‹ RomeChapitre 67 sur 186 · CONCOURS DES PRINCES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

CONCOURS DES PRINCES ALLEMANDS

au nonce que, non seulement de bon cœur et avec joie elle entreroit dans la ligue que le pape a l'intention de former pour la défense de la chrétienté, mais qu'elle avoit des amis et des alliés dans l'Empire dont elle connoissoit assez les sentiments pour assurer et répondre à Sa Sainteté qu'ils seroient ravis de cette occasion de donner, à l'imitation de Sa Majesté et en suivant sns conseils et son exemple, les mêmes preuves de leur dévotion et de leur ardeur pour une si bonne cause, et enfin que comme, parmi lesdits princes et confédérés, il y en a qui ne professent pas la religion orthodoxe et par conséquent avec lesquels Sa Sainteté ni ses ministres ne peuvent traiter. Sa Majesté se chargeroit volontiers de faire elle-même auprès des protestants^ toutes les diligences nécessaires pour les porter à entrer dans la ligue, et à fournir les mêmes secours que les catholiques, chacun à proportion de ses forces, pour un intérêt qu'elle juge devoir être commun à tous les chrétiens.

Ledit sieur d'Aubeville saura que le- nonce ayant reçu cette réponse de la propre bouche du Roi plus satisfaisante en tout ce qu'elle contient qu'il ne l'avoit ni demandée ni espérée, ne s'est pourtant pas arrêté là, mais a représenté que l'empereur pourroit probablement être pressé par une attaque et rupture formelle du Turc à ce printemps, pendant que les princes de l'Empire, au secours desquels possible on s'attendroit, consommeroient inutilement un temps si précieux à contester avec l'empereur sur la convocation de la diète générale, et qu'après même l'intimation de ladite diète, quand l'empereur enfin en conviendroit, les lei>teurs ordinaires de toutes les résolutions allemandes feroient infailliblement perdre l'efTet de toutes les bonnes dispositions du Roi. En conséquence de quoi et sur le fondement ou prétexte qu'on vient de dire, ledit nonce a fait une seconde proposition qui est que l'on pourroit, disoit-il, former trois différents corps

1. n est fait allusion, dans ce passage, aux princes unis dans la ligue du Rhin: on peut considérer comme Tun des plus beaux succès diplomatiques de Lionne d'avoir pu faire entrer dans cette ligue, à la fois des princes catholiques comme Bavière, Mayence, Cologne, MOnster, Neubonrg, etc., et des princes protestants comme Suède, Brunswick, Hesse-Cassel , Hesse-Darmstadt, Cassel-Wurtemberg. L'alliance en question avait été conclue les 14 et 13 août 1638. Elle fut renouvelée pour trois ans, le 31 août 1660.

68 LE SIEUH D'AUBEVILLE, 166K

d'armée pour agir en Hongrie, Tun des troupes qu'a présentement l'empereur, le deuxième de celles du pape, des forces du roi et des secours des princes d'Italie, et le troisième des troupes que fourniroient tous les États de l'Empire en corps, représentant que, par ce moyen qu'il avoit pensé, on seroit au moins assuré que le second desdits corps d'armée pourroit agir à temps et selon le besoin contre l'ennemi commun, puisque son action ne dépendroit pas, comme celle du troisième corps, des irrésolutions d'une diète générale de l'empire dont la convocation même étoit encore incertaine.

Le nonce a enfin conclu par une instance de la part du pape que le Roi dépéchât sans délai une personne expresse à Rome qui eût pouvoir de Sa Majesté de traiter, ajuster et conclure avec Sa Sainteté les conditions de la ligue qu'elle avoit proposée et dans laquelle Sa Majesté vouloitbien entrer.

Sa Majesté a répliqué à tout ce que dessus, en premier lieu : qu'elle reconnoît avec ledit sieur nonce et voit même la chose avec beaucoup de déplaisir, que l'empereur peut être pressé par une attaque imprévue avant que ni les uns ni les autres aient pu assembler aucunes forces pour son secours, ni possible même, résolu ensemble, si on le secourra; mais qu'il se peut dire avec " vérité que c'est la partie la plus intéressée qui fournit elle-même l'occasion à ces longueurs et à ces irrésolutions au lieu de les faire cesser comme elle le peut facilement en donnant les mains à la réassumption de la diète dernière de Ratisbonne*, qui n'est (]fue suspendue, et que tous les princes et États de l'Empire demandent aujourd'hui instamment et ont droit de demander; que le Roi sait que lesdits princes ont unanimement offert à l'empereur, en cas que la diète se reprenne, de n'y agiter ni parler d'autre matière, que celle de l'assistance qu'on lui doit et veut donner contre le Turc ne soit résolue, et qu'elle le sera même en huit jours de temps. Que personne n'ignore, pour peu qu'on ait connoissance

l. C*ëtait la politique de la France de pousser à la nouvelle réunion de cette diète, qui, sous son influence, devait, en 1664, porter un coup très grave à Tauto* rite impériale, en désignant des délégués permanents. Toute cette partie de Tlnstruction est un chef-d' œuvre d'habileté et de prévoyance. Elle suffit pour dénoter la main d'un homme aussi expérimenté dans les affaires de TEurope que Tétait alors le ministre, de Lionne.

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