‹ RomeChapitre 64 sur 186 · LES ÉVÊCHÉS D'ARTOIS · texte numérisé non relu

LES ÉVÊCHÉS D'ARTOIS

que par induit et qu'il commença par Philippe II, on répondra que le pape ne voulut pas ratifier la cession des droits de François P' sur TArtois en la partie qui regarde la nomination des bénéfices, mais les rois de France ayant eu cette nomination sans induit et rentrant dans la jouissance de leurs droits, on peut conclure qu'ils n'ont pas besoin d'en avoir pour nommer aux évêchés.

Aussi est-il vrai que les papes Urbain VIII, Innocent X et Alexandre, séant aujourd'hui en la chaire de saint Pierre, ont répondu aux instances qui leur étoient faites de pourvoir ceux que Sa Majesté avoit nommés aux bénéfices d'Artois, que la seule continuation de la guerre les en empèchoit, d'où il résulte qu'ils n'avoient pas d'autre raison de s'en dispenser.

Mais puisque la guerre est heureusement finie au bien de la chrétienté et au désir de Sa Sainteté, il est temps qu'elle console les peuples par la présence de ses pasteurs et de la faire souvenir que, de son aveu, le jansénisme n'est pas entièrement abattu', que cette opinion condamnée dans le sens des écrits de l'évêque d'Ypres a commencé dans le voisinage d'Artois, et qu'il n'y a point de moyen plus assuré pour empêcher qu'elle ne demeure en vigueur et ne fasse progrès de ce côté-là, que de voir l'église d'Arras remplie d'un évoque recommandable par sa piété et par sa doctrine ; que c'a toujours été l'opinion de l'Église, laquelle sur ce seul fondement consentit, à la prière de l'empereur Charles V, de créer de nouveaux sièges en ses pays de Flandre contre lesquels les hérétiques ne cessèrent de crier sous prétexte que les libertés du pays étoient enfreintes; mais, à la vérité, pour reconnotlre que la vigilance des bons pasteurs empêche la perte et la dissipation du troupeau duquel ils s'étoient fait ennemis.

Fait à Paris, le 12« jour d'octobre 1660.

1. U s'en fallait en effet que le jansénisme fût du tout abattu. La publication des Provinciales étant de 1656-1657, on peut dire au contraire qu'il battait son plein. C'est le moment où Port-Royal brille de tout son éclat, oii l'hérésie prospère, non au lieu d'origine du jansénisme, dans les Flandres, mais à Paris même, et sous rœil du cardinal Mazarin.

LE SIEUR D'AUBEVILLE

L'instruction du sieur d'Aubeville, quoique adressée à un personnage de rang secondaire et qui n'a laissé presque aucune trace dans Thistoire, offre cependant un très réel intérêt.

Elle ferme une page de l'histoire des relations entre la France et Rome ; elle en ouvre une autre. Mazarin vient de mourir. Louis XIY, comme il le dit lui-même au cours de l'instruction, « a pris entièrement le soin du gouvernement de son État ». Un de ses premiers actes est d'envoyer à Rome un homme chargé de reconnaître l'état d'esprit du pape à l'égard du jeune roi, chargé de liquider quelques affaires pendantes, chargé surtout de préparer l'arrivée d'un haut personnage qui \iendra bientôt représenter la volonté du Roi avec^ une autorité nouvelle et des résolutions énergiques. D'Aube ville est comme le fourrier du duc de Gréqui.

Aussitôt la mort du cardinal Mazarin, Lionne avait pris la direction effective des affaires étrangères. Il écrivit lui-même l'instruction adressée à d'Aubeville et y traça immédiatement les grandes lignes de la nouvelle politique qu'on allait suivre.

Pour les anciennes affaires (comme la demande de poursuite contre le cardinal de Retz, les difïicultés relatives à Castro et Ronciglione, celle des bénéfices de l'Artois, etc.), le ton de l'instruction est ferme, raide ; Lionne ne laisse rien tomber des exigences de Mazarin ; il met même, dans l'exposition des désirs du Roi, une sorte d'aigreur qui paraît se ressouvenir de l'échec qu'avait encouru à Rome le jeune diplomate, futur ministre de Louis XIY.

Quant aux affaires nouvelles ou plutôt à la grande affaire dont la

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première négociation est confiée à d'Aubeville, toute la hauteur du génie diplomatique de Lionne s'y développe du premier coup. Il s'agit d*im projet de ligue contre les infidèles que le pape avait formé et duquel il avait fait parler très instamment au nouveau Roi.

La diplomatie française ne pouvait oublier que la ruine des armées turques aurait pour effet de rassurer la maison d'Autriche, et par conséquent de donner de nouvelles forces à l'adversaire séculaiie de la maison de France; d'autre part Louis XIY se faisait quelque scrupule de Talliance effective des Turcs ; ses sentiments religieux lui inspiraient même parfois des remords dont sa politique, d'autre part, n'était pas fâchée de tirer parti. Le jeu de ses ministres sera donc de laisser espérer un secours qu'on marchandera, dont l'envoi sera traîné en longueur, et qui, si Ton finit par l'accorder, pourra devenir, à l'heure voulue, un embarras et même une cause d'affaiblissement pour celui qu'on fera mine d'aider.

A ce point de vue, les détails dans lesquels entre le mémoire adressé au sieur d'Aubeville, sont des plus instructifs : ils permettent de suivre tout le délié de la pensée de Lionne. Si Ton sait que d'Aubeville avait reçu, en outre,rinstruction verbale « d'éluder la signature du traité et de faire des difficultés qui amusent l'affaire » (d'Aubeville à Lionne, 20 juin 1661), on se rendra compte de la fermeté des résolutions et du tour de main pratique du nouveau secrétaire d'État aux affaires étrangères.

Sur aucun point, d'ailleurs, la mission du sieur d'Aubeville ne devait aboutir. Elle ne fit, au contraire, qu'accentuer les mauvaises dispositions réciproques des deux cours. D'une part, le pape fut froissé qu'on lui fit attendre encore l'ambassade d'obédience. Il répondit à ce qu'il considérait comme un manque d'égards par l'accueil des plus froids qu'il fit à l'envoyé du roi de France. D'autre part, la cour de France se piqua de ce qu'elle considéra comme un mauvais procédé de la cour romaine et reconmianda à d'Aubeville de ne rien céder sur aucune question, de sorte qu'on en resta à rechange de propos vagues et de plaintes réciproques.

La mission du sieur d'AubcAÎIle s'acheva, en avril 1662, sur un fait qui permettait de prévoir l'incident de la garde corse : les gens de M. d'Aubeville avaient arraché des mains des sbires un criminel pour lequel ils revendiquaient le droit d'asile. La querelle fut vite apaisée ; mais à ce propos on parla de l'augmentation de la garde corse au pont Sisto, près du palais Farnèse, et d'Aubeville écrivait déjà : « Gela pourroit irriter les gens de M. de Créqui et d'autant qu'ils se persuaderont aisément qu'il n'y a rien à craindre pour eux, étant à M. l'ambassadeur. Dieu veuille que cela n'arrive pas, ajoutait-il, car les différends avec les sbires peuvent avoir de très fâcheuses conséquences. » Le duc de Créqui pouvait arriver.

LE SIEUR D'AUBEVILLE, 1661. 61

M&MOIRE POUR SERVIR D 'INSTRUCTION AU SIEUR d'aUBEVILLE, L^UN DES GENTILSHOMMES ORDINAIRES DU ROI, S*EN ALLANT A ROME PAR ORDRE DE SA MAJESTÉ. S MAI 1661.

Diverses considérations qui regardent le bien du service du Roi et qui sont chacune en particulier déduites ci-après au long dans cette instruction, ayant obligé Sa Majesté, après le retour de Rome du président Colbert, à prendre la résolution de renvoyer une autre personne expresse à Sa Sainteté, elle a jeté les yeux pour cet efifet sur le sieur d'Aubeville', Tun de ses ordinaires, par la confiance qu'elle prend en son affection, en sa fidélité et en sa suffisance, se promettant qu'il s'acquittera à sa satisfaction de cet emploi comme il a fait de plusieurs autres dont elle l'a ci-devant chargé.

Sa Majesté a même eu un motif général assez puissant, sans réflexion à aucune affaire particulière, pour l'obliger tout seul à faire cet envoi : qui étoit de se bien éclaircir une fois pour toutes si, à présent que Sa Majesté, par un effet digne de sa prudence et de la force de son génie, a pris elle-même entièrement le soin du gouvernement de son Etat, elle peut attendre véritablement de la part de Sa Sainteté la bonne correspondance et les preuves d'amitié et de bienveillance que proteste ici tous les jours son nonce ' ou si Sa Sainteté voudra encore continuer la même conduite peu obligeante qu'elle a tenue jusques ici à son égard,

1. M. d'Aobeville a été employé en diverses missions sous le règne de Louis XIV. Nous empruntons la plupart des détails qui suivent à la notice que lui a consacrée M. de Caiz de Saint-Aymour dans sa publication des InslrucHons données aux ambassadeurs et ministres de France en Portugal. Né en 1610, M. d'Aubeville appartenait à une famille de bonne noblesse dauphinoise, les de Sève (voir Maynibr, Histoire de la noblesse de Provence^ Aix, 1719, in-4o). Gentilhomme ordinaire du Roi, il fut envoyé d'abord à Rome, en 1661, puis à Mantoue en 1665, en Savoie (1666), puis en Lorraine, en Allemagne, en Portugal, de 1671 à 1675; il fut enfin, en 1685, accrédité auprès de la ville de Qénes, et il mourut au cours de cette mission, en 1687. Il passait pour un caractère difficile et peu maniable.

2. Le nonce du pape à Paris était alors Monseigneur Bagni, qui conserva toujours, paralt-il, des sentiments d*amitié pour la France.

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quoique le décès de feu M. le cardinal (que Dieu ait reçu en sa gloire) ait fait cesser le mauvais prétexte qu'elle prenoit de son peu de disposition à favoriser cette couronne, comme n'étant pas satisfaite dudit sieur cardinal.

Ainsi Sa Majesté a estimé que, si l'envoi d'une personne expresse à Rome dans cette conjoncture n'étoit pas utile pour y avancer le bien de ses affaires plus que par le passé, il serviroit au moins pour résoudre les doutes que l'on vient de toucher par l'éclaircissement d'une vérité qu'elle a grand intérêt de savoir, c'est-à-dire si Ton peut attendre pour l'avenir quelque chose de plus favorable des offres et des protestations dudit sieur nonce, ou si c'est une aversion invincible dans Tesprit de Sa Sainteté qui lui ait fait jusques ici refuser toutes les grâces, même presque toute la justice qu'on lui a demandée. Sur quoi Sa Majesté pourra, après, prendre ses mesures et ses résolutions avec fondement, soit pour correspondre sincèrement à la manière de vivre de Sa Sainteté, si elle est obligeante pour elle, ou pour se mettre Tesprit en repos de n'en rien attendre de favorable et, se contentant de conserverie même respect qu'ont toujours eu les Rois ses prédécesseurs pour le Saint-Siège apostolique, s abstenir à l'avenir de recourir à la personne de Sa Sainteté pour lui faire des prières inutiles ou lui demander aucune grâce.

Le Roi désire donc que le sieur d'Aubeville se rende à Rome eu la plus grande diligence qui lui sera possible, qu'il aille descendre au palais de M. le cardinal Antoine, et qu'il le prie de de s'aboucher aussitôt avec M. le cardinal d'Esté afin que, suivant l'ordre que Sa Majesté lui en a donné, il puisse leur comnmniquer, à tous deux conjointement, la présente instruction.

Lesdits sieurs cardinaux y trouveront en premier lieu et avant qu'entrer en autre matière, les assurances que Sa Majesté leur donne de la continuation de sa bienveillance royale et de l'entière satisfaction qu'elle a de leurs services, en sorte que, hors de la considération et raison générale qui a été ci-dessus touchée, elle eût cru fort superflu de penser à ce second envoi d'une personne expresse, sachant bien que lesdits sieurs cardinaux, soil par leur zèle envers cette couronne, soit par leur dignité qui les autorise davantage qu'un particulier, soit pour la connoissance

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