‹ RomeChapitre 62 sur 186 · Alexandre VU · texte numérisé non relu

Alexandre VU

3. Allusion à la grave maladie qui mit la vie du jeuoe roi Louis XIV en danger i cotte date de 1658.

RECUEIL DES INSTHUCT. OIPLOMAT. VI. — 4

Sa Sainteté, n'en put rien obtenir, et ainsi, sans rien conclure et sans rien rompre, il prit congé et reçut la bénédiction du pape, laissant de la sorte Tafiaire encore ouverte à la négociation.

Le duc de Parme, de sa part, ne put faire autre chose par ses ministres à Rome qu'une solennelle protestation contre la prescription du terme et même contre la validité de Tacte de vente dudit duché de Castro, passé avec la Chambre apostolique ^

Il importe que ledit sieur Colbert soit informé que le pape Innocent, pour rendre inutile et impossible dans l'exécution, à M. le duc de Parme, la faculté qui lui fut laissée de racheter dans huit ans son État de Castro, y ajouta une condition non seulement dure, mais injuste et impraticable, qui est que ce rachat ne pourroitètre fait qu'en un seul payement effectif. Elle est dure et impraticable parce qu'il n'est pas possible à un prince tel que ledit sieur duc d'assembler en si peu d'années seize cent mille écus comptant, à quoi se trouvoit monter le principal et les intérêts de ce rachat. Elle est injuste en ce que, comme dit fort bien l'article de la paix, cette dette a été contractée en différents intervalles de temps et la raison veut que ledit sieur duc ait aussi différents intervalles de temps pour l'acquitter.

La dureté du procédé de la cour de Rome ne s'est pas arrêtée là ; elle a passé bien plus outre, à un tel point que l'on ne sait pas si, en aucun lieu du monde, on voudroit avoir pratiqué une pareille chose et manquer si publiquement à la charité envers son prochain ; car on ne s'est pas contenté à Rome d'imposer cette condition de rachat à une seule fois, mais appréhendant que quelque compagnie puissante de marchands génois, qui sont bien souvent en peine où placer leur argent, ne prêtât toute la somme à M. le duc de Parme pour racheter son bien, comme en effet il lui eût été facile de trouver à Gênes cette somme et au delà, puisque le même État de Castro y fût demeuré engagé et hypothéqué pour le paiement du principal et des intérêts, le pape craignant ce coup qui mettoit etlui et les montistes hors d'affaire a empêché

1. On peut trouver des détails très complets sur toute cette phase de l'affaire et Texposé des revendications du duc de Parme dans un manifeste du temps conservé aux Affaires étrangères {Parme, Mém. et Doc^ t. I»') et intitulé : « Vera e sincera relazione délie ragioni del duca di Parma contra la présente occupazione del ducato di Castro. »— Voir aussi la relation de Millet déjà citée.

à Gènes que personne ne s'y embarquât, sous prétexte de certaines bulles ' qui défendent que des étrangers n'acquièrent aucun bien ni droit dans l'État ecclésiastique sans l'expresse permission des papes; de sorte que c'est le pape même qui a été le principal obstacle au remboursement des montistes, et néanmoins, sous ce prétexte que M. le duc de Parme ne les a pas remboursés, on lui veut confisquer son État et, pour combler la mesure de dureté et d'injustice de tout point, on lui a même refusé la permission de le vendre par parcelles et on veut qu'un État dont il pourroit trouver cinq millions, en l'aliénant, soit perdu pour seize cent mille écus, qu'on lui ôte même les moyens de pouvoir ramasser de ses amis.

Cette oppression est si évidente et se peut si peu soutenir par raison, qu'on ne voit pas ce que le pape qui aime la justice et la doit plus pratiquer qu'aucun autre, comme un bon père envers ses enfants, pourra répondre audit sieur Golbert, quand il lui représentera vivement tout ce qui se vient do dire et que ces remontrances et ces plaintes seront faites en même temps par les deux plus puissants rois de la chrétienté, en conséquence et en vertu d un traité de paix.

Il est bon aussi que ledit sieur Golbert soit informé qu'il y a deux mois que le pape, voyant venir le coup des instances des deux couronnes et ne sachant pas ce qu'elles pourroient s'être promises l'une à l'autre, et toutes deux au duc de Parme, sur cet intérêt, ni s'il y a là-dessus des articles secrets dans le traité, qui ne paroissent pas, a commencé à appréhender plus qu'il n'avoit fait encore les suites de l'affaire, et dans cette vue de se tirer d'un mauvais pas ou peut-être, pour endormir ledit sieur duc jusqu'à ce que l'incamération dudit domaine fut faite (dont le temps expire au mois de novembre prochain *), Sa Sainteté fit dire par j une personne confidente au ministre dudit duc que, s*il étoit bien

' conseillé, il empècheroit lui-même que les couronnes ne sem-

barquassent à parler de ses intérêts, et qu'en tenant cette conduite

1. Il s*agit ici d'une bulle du pape Pie V, Non alienandis^ citée comme très rigoureuse par l'Ambassadeur Tënitien (p. 238).

2. Cette partie de la négociation est exposée d'une façon tout à fait analogue dans l'Ambassadeur vénitien (pp. 238 et suiv.).

52 LE PRÉSIDENT COLBERT, i660.

et témoignant ne vouloir avoir recours qu'à la bonté de Sa Sainteté et à ses grâces, il pouvoit espérer toutes choses par ce moyen et rien par Tautre.

Dès que M. le duc de Parme eut connoissance de ce discours, il douta, comme il avoit raison de le faire, si c'étoit un piège qu'on lui tendoit à Rome pour lui faire perdre la protection des deux couronnes, ou si véritablement on avoit intention de le contenter. Le parti qu'il prit fut de dépêcher à M. le cardinal un courrier exprès pour lui demander les ordres du Roi sur la matière et les bons a\âs dudit sieur cardinal touchant la conduite qu'il devoit tenir sur cette ouverture. La réponse qui lui fut envoyée fut qu'il ne devoit rien négliger et que, quand ce ne seroit que pour mettre toujours la cour de Rome dans le tort, il devoit témoigner au pape d'aimer mieux ne recevoir que de sa bonté seule toutes les grâces que par aucune autre voie, qu'oaverroit en peu de temps ce que cela produiroit à son avantage et que cela n'empècheroit point que les couronnes après n'allassent leur chemin, s'il n'avoît rien avancé en ses intérêts, en se conformant à ce que le pape lui avoit fait insinuer secrètement.

Le sieur Colbert arrivant à Parme saura du duc même en quel état est cette négociation particulière qu'il ne faudra point gâter, si elle est encore sur le tapis et que ledit sieur duc le désire de la sorte. C'est pourquoi arrivant à Rome, il avancera, surseoira ses poursuites et ses offices selon que les ministres dudit sieur duc lui témoigneront le souhaiter, et en cas qu'il arrive qu'ils ne veuillent pas qu'on parle sitôt de leur affaire, il s'y accommodera et pourra dire dans le monde (le concertant de la sorte avec l'ambassadeur d'Espagne) que c'est M. le duc de Parme même qui le retient et lui lie les mains, ne voulant avoir ,'s'il se peut, obligation qu'à Sa Sainteté ; mais que si cette déférence ne réussit bientôt à quelque effet avantageux audit sieur duc, il ne sera pas longtemps sans exécuter ses ordres.

Ce sera des gens du conseil du duc de Parme qu'il pourra tirer les copies de toutes les pièces qui peuvent servir à son instruction et, quand il sera à Rome, les consulter avec des fameux légistes de la ville qui lui seront indiqués par le sieur Rourlemont, auditeur de Rote, et y appeler l'avocat de Sa Majesté en la cour de Rome:

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