LES BARBERINS
saire en tout ou en partie, quand et ainsi qu'il avisera bon être pour l'avantage de ses affaires.
Premièrement, elle le prie de vivre avec lesdits cardinaux dans une parfaite union et particulièrement avec M. le cardinal Antoine S étant certain qu'il n'y a rien qui puisse nuire davantage au service de Sa Majesté que s'il arrivoit entre eux la moindre mésintelligence, ne doutant point que M. le cardinal Antoine ne contribue tout ce qui dépendra de lui au crédit et à l'autorité de M. le cardinal d'Esté, et celui-ci à la satisfaction et à lestîme de l'autre ; et comme elle n'y voit personne qui fût plus capable de les brouiller ni qui en eût assurément plus d'envie que le cardinal de Barberin ', lequel aussi ne manquera pas d'y travailler de
1. Antonio Barberino, neveu du pape Urbain VIII, célèbre par les abus de pouvoir et les exactions dont lui et ses frères, François et Thadëe, s'étaient rendus coupables sous le pontificat de leur oncle. Ils avaient dû fuir en France, où ils avaient été parfaitement accueillis. Antoine avait conservé, après sa rentrée à Rome les meilleures relations avec la cour de France, tandis que son frère, François, s*était déclaré l'adversaire du cardinal Mazarin. Antoine était un homme de vie noble, généreuse, splendide; mais la mobilité, le manque de suite, Tindiscrétion étaient ses moindres défauts. On ne pouvait faire fond sur lui. Il avait déjà trahi les intérêts de la France au conclave de 1644. II ne devait pas mieux agir dans le conclave qui allait s'ouvrir. Les pasquinades lui donnaient cette devise ironique : Omne aurum contempsi et tanquam lutum existimavi argentum.
2. Francesco Barberino, fils aîné de Carlo Barberino et neveu d'Urbain VIII, né à Florence, et le premier élevé au cardinalat par son oncle. Après avoir joui, sous le pontificat d'Urbain VIII, d'une faveur scandaleuse, il fut, ainsi que ses frères, l'objet des persécutions d'Innocent X, et dut chercher asile en France. L'histoire du démêlé des Barberins et de la Papauté est un des plus curieux épisodes de la vie romaine à cette époque. Elle a été plusieurs fois racontée (voir notamment le Différend des Barberins avec le pape Innocent X, par P. Limage de Vaucibnnks, Paris, Denys Thierry, 4778, in- 12). Le cardinal Barberin se montra vite oublieux de l'appui qu'il avait rencontré près de la cour de France. Une rivalité de rang, d*influence et d*intérêt avec le cardinal Mazarin fut la cause de leur brouille. Elle eut pour prétexte le mauvais vouloir que la cour de France apportait au mariage de la nièce des Barberins, la princesse Palestrina. Le pape Innocent X profita de Taigreur existant dans les relations entre la cour de France et le cardinal Barberin pour l'attirer à lui. Par un retour complet, il en fit son allié et songea à appuyer le maintien des siens sur l'influence si considérable du parti des Barberins. Cette volte-face dans l'attitude politique du cardinal fut accompagnée d'un profond changement dans sa conduite. On le vit renoncer à ses habitudes de luxe, d'avarice, de fastuosité hautaine. Il se fit un masque de piété, d'austérité, de décence. Placé, par ta situation et par son habileté, à la tête d'un puissant parti, il pouvait sinon aspirer à la tiare, du moins prétendre à ce qu'un autre ne la reçût que de sa main. Ce fut une des fautes graves de Mazarin que la rupture avec Francesco Barberino. Cette faute, Mazarin ne devait pas se la pardonner à lui-même. Il n'en montra que plus de violence contre son ancien protégé. On verra comment il le traite au
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•s Orsini de Rome, fait cardinal par Barberino. C'était un homme jeune, .son d*où il tirait son origine, et proie Mazarin, d*en accroître la splendeur il passait pour très déyouë aux intérêts •A les trahit au cours du conclave u et à •ur l'honneur de la pourpre, je crois que ) {Œuvres complètes. Édition des Grands inion était probablement celle de Lionne; en cas de conclave, donnée au duc de Cré- '1 Orsino.
.>rincipal candidat français, le cardinal Sac-
et d*austérité. C'étaient des mérites que l'on
' i pas moins vrai que tous les moyens de cor-
arer le succès de l'élection de Sacchetti. Lui-
r lettres de Oino et de Terranova, citées dans
aa devant l'exclusion absolue de l'Espagne.
le pape Urbain Vlll formaient la plus importante
4 ur, Innocent X, ayant fait peu de promotions, et
. aucune tête pareille à celles des Barberins. Maza-
a ne pouvait se faire. Malgré toutes ses avances, il
lui-même et par le moyen de ses émissaires, il sera bon que lesdits sieurs cardinaux Antoine et d'Esté établissent d'abord deux choses entre eux et se les promettent réciproquement pour les observer avec la dernière ponctualité et sincérité.
L'une, de n'entrer en aucune négociation sans participation l'un de l'autre et de s'entre-communiquer tout ce qu'ils auront traité, découvert et appris. L'autre, de ne donner connoissance de quoi que ce puisse être au cardtnal Barberin ni à ses adhérents et de ne leur p€tô révéler le moindre secret, si ce n'est que d'un commun accord ils jugeassent du service du Roi de le faire en quelque rencontre.
Et parce qu'ils se peuvent trouver quelquefois d'avis contraire, ils pourront en ce cas appeler en leurs délibérations quelqu'un de nos cardinaux et même tous ensemble s'ils le jugent à propos; et comme il n'y a point d'affaire, pour importante et difficile qu'elle puisse être, que Sa Majesté ne voulût bien confier à l'affection, prudence et grande expérience de MM. les cardinaux Bichi * et Grimaldi *, elle aura toujours fort agréable qu'ils confèrent avec eux et fassent cas de leurs conseils et de leurs bons
cours de Tinstruction. Cette fâcheuse situation eut un contre-coup grave dane Télection du cardinal Chigi, et une longue suite dans les relations entre les deux cours.
1. Le cardinal Alexandre Bichif originaire de Sienne, ëleyë à la pourpre en 1033 sur la recommandation spéciale du roi de France, auprès duquel il avait été nonce, était un des plus sûrs et des plus habiles soutiens do la cause française à Rome. Déjà il avait combattu vaillamment pour elle dans le précédent conclave. Il avait eu le courage de déclarer son sentiment en face à Innocent X, après que celui-ci fut devenu pape. L'ambassadeur vénitien dit de lui : « E cardinale affezionato in tutto suo potere alla corona di Francia, et vive nella corte di lloma come soggetto aderente et protetto dal Re cristianissimo, per il servitio del quale spenderebbe la propria vita et tutté le sue facoltà n (p. 113). En réalité, c'est à lui que Mazarin se confiait, et il le chargeait de surveiller de près Este et Antonio. Les archives du ministère des affaires étrangères contiennent de nombreuses lettres écrites par Bichi au cardinal Mazarin.
2. Girolamo Grimaldi, d'origine génoise, cardinal en 1643, à la recommandation du roi de France, près duquel il avait été, comme Bichi, accrédité en qualité de nonce. Non moins 4évoué que Bichi à la cause française, mais, si nous en croyons Retz, en état de rupture ouverte avec Mazarin. Dès 1651, on le considérait comme papable en considération de ses vertus et de son mérite. Son origine génoise et ses liaisons avec la cour de France devaient toujours lui nuire. Sa devise dans la pasquinade déjà citée était : « Non cantabis canticum Domini in terra aliéna. » (U Sindicato di Alexandre VU, etc., 1668, in-12, p. 149.) Le cardinal G.-C. de Medici affirme que Grimaldi trahit la France, au moment décisif, sur la fin du conclave. (VoirGATTiNA, p. 184.)