‹ RomeChapitre 6 sur 186 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

L'Empire romain avait étendu- sur le monde occidental la plus puissante et la plus vaste oi^nisation de discipline qu'il ait jamais connue. Quand cet Empire s'affaissa sous le poids de son immensité et de sa durée, le régime qui lui succéda, par une sorte de réaction, poussa à l'extrême le principe du particularisme et du morcellement. Pendant plusieurs siècles, le monde reprit un aspect de chaos.

En vain certains esprits éminents ou de rares chefs d'État essayaient d'évoquer quelque image ou de restaurer quelque vestige de l'ordre ancien. Leurs regrets ou leurs efforts restaient stériles. Le monde, pour quelques instants séduit ou emporté par eux, retombait bientôt dans l'anarchie. Il ne devait pas revoir un second exemple d'une aussi longue et aussi vaste domination.

Cependant l'organisation du monde moderne se reprenait, en quelque sorte, par dessous. Les combinaisons simples réussissaient, alors que les vastes synthèses avaient échoué.

La féodalité établissait sa hiérarchie sur les rapports du sol et du propriétaire, du vassal et du suzerain. Ainsi, lentement, de l'un à l'autre, et par un lien extrêmement fort, parce qu'il était essentiellement naturel, se reconstituait un nouvel ordre social. Mais la conception de l'Etat en avait pour ainsi dire disparu.

On ne peut en dire tout à fait autant de l'idée de patrie. L'Empire romain n'avait été qu'une immense machine d'administration et de guerre. Il avait laissé subsister au fond des cœurs un très vague sentiment des liens de race ou de situation qui unissaient entre eux les habitants d'une même terre. Il n'y a pas une époque, si reculée qu'elle soit dans le moyen âge, où les mots de GalHoy Italia, Hispania, Germania n aient eu aucun sens.

Les habitants des différentes régions qui portaient ces noms de toute antiquité gardèrent, en dépit de la conquête romaine, les titres de famille qui faisaient d'eux des frères. Les nouveaux venus s'accoutumèrent vite à cette ancienne classification. Tandis que le monde, au bout de quelques siècles, ne comptait plus un

LA FÉODALITÉ ET LES BÉNÉFICES. xi

qui laissaient aux clercs l'exercice entier de tous les droits d'État sur les bénéfices dont ils étaient les détenteurs.

Quant à la désignation de ces possesseurs de bénéfices, elle échappa partout à l'autorité du pouvoir central. On vit s'établir, à travers mille incertitudes, mille divergences, une tradition éminemment médiévale en ce qui concernait les bénéfices majeurs, à savoir la désignation du titulaire ecclésiastique par le choix du clergé et l'acclamation populaire. C'est à peine si Ton respecta, en divers lieux, l'usage établi antérieurement de ne considérer l'élection comme valable que si elle obtenait la ratification du prince.

En ce qui concernait les bénéfices mineurs, l'évéque avait généralement le droit de collation. Mais, dans des cas nombreux, le créateur, le donateur du bénéfice retenait par devers lui ce droit, c'est-à-dire que lui et ses héritiers se réservaient de choisir le bénéficiaire. Il ne restait plus à Tévêque qu'à ratifier ce choix par l'institution canonique : c'est ce qu'on nommait le droit de patronage.

On comprend que ces coutumes, jointes à un système de propriété et de droit public fondé tout entier sur la conquête et sur le service militaire, fussent loin de s'accorder avec les préceptes évangéliques. Même dans ces temps d'infinie brutalité, les abus découlant des élections ou des désignations patronales parurent intolérables. La simonie, l'ignorance, la débauche, l'avarice furent les moindres défauts des évoques et des prêtres nommés sous ce régime. Il n'est pas une âme honnête qui ne gémisse sur les maux qui frappent l'Eglise et la chrétienté tout entière. Pour les guérir, tous se tournent vers Rome : « Si Rome ne revient pas dans la voie des améliorations, écrit Pierre Damiens, nul doute que le monde entier ne reste encore longtemps dans un abîme d'erreurs. Il faut que la réforme parte de Rome, comme la pierre angulaire du salut des hommes. L'Église romaine est le seul, l'unique port, étant à la fois le chef des élus, la mère, le pôle et la sommité de toutes les églises, en un mot l'Église des Églises, la Sainte des Saintes \ »

l. EpitL, II, 19; cité dan» Voior, Grégoivp VU, <id, 1842, ia-12, p. 62.

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