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PROTECTEUR DES AFFAIRES DE FRANCE PRÈS DU SAINT-SIÈGE

Cette instruction et la suivante ont été rédigées à peu près à la même époque, dans les dernières semaines de Tannée 1654. Toutes deux ont servi à la direction du même ambassadeur, Hugues de Lionne, n est à croire cependant que celle qui est insérée ici sous le numéro î2 est de quelques jours antérieure à la première, adressée au cardinal d'Esté, protecteur des affaires de France près du Saint- Siège, n a paru convenable cependant d'imprimer celle-ci tout d'abord. Elle touche à des intérêts d'ordre général. Elle expose le plan complet de la politique romaine du cardinal Mazarin. L'autre, au contraire, ne se rapporte qu'à une affaire spéciale,et quelque intéressants que soient pour l'histoire les démêlés de la cour de France et du cardinal de Retz, il ne semble pas qu'ils puissent prendre rang sur le sort général de la chrétienté, mis en question par les délibérations d'un conclave.

C'est même une bonne fortune pour ce recueil de débuter par une de ces Insiructiom en cas de conclave dont on trouvera de nombreux exemples dans le cours des aimées postérieures, et qui unissent généralement au piquant d'un tableau complet de la cour de Rome l'intérêt de ce qui touche à la plus haute direction du monde catholique.

A l'époque où s'ouvre notre recueil, l'influence de la cour d'Espagne

IBCUEIL DBS INSTBUCT. DIPLOMAT. VI. — 1

était encore dominante à Rome. Celle de la cour de France essayait à peine de s'y établir. Il suffira de rappeler que la faction française ne comprenait alors que cinq cardinaux, tandis que la plupart des membres du sacré collège se disaient attachés à la fortune de l'Espagne, n est vrai que plus d'un de ces derniers commençaient à flairer le vent. Pendant le long pontificat d'Urbain VIII, la cause française avait paru l'emporter en Europe. Mais, en somme, l'abaissement de la monarchie de Charles-Quint n'était pas encore proclamée dans des actes publics. Môme ^près la signature des traités de Westphalie, l'Espagne luttait encore.

Lltalie notamment n'avait nullement échappé à sa domination. Naples, révoltée, avait dû se soumettre. La puissance pontificale, toujours liée par des préoccupations d'ordre temporel, ne pouvait oublier ce voisinage qui avait été formidable ; et c'était à peine, si le sacré collège, par une grande affectation de neutralité et de piété tout ensemble, essayait d'écarter le joug qui depuis plus d'un siècle pesait sur lui. C'était l'époque de Vescadron volant.

Mazarin, Italien, diplomate, cardinal, très au courant des choses péninsulaires, songeait à l'utilité que sa politique pouvait tirer du concours d'un pape dévoué à la France. Le premier de tous les hommes d'État français, il s'e^ppliquait à créer à Rome un parti favorable à ses desseins, un parti permanent, solidement organisé, un parti que l'on rendrait influent dans les affaires et auquel on taillerait une large place dans les conclaves.

Le pape qu'il s'agissait de remplacer. Innocent X, avait été élu en 1644, à un moment où Mazarin était à peine installé au pouvoir. Le nouveau ministre n'avait pu s'occuper sérieusement de cotte « importantissime » affaire.

L'élection avait été faite, sinon sous Imfluence directe de l'Espagne, du moins par la main des Florentins, si dévoués alors au roi trèscathohque. Elle avait été faite surtout dans un esprit de réaction contre les Barberini, qui, par la force des choses, devinrent bientôt les alliés de la France.

Cette puissance à son tour eut beaucoup à se plaindre du mauvais vouloir du pontife. Elle prétendait en avoir éprouvé les effets dans la négociation si laborieuse des traités de Westphalie, dans Taffaire de Castro, dans un certain nombre de questions particulières et notamment dans la longue sollicitation du chapeau pour le frère du cardinal ministre, pour Michel Mazarini.

Au moment où Innocent X se mourait, les relations entre la cour de Paris et de Rome étaient, sinon rompues, du moins singulièrement tendues.

11 s'agissait donc de reprendre en sous-œuvre une conception que,

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