LA POLITIQUE FRANÇAISE A ROM
tant qu'avait duré ce pontilicat,on avait été forcé d'abandonner.Seule, l'ouverture de la succession pontiûcale pouvait permettre à.Mazarin d'espérer de nouveau le succès. Tel fut Tobjet des instructions adressées au cardinal d'Esté ; tel fut Tobjet de la mission de Lionne.
Malheureusement si Mazarin, par les avantages de ses origines et de sa situation personnelle était plus fait qu'aucun autre pour se mêler aux intrigues romaines, d'autre part cette môme origine et cette même situation lui nuisaient. Ce n'était pas impunément que lui, le fils du petit bourgeois de Peschina, s'était élevé au rang de ministre dirigeant du premier royaume de la chrétienté. Sa fortune avait suscité bien des jalousies, ses ambitions éveillaient bien des craintes. On allait même jusqu'à dire qu'il aspirait au trône pontificaL C'étaient des obstacles de cet ordre qu'il avait rencontrés dans ses relations avec la cour d'Innocent X. C'était contre ces mêmes difficultés qu'il devait lutter, sans pouvoir les vaincre, dans le conclave qui allait s'ouvrir et durant tout le pontificat d'Innocent X.
L'instruction envoyée au cardinal d'Esté et qui devait servir, en même temps, à Hugues de Lionne n'en marque pas moins une époque importante de la politique de la France à l'égard de Rome. Elle ouvre Tère de l'influence directe, de Tintervention auprès des principaux personnages de la cour pontificale et du pape lui-même. Louis XIV sHnspirera longtemps de ces idées et en poursuivra, à grands frais, la réalisation.
Le cardinal Mazarin était premier ministre ; et Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d'État aux Affaires étrangères.
INSTRUCTION DU ROI POUR LE CONCXÂVE, LAQUELLE SA MAJESTÉ EN- TEND n'être point ouverte qu'après la mort DU PAPE ET PRIE M. LE CARDINAL D*ESTE ' DE LA DÉCHIFFRER LUI-MÊME SANS LA CONFIER A SES SECRÉTAIRES j ET EN CAS QUE SA SAINTETÉ GUÉRISSE *, ELLE VEUT Qu'eLLE LUI SOIT RENVOYÉE AU MÊME ÉTAT Qu'eLLE AURA ÉTÉ REÇUE.
Le Roi ayant jugé à propos d'informer de ses intentions M. le cardinal d'Esté sur l'élection d'un nouveau pape, en cas que notre Saint-Père vienne à mourir avant que l'ambassadeur qu'il a résolu d'envoyer auprès de Sa Sainteté ' soit arrivé à Rome, Sa Majesté a commandé qu'on lui fît tenir le présent mémoire pour lui servir d'induction en cas de conclave, et même pour le pouvoir montrer aux autres messieurs les cardinaux qui sont à Rome pour son service * et à toute autre personne qu'il jugera néces-
1. Par suite de TabsoDce de Tambassadeur, le « Secret du Roi » fut confié au cardinal d'Esté. Renaud d'Esté était frère du duc de Modène, François. Il avait été promu au cardinalat par Urbain VIII, le 16 décembre 1641 . Dès sa première mission en Italie, Lionne avait noué des relations Avec la cour de Modène; le cardinal d'Esté, après avoir paru dévoué aux intérêts de l'Espagne, s'était attaché définitivement à la faction française. Il en avait été nommé coprotectenr (Relaz. di Giov. Giustiniani dans les Relazioni délia corte di Borna letle al senato degli ambascialori Veneti nel secolo decimo settimo raccolte ed annotate da N. Barozzi et G. Berchet; Venezia, 1877, in-8<», vol. II, p. 118). Malgré l'honneur de ce titre considérable et les avantages matériels qu'il procurait, il ne faut pas s'étonner si, comme on Ta remarqué, le cardinal d'Esté était plus Modénais que Français (voir GÉRiN, Mission de H. de Lionne. Revue des Questions historiques, 1879, p. 14, et surtout Petr. dblla Gattina, Histoire diplomatique des Conclaves^ t. III, p. 100, note, et p. 127). La mollesse du cardinal d'Esté ne contribua pas peu à favoriser rélection du candidat exclu d'abord par la France, du cardinal Chigi.
2. Le pape, Innocent III (J.-B. Pamphilio), dont la fin était attendue depuis quelque temps déjà, mourut le 7 janvier 1655, probablement avant que le texte de cette Instruction fût parvenu à Rome.
3. L'ambassadeur dont il est question ici, et qui, désigné dès lors, était sur le point de se mettre en route, est Hugues de Lionne. Cette instruction devait lui servir tout autant qu'aux cardinaux de la faction française. Au cours du conclave, Lionne reconnaît qu'il n'avait pas d'Instruction particulière. (Voir Valfrey, p. 224.)
4. Les cardinaux de la faction française étaient alors le cardinal d'Esté, Antonio Barberino, Bichi, Grimaldi, Orsini. Il sera question d'eux plus d'une fois par la ■suite.