte de prendre plutôt une attitude de médiateur dans les luttes d'école ; il fit venir Richer, le morigéna, jusqu'à obtenir de lui une sorte de désistement. Il ménagea toujours la Compagnie de Jésus ; et si l'on vit, durant son administration, quelque condamnation retentissante des doctrines ultramontaines, comme celle de Santarel, c'est que les intérêts de la politique pratique de Richelieu le portaient alors vers un pareil éclat.

D'ailleurs l'autorité royale n'avait pas à s'affirmer autrement que par ses actes. La polémique romaine elle-même était réduite au silence par le spectacle de grandeur, d'union et de force que le royaume de France donnait alors au monde. La papauté était atteinte par l'abaissement de la maison d'Espagne. Lassée du grand effort qu'elle avait faite à la fin du siècle précédent, elle paraissait plutôt soucieuse du repos que de la lutte : le long pontificat d'Urbain VIII marquait une trêve dans les rapports des deux pouvoirs.

La sagesse expérimentée de Richelieu se gardait bien de la rompre; et, du. moins sur les questions de doctrine, l'habile souplesse de Mazarin sut la maintenir. Le premier connaissait la France, et se reposait sur elle ; l'autre connaissait les Romains, et n'ignorait pas leur ténacité muette. Il valait mieux rester, de part et d'autre, sur le terrain conquis, sans se livrer à d'inutiles escarmouches.

Cet état d'esprit se manifeste chez Richelieu par une sorte d'adhésion au Duvallisme, doctrine d'un gallicanisme extrêmement modéré, conception d'un théologien longtemps considéré comme ultramontain et bien vu en cour de Rome. C'est Richelieu aussi qui confie à l'illustre Marca le soin de chercher un terme d'accord entre les deux pouvoirs.

Le livre de Marca* a bien ce caractère, et s'il ne réussit pas, c'est que, du côté de Rome, aucune concession de principes n'était possible. Elle peut bien assister, impassible, au triomphe matériel

1. De concordia sacerdotii et Imperii, 1641, in-4*; 2» ëdit., 1663, in-fol.

xciv IiNTRODUGTION.

de ses adversaires, mais non consentir à rien abandonner de ce qu'elle a une fois proclamé comme sa propre doctrine.

Cependant, au milieu du demi-silence imposé, autant par la volonté des cardinaux-ministres que par la grandeur des questions qui s'agitaient sous leur administration, le gallicanisme, moins bruyamment défendu, ne perdait rien de sa force.

C'était lui, en somme, qui triomphait, qui régnait, qui se glorifiait dans la gloire et dans la prospérité des rois. CTétait lui qui avait préparé ce tr6ne, maintenant si resplendissant. C'était lui qui avait choisi ces titres orgueilleux. C'était lui qui avait enseigné cette soumission, incliné ces têtes, prédit cette grandeur que la Providence montrait au monde comme un reflet de la sienne.

Après avoir été au péril, il était juste qu'il fût à l'honneur. On peut dire qu'il s'assoit sur le trône en même temps que Louis XIV.

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