‹ RomeChapitre 71 sur 186 · AFFAIRE DE COMACCHIO · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE COMACCHIO

terfuges de la Chambre et des autres officiers de Sa Sainteté. Car, ou il faut nettement déclarer qu'on a dessein de retenir le bien d*autrui injustement, ou ne pas refuser que la partie même inté^ ressée devienne le juge du différend, qui est néanmoins ce que M. le duc deModène ne peut obtenir dans la cour de Rome depuis cinquante et tant d'années qu'il en fait de continuelles instances. Sa Majesté ne grossira point davantage cette instruction du détail de la cause et des raisons de M. le due deModène que toutes les personnes qui en sont informées jugent convaincantes et sans réplique : ledit sieur d'Aubeville les pourra beaucoup mieux apprendre de M. le cardinal d'Esté, et en ceci Sa Majesté ne lui donne d'autre ordre que celui de se conduire, de parler et d'agir aux termes et en la manière que ledit sieur cardinal lui-même témoignera désirer pour l'intérêt dudit sieur duc son neveu et pour son avantage; elle lui recommande seulement de s'appliquer à bien faire connoltre à Sa Sainteté que non seulement la mort de feu M. le cardinal avec qui la maison d'Esté avoit pris alliance* ne ralentit point le désir qu'a toujours eu Sa Majesté de lui procurer auprès du pape une satisfaction si juste, mais que l'ardeur qu'elle en a s'est plutôt augmentée ; et pour rendre à la mémoire dudit sieur cardinal ce qu'elle croit devoir à un ministre qui l'a si dignement servi et qu'elle a tant aimé, et pour les services aussi que lui a rendus avec tant de zèle feu M. le duc de Modène et l'affection qu'elle a pour M. le cardinal d'Esté et pour M. le duc son neveu. On doit aussi avertir ledit sieur d*Aube\nlle que, par le traité de paix, le Roi Catholique s'est obligé de concourir avec le Roi aux instances qui se doivent faire à Sa Sainteté pour l'ajustement de cet intérêt de M. de Modène, et qu'ainsi il sera bon et même nécessaire d'avertir l'ambassadeur d'Espagne de toutes les résolutions qui se prendront en cela, quand il faudra parler et agir, afin que tout se passant de concert et avec la force des recommandations des deux rois, on ait lieu de s'en promettre plus de fruit et plus promptement qu'on n'auroit sujet de faire si les offices étaient séparés ou faits seulement par l'un des deux, contre la disposition du traité de paix.

1. « Avec qui la maison d*Eit6 avait pris alliance », par suite du mariage d'Alphonse IV qui arait épouse, en 1655, Laure Martinozzi, nièce du cardinal-ministre.

76 LE SIEUR D'AUBEVILLE, 1661.

La troisième affaire concerne l'intérêt de M. le duc de Parme touchant le différend qu'il a aussi avec la même Chambre apostolique pour les duchés de Castro et de Ronciglione\ dont il se trouve aujourd'hui entièrement dépouillé par une chicane de formalités apparentes de justice. Il seroit trop long et même superflu de faire le récit au long de tout ce qui s'est passé en cette affaire, laquelle a déjà allumé par deux fois en Italie le feu de la guerre, et qui pourroit bien causer avec le temps un troisième embrasement s'il n'y est pourvu d'autre manière. Cette considération, jointe à l'affection que les deux rois ont pour la maison de Parme, a été le principal motif qui a obligé Leurs Majestés, en s'accommodant entre elles, à s'engager aussi mutuellement de s'appliquer par leurs offices et leur crédit envers le pape pour arracher une fois pour toutes, s'il est possible, cette semence de nouvelles divisions en Italie : à quoi le Saint-Siège a encore plus d'intérêt que le pape, se pouvant souvenir que le feu pape Urbain, son prédécesseur, s'est vu sur les bras tout à la fois, pour cette seule cause, les armes de la République de Venise, celles du grand-duc et des ducs de Modène et de Parme et que, sans le soin que prit le feu Roi de glorieuse mémoire d'ajuster alors ce différend par son autorité et sa médiation, l'État ecclésiastique en pouvoit souffrir des préjudices irréparables.

C'est encore aujourd'hui le même zèle envers le Saint-Siège qui convie Sa Majesté à prendre tant de part en cette affaire, outre la justice qu'elle reconnoît en la cause de M. le duc de Parme ; et pour faire voir qu'elle est cette justice, il suffit de considérer, en général quelesdits duchés de Castro et de Ronciglione valent, de notoriété publique, au delà de cinq millions d'or et que néanmoins, par les chicanes et formalités de la Chambre apostolique, celle-ci, pour user de leur terme, en a fait l'incamération, c'est-à-dire proprement confisqué, pour une somme de seize cent mille écus, sans que ledit sieur duc de Parme ait jamais pu obtenir la faculté de démembrer lesdits duchés de Castro et de Ronciglione et en vendre jusques à la concurrence desdits seize cent mille écus pour satisfaire à cette dette et par ce moyen

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