CASTRO ET RONCIGLIONE
cher la tête au marquis Gaufredy, son général, soit pour n'avoir pas fait son devoir à la secourir, ou pour avoir logé sans payer sur le territoire du pape.
De cette malheureuse tentative et du désordre qu'avoit fait le marquis dans les terres du patrimoine de saint Pierre, le pape prit sujet de menacer le duc de le dépouiller de ses États de Parme et de Plaisance et de lui faire son procès, comme à un vassal du Saint-Siège, à cause de sa félonie, et le seul expédient proposé pour éviter ces maux fut la vente du duché de Castro.
Le duc, intimidé de ces menaces et du rasement de sa ville de Castro, voyant une armée prête à lui tomber sur les bras, pour la passion du pape, homme de naturel sévère et opiniâtre, consentit à la vente de son duché de Castro et du domaine de Roncillon, à grâce de réméré pendant huit ans. Mais le pape pourvut si bien de tous côtés pour ôter le moyen au duc de Parme do trouver l'argent quïl lui falloit pour ce rachat, et d*ailleursla guerre et la peste qui ravageoient Tltalie rendirent le temps si mauvais, que le roi qui avoit fort à cœur les intérêts dudit duc, voyant le terme des huit ans expirer et le pape Innocent mort, se résolut d'envoyer le sieur Millet', sous-gouverneur de Monsieur, et Tun des gentilshommes de la Manche vers le pape à présent séant', pour essayer d'obtenir de Sa Sainteté la prorogation de la faculté du ra chat pour huit autres années ou la permission d'aliéner autant do fonds de son d uché de Castro qu'il en faudroit pour faire ledit rachat; mais soit que la première de ces grâces déplût au Saint-Père, parce qu'elle pouvoit encore traduire l'affaire à un autre pontificat, et la seconde parce qu'elle fait connoitre une lésion manifeste au prix de la vente, ou que la nouvelle qui courut alors de l'extrême maladie du Roi', avec les autres bruits qui la suivirent, eût diminué quelque chose du poids de l'intercession de Sa Majesté, ledit sieur Millet, après avoir été en trois différentes audiences aux pieds de
1. La relation du sieur Jeure Millet est conserTée dans les Arch. des Aff'.élrari' ifères (vol. CXXXIII, fol. 631). Cette mission fut courte et sans résultat aucun. Millet, qui arait reçu ses instructions du duc de Parme {ibid., fol. 660), eut plusieurs audiences du pape. Il trouva toujours celui-ci inflexible et il quitta Rome, sur l'ordre exprès du Roi. Sa mission est de juin, juillet, août 1658.