Innocent X
2. II n'y a pas lieu de s'étendre ici sur la personnalité du cardinal Chigi, celui dont ce conclaTo devait faire le pape Alexandre VIL II était né à Sienne, en 1599, d'une bonne noblesse de province. On pourra voir dans les divers récits détaillés de l'élection, notamment dans ceux qu'a publiés P. délia Gattina, dans celui du cardinal de Retz, dans ceux de M. Valfrey et de M. Gérin, la série des combinaisons diplomatiques qui ont porté au siège pontifical l'un des plus jeunes, et peut-être des plus médiocres parmi les cardinaux papables. II s'était fait un extérieur de sainteté qui, de l'aveu du plus perspicace des politiques, de Retz lui-même, avait trompé tous ses collègues. Masarin semblait l'avoir mieux percé à jour. Mais, en réalité, ce n'était guère que la rancune qui lui inspirait la page violente publiée ci-dessus. Chigi avait été nonce en France ; il avait eu là, comme beau cardinal^ des succès qui peut-être n'avaient pas été sans éveiller les soupçons d'un ministre expert en ces maiièrea, et qui craignait par-dessus tout les intrigues féminines. A MOnster, Chigi, nonce du pape, s'était prononcé contre la France. Il ne cessait avec une imprudence, qui répondait mal à son ambition secrète, de reprocher à Mazarin sa mauvaise foi et sa mauvaise volonté à conclure la paix. Chigi n'était cependant pas Espagnol, Il n'est pas douteux que son élection se fit malgré l'opposition formelle ou tacite des deux grandes puissances catholiques. Elle fut la manifestation du désir des cardinaux d'affirmer leur indépendance. Alexandre VU fut le pape de Vescadron, C'est en cela qu'on put dire que l'intervention du Saint-Esprit s'était manifestée dans ce conclave.
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peut-être un fort digne sujet sur le fondement de Temploi qu'il avoit à Munster, quoique cela même nous Tait fait connoître plus clairement pour le plus incapable du régime de l'Église universelle que Ton pourroit choisir.
Le Roi ne sauroit donc approuver ni consentir en façon quelconque que le cardinal Ghigi soit pape, le devoir de sa conscience ni le bien de son État ne le permettant pas , après avoir été informé et par les lettres écrites à Sa Majesté par les plénipotentiaires à Munster, depuis le commencement jusques à la fin de la négociation, et par le rapport de vive voix depuis leur retour à la cour, et par le témoignage même du feu sieur Gontarini ', ambassadeur de Venise, lequel a conversé si longteqaps et si particulièrement avec ledit cardinal, qu'il n'a ni savoir ni vertu solide, mais une simple littérature superficielle et pédantesque, et une apparence d'ecclésiastique zélé qui n'est qu'illusion et grimissa^ qu'il a le cerveau rempli de fausses maximes touchant les affaires du monde et les intérêts des princes chrétiens, d'autant plus dangereuses en sa personne qu'il a une présomption incroyable et qu'il abonde en son sens au delà de toute expression, et pour conclusion il est si fort animé contre la France, qu'il n'a pu s'empêcher de faire éclater son animosité en toutes rencontres, ayant écrit et publié partout qu'il n'a tenu qu'à elle que l'on n'ait fait la paix à Munster dans le même temps qu'il touchoit au doigt le contraire, et reconnoissoit clairement que jamais les Espagnols n'ont eu autre but que de faire ostentation de vouloir la paix, et, cependant qu'ils amusoient le public par cette apparence, conclurent leur traité particulier avec les HoUandois' pour pouvoir continuer, voire même perpétuer la guerre dans la chrétienté avec un plus grand avantage. Et ce qu'on aura peine à croire, quoique très véritable, c'est que, nonobstant ce faux zèle de religion qu'il affecte tant, il n'y a per-
1. Probablement Alvise Contarini qui avait ëté ambassadeur en France et deux fois à Rome, notamment en 1648 aous Innocent X. On a sa relation dans le recueil de Barozzi et Bbrcbet (t. II, p. 68).
2. Il 8*agit de l'entente intervenue séparément entre la Hollande et l'Espagne le 30 janvier 1648, entente qui fut le préliminaire des traités de Westphalie. Cet événement diplomatique séparait la Hollande de sa vieille alliée, la France, et permettait à l'Espagne de continuer la guerre avec plus de chance de succès. La guerre entre les deux puissances catholiques devait se prolonger cinq ans encore.
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sonne qui ait apporté plus de facilité que lui à ce traité particulier avec les États des Provinces-Unies, quoique la même religion y ait été sacrifiée et entièrement abandonnée. Bien plus, tandis que le pape et ses ministres faisoient tant de clameurs et de protestations contre la paix d'Allemagne, par le moyen de laquelle il est certain que cette couronne a conservé en ladite province la religion, et qu'à cette seule considération le Roi donna les mains à ce traité, lui étant d'ailleurs plus avantageux de continuer la guerre dans l'empire, jamais ledit cardinal Chigi ne dit un seul mot de celui de Hollande et se contenta de faire secrètement une protestation, de laquelle on n'entendit point parler qu'après la conclusion du traité, et encore ce ne fut que lorsque l'on reprocha au pape le silence que lui et son nonce avoient gardé en une affaire de cette conséquence et si préjudiciable à la religion catholique, de façon qu'on peut dire avec vérité qu'il a fait plus de préjudice que les Espagnols mêmes aux intérêts de cette couronne dans le congrès de Munster.
Avec tout cela, le Roi depuis sa promotion au cardinalat avoit eu la bonté de vouloir oublier tout le passé et faire cet effort sur soi-même que de se persuader qu'un zèle indiscret pour l'avancement de la paix ou la chaleur de la négociation l'eût porté à faire ces fautes plutôt par inadvertance qu'autrement; mais il s'est montré dans Rome, et dans l'emploi qu'il y a eu, encore plus imprudent et plus mal intentionné pour la France. Ayant entre autres choses tenu un discours au sieur évêque de Lodève * par
1. François II, Bosquet, évéque de Lodève, du 20 décembre 1648 au 24 juin 1657. Venu a ad limina » en 1653, il était resté quelque temps à Rome (jusqu'en septembre 165 i), sous le prétexte de faire des recherches d'érudition, mais en réalité chargé d'entretenir les relations diplomatiques qui menaçaient de se rompre à cette date. (Voir lettres du P. Duneau au cardinal Mazarin, Arch. des Aff, étrangères, t. CXXVI, fol. 120, 135, etc.) Noua avons précisément dans les archives des Affaires étrangères la lettre à Mazarin où se trouve racontée la conversation avec Chigi, dont le ministre donne ici le résumé. En voici quelques extraits : Chigi dit « qu'il étoit ami du cardinal Mazarin, qu'il l'avoit toujours estimé... mais qu'il (Mazarin) s'étoit toujours montré si éloigné d'affection de Notre Saint-Père (Innocent X) qu'il avoit ôté à Sa Sainteté toute sorte de confiance ; qu'il avoit empêché la paix, qu'elle étoit faite et, écrite entre les deux couronnes de France et d'Espagne, comme elle ctoit arrêtée signée et publiée avec l'Empereur ; que depuis il avoit fait arrêter et détenir dans une rude prison, sans le consigner entre les mains de Notre Saint-Père, sans vouloir souffrir que l'archevêque d'Avignon vint à la cour parler au Roi, voir le cardinal de Hetz en exécutant les ordres de Sa Sainteté {sic) ; qu'il avoit traité injurieusement
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leqttel, de sens rassis, il a traité les ministres du Roi avec des termes pleins d'aigreur et d'animosité, de gens qui méprisent le chef de TÉglise, qui violent toutes les immunités ecclésiastiques, et qui ont empêché et empêchent toujours la paix ; d'où l'on peut tirer une conséquence infaillible qull doit être bien malavisé et bien animé contre la France, d'en parler si injurieusement à un prélat de cette considération, lequel a tant d'intérêt à soutenir la réputation de cette couronne et que s'il ose éclater de la sorte devant un évêque françois, que ne doit-il pas faire et dire quand il est avec d'autres, avec lesquels rien ne l'oblige à se contraindre, et particulièrement quand il est avec les Espagnols. Ainsi le Roi, soit qu'il le considère comme incapable de gouverner i'Église,faQte de prudence et retenue, ou comme notoirement très mal intentionné pour la France, ne peut et ne doit souffrir qu'il parvienne au pontificat; et partant il désire que Ton lui fasse l'exclusion par telles voies et en telle forme que l'on jugera plus à propos.
Il est vrai qu'étant jeune comme il est, on ne songera peutêtre pas à lui et d'ailleurs étant natif de Sienne, le grand-duc ne consentira pas à son exaltation. C'est pourquoi la prudence veut qu'on ne précipite pas cette exclusion, mais au contraire qu'on la tienne extrêmement secrète, et même que l'on se contente d'esquiver doucement par les biais ordinaires dans les conclaves, en cas que l'on parlât de le faire pape. Néanmoins, le cas arrivant qu'il n'y eût point d'autre moyen pour assurer l'exclusion dudit cardinal Chigi que de passer outre à une déclaration publique, l'intention de Sa Majesté est que ledit sieur cardinal d'Esté la fasse et lui en donne charge très expresse.
Quant au reste des cardinaux. Sa Majesté n'a rien à prescrire non pas même à l'égard des cardinaux Garafia * et Filoma-
le nonce à Marseille, Tavoit fait prisonnier, qu'enfin il se montroit adversaire au Saint-Siège et vouloit rompre toute l'intelligence avec Rome. » (Aff, étrangères » vol. CXXVi, fol. 3.)
i. Pierre Caraffa, d'une noble famille de Naples, fait cardinal en 1645 par Innocent X. Il passait pour l'un des hommes les plus dignes de la pourpre. On le proclamait pieux, saint, angëlique. La goutte le retint au lit pendant une bonne partie du conclave. Il dut même en sortir avant la fin. Comme il était originaire de Naples, on pouvait le croire dévoué aux intérêts de l'Espagne. Cependant Giustinian affinhe « qu'il avait conservé au fond de son cœur une grande dévotion pour le Roi Très Chrétien » (p. 123).