ACCORD AVEC LES CARDINAUX
qu'ils ont très parfaite de la cour de Rome, sont plus capables qu'aucun autre de la bien servir en toutes sortes d'affaires et de rencontres ; mais comme, pour le bien même du service de Sa Majesté, ils ont été l'un et l'autre souvent obligés de faire diverses choses dont Sa Sainteté, quoique avec peu de raison, a témoigné être choquée et n'avoir pas leur entremise si agréable, Sa Majesté a estimé de lui devoir ôter encore ce second mauvais prétexte, afin que si les mêmes traitements ont à continuer, le pape n'ait pas lieu de les fonder sur aucune excuse même apparente ; avec la précaution pourtant bien juste que ledit sieur d'Aubeville se conduise en tout et partout, comme elle lui a expressément ordonné, par les bons conseils et mouvements desdits sieurs cardinaux.
Sa Majesté se remet auxdits sieurs cardinaux, après qu'ils auront lu et bien examiné la présente instruction, de juger s'il sera plus à propos que M. le cardinal Antoine conduise pour la première fois ledit d'Aubeville à baiser les pieds de Sa Sainteté, ou que celui-ci aille seul lui présenter les lettres de Sa Majesté, cette résolution devant dépendre de ce qu'ils croiront devoir être plus agréable à Sa Sainteté, toujours sur le même fondement de lui ôter toute excuse.
Soit donc qu'il aille à la première audience de Sa Sainteté conduit par M. le cardinal Antoine, ou qu'il soit jugé plus à propos qu'il s'y présente seul. Sa Majesté désire quelesdits sieurs cardinaux l'instruisent bien particulièrement de leurs sentiments, touchant la manière d'entamer son discours et ses négociations dont la substance, à ce qu'il paroit ici à Sa Majesté, doit consister en toute sorte de bonnes paroles et d'assurances de son respect envers le Saint-Siège à l'exemple des Rois ses prédécesseurs, de son estime pour la personne de Sa Sainteté et de son désir d'entretenir la paix, qu'elle a eu le bonheur de donner premièrement à ses peuples, et ensuite de procurer le même repos à tous les autres Etats chrétiens; et enfin de sa passion à contribuer ce qui peut être encore en son pouvoir pour réprimer l'orgueil et rendre vains tous les efforts de l'ennemi commun.
Que ces bons et saints sentiments de Sa Majesté sont en elle si naturels et si sincères que le peu ou point de satisfaction que
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le président Colberi a remporté de son voyage en tous les points généralement dont il avoit été chargé, quoique la plupart fussent de pure justice, sans mélange d'aucune grâce, n'a pu ébranler tant soit peu sa constance dans ses bonnes pensées et saintes résolutions, ni faire que Sa Majesté en ait reçu avec moins de gré, ni répondu moins favorablement aux instances qui viennent de lui être faites de la part de Sa Sainteté pour entrer dans une ligue des princes chrétiens contre Tennemi commun, quoique plusieurs considérations importantes et de prudence et de politique pour le bien et avantage de ses sujets Ten puissent détourner. Que quand il plaira à Sa Sainteté d'entendre en détail lesdites considérations que le Roi a méprisées pour complaire à Sa Sainteté, elle avouera, sans doute, que Sa Majesté fait en ce rencontre un sacrifice de ses intérêts, qui doit être beaucoup estimé, et que par ce nouveau motif, quand on le voudroit considérer tout seul, laissant à part tous les autres. Sa Majesté a tout sujet de se promettre aux occasions des marques de la bonté paternelle de Sa Sainteté dont elle s'est vue jusqu'ici privée, sans avoir donné aucune cause à ce traitement.
Que M. le Nonce ayant témoigné ici que Sa Sainteté auroit très agréable que Sa Majesté envoyât une personne expresse â Rome sur le sujet de la ligue qu'elle souhaite et à laquelle elle convie tous les potentats chrétiens. Sa Majesté avoit ^.ussitôt embrassé cette occasion de la contenter, et lui avoit dépêché en diligence ledit d'Aubeville, pour apprendre ses désirs et ses sentiments sur une matière d'une grande considération, afin qu'il en pût rendre compte de deçà sans perte de temps, Sa Majesté ayant dessein de s'y conformer autant qu'il sera en son pouvoir, dont elle l'avait chargé d'assurer par avance que les effets pussent faire mieux connoître la sincérité de ses intentions.
Que Sa Sainteté n'a qu'à mettre promptement la main à l'œuvre, et que Sa Majesté secondera ses bons sentiments avec le même soin, application et diligence, tâchant de surmonter tous les obstacles qui pourroient en détourner ou retarder l'effet. Pour conclusion, qu'à présent que Sa Majesté a résolu de ne se confier qu'à elle-même de la direction du gouvernement de son État, elle a, de sa part, toutes les dispositions que le pape