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HuRAULT, Discours d'État, 2« discours

ANTINOMIE DES TROIS GALLICANISMES. cv

Si l'on attend beaucoup du Roi, Ton attend beaucoup de Rome aussi. Les justes, les intègres sont préoccupés de Tunité de la robe sans couture. Les bommes du siècle, les ambitieux savent que les hauts emplois de l'Eglise dépendent toujours du pape. L'éclat de la pourpre souvent les éblouit.

Leur éternel souci, leur éternelle inquiétude, à tous, c'est l'imprudence, la critique, la violence des parlementaires. L'ordre ecclésiastique est au supplice de ce double reproche ou de les accompagner toujours, ou jamais: « Dans mon sermon sur l'unité de l'Église, écrit Rossuet en 1681, indispensablement obligé à parler des libertés de l'Église gallicane, je me proposai deux choses, l'une de le faire sans aucune diminution de la véritable grandeur du Saint-Siège, l'autre de les expliquer de la manière que les entendent les évêqueSj et non de la manière que les entendent les magistrats, »

Et même, s'il se retournait du côté de la royauté, vers cette royauté qui lui devait tant, l'épiscopat n'était pas ^ans objet d'inquiétudes et.de tourments. La thèse du droit divin était, théoriquement, d'une puissance et d'une logique invincibles. Mais, dans la pratique, que d'actes difficiles à expliquer, à excuser, à soutenir, en restant fidèle à la pensée de l'Église, à la pensée du Christ : les ménagements envers les hérétiques de l'intérieur et de l'extérieur, l'ingérence perpétuelle dans les matières religieuses, les jugements des cours souveraines touchant au dogme et à l'administration des sacrements, les nominations scandaleuses, la conduite notoirement immorale et les péchés sans cesse renouvelés qu'il fallait sans cesse absoudre, les violences contre des princes de l'Église, contre des cardinaux, contre Rome même, la juridiction ecclésiastique foulée aux pieds, en un mot la modération et la patience chrétienne des évêques, toujours mises à l'épreuve, à moins qu'ils n'eussent pris de bonne heure le parti An servilisme ou accepté la consolation de la simonie !

Malgré toute prudence et toute adresse pratique, quels retours ne devait pas faire parfois sur elle-même l'âme d'un Rossuet ! Quelle lassitude! Quel dégoût! On en surprend de nombreuses traces au cours de ses écrits : « Priez Dieu pour moi, disait-il, et que j'aie moins de complaisance pour le monde. » Et dans une des

cvi INTRODUCTION.

plus admirables pages de VHistoire des Variatiofu, il se débat, en quelque sorte, contre le reproche qu'il sent peser siir lui, en écrivant le parallèle de saint Thomas de Cantorbéri et de Thomas Cranmer : « Saint Thomas de Cantorbéri résista aux rois iniques. Thomas Granner leur prostitua sa conscience et flatta leurs passions. L'un banni, privé de ses biens, persécuté dans sa propre personne et affligé en toutes manières, achète la liberti^ glorieuse de dire la vérité, comme il la croyait, par un mépris courageux de la vie et de toutes ses commodités ; l'autre, pour plaire à son prince, a passé sa vie dans une honteuse dissimulation, et n'a cessé d'agir en tout contre sa croyance. L'un combattit jusqu'au sang pour les moindres droits de l'Église ; l'autre en livra aux rois de la terre le dépôt le plus intime, la parole, le culte, les sacrements, les clefs, l'autorité, les censures, la foi même : tout enfin est mis sous le joug, et toute la puissance ecclésiastique étant réunie au trône royal, l'Église n'a plus de force qu'autant qu'il platt au siècle. »

Bossuet assurément échappait à un tel reproche ; sa conscience était satisfaite. Mais il devait trembler souvent en considérant le spectacle d'imprudence et de témérité donné par ceux qu'il autorisait de ses conseils et de sa parole. La conduite d'un Pavillon, évoque d'Alet, pauvre, vertueux et persécuté, était certainement, plus que celle de l'évêque bien en cour, voisine des exemples d'un Thomas Becket, éloignée de la funeste carrière d'un Thomas Cranmer.

Il n'est pas d'ailleurs un ecclésiastique sincère qui ne soit frappé, ému de ces côtés périlleux du gallicanisme. Ceux qui savent quelle fermeté l'abbé Fleuri apporta toujours dans la défense de cette thèse, ne peuvent qu'être frappés des pages mélancoliques qui terminent son fameux Discours sur les libertés de r Église gallicane : « Je conviens de bonne foi que nous n'agissons pas conséquemment et qu'en ces matières, comme en toutes les autres, l'usage ne s'accorde pas toujours avec la droite raison... Que la cour de France le considère pom' garder une grande modération à l'égard de la cour de Rome. Il ne convient pas de la traiter fièrement dans le temps qu'on lui demande des grâces. Avant que de parler d'appel au futur concile, de défense de

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