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XII INTRODUCTION

Cet appel répondait aux nouvelles ambitions de la cour de Rome. Abattue dans le cours du xi* siècle, jusqu'à se soumettre entièrement aux empereurs, jusqu'à reconnaître à ces princes le droit de désigner les pontifes ou du moins d'assister à l'élection et de la confirmer, la papauté reprenait vigoureusement TofiFensive par les conseils, et bientôt sous la direction d'Hildebrand. Elle engageait en Allemagne la querelle des investitures qui avait pour objet, en même temps que la réforme si nécessaire, l'extension au loin de l'autorité spirituelle du pape.

Dans l'ardeur de la lutte, Grégoire VII ne s'arrêtait même pas au domaine des choses sacrées. Il franchissait la limite qui séparait le champ des deux pouvoirs, et réclamait, à son tour, le droit de disposer des couronnes et de déposer les souverains, celui de délier les sujets du serment de fidélité prêté au prince.

II y avait double profit pour la papauté à se réserver la désignation des titulaires de bénéfices. D'une part, elle s'assurait ainsi de la qualité de ceux qu'elle choisissait. D'autre part, elle multipliait les défenseurs de ses droits et les missionnaires des idées ultramontaines. Aussi la voit-on s'efforcer d« supplanter les personnes qui avaient auparavant le droit de désignation. Telle est l'origine des réserves^ c'est-à-dire de la prétention qu'avait le pape de choisir, dans certains cas, le titulaire du bénéfice.

Au début, on procéda lentement. Le pape réclama, par exemple, la désignation du successeur de l'évêque mort à Rome, « in curia » comme on disait, puis du successeur d'un cardinal, puis du titulaire de certains bénéfices appelés incompatibles, tout cela très lentement, très prudemment, préparant le temps où le pape Jean XXII, au xiv" siècle, devait revendiquer la réserve générale de toutes les églises cathédrales de la chrétienté. C'eût été établir, du même coup, l'autorité absolue du pape sur le spirituel et donner une singulière extension à son autorité sur le temporel.

Cette même politique se développe par l'emploi des mandata de conferendo qui furent tout d'abord de simples prières (preces) adressées à un évêque pour lui recommander un candidat, puis qui devinrent peu à peu monitoireSy puis préceptoires^ et enfin

AMBITIONS PONTIFICALES. xiii

exécutoires et emportant non seulement commandement, mais prise de possession immédiate. Les expectatives promirent à des clercs, choisis par le pontife, Téchéance de certains bénéfices en cas de vacance, et cela contre les décisions du troisième concile de Latran, qui défend de prévenir la vacance d'un bénéfice, comme de disposer de la succession d'un \ivant. Le privilège des gradués réserva aux clercs présentés par les universités comme méritants, une partie des bénéfices. Enfin le droit d'amiate, réclamé par le pape, lui attribuait Tévaluation d'une année de revenu, à chaque vacance du bénéfice.

Encore une fois, ce système qui n'allait à rien moins qu'à rendre le pape maître de toute la fortune ecclésiastique, fut loin de présenter, du premier coup, tout son développement. Mais on le vit se dessiner de bonne heure. En France, le x^ siècle n'était pas terminé, que déjà l'Eglise gallicane se plaint des empiétements de l'Église de Rome et, au moment même où Uugues Capet demandait au pape Zaeharie une sorte de consécration de son usurpation, les évèques qui le soutenaient formulaient, en corps, des plaintes contre Rome, plaintes que l'on a considérées avec raison comme une des plus anciennes manifestations du gallicanisme. Dans le concile de Saint-Bâie de Reims, l'archevêque d'Orléans, faisant allusion aux excès des papes Jean XII, Jean XIV, qui désolaient Rome à cette époque, s'écrie : « Est-ce à de tels monstres, qui sont remplis de toutes les ignominies humaines, qui sont vides de toutes les sciences divines, que nous soumettrons les prêtres innombrables de Dieu qui se signalent sur toute la terre par leur science et le mérite de leur vie?» Ces paroles, qui témoignent d'un sentiment d'hostilité très vif, nous sont rapportées par Gerbert, celui qui, sous le nom de Sylvestre II, devait, plus qu'aucun de ses contemporains, s'eflforcer de remédier aux abus signalés par ses compatriotes.

L'époque des premiers Capétiens nous a laissé peu de renseignements sur les rapports des deux puissances. On peut être assuré cependant que des idées de résistance aux empiétements

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