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CARACTÈRE DE L'AMBASSADE

jour où elles se combinent dans une coalition qui venge, d'un seul coup, toutes les avanies, toutes les rebuffades reçues et endurées.

C'e«t là toute Thistoire du règne de Louis XIV. Les semences, qui eurent pour fruits déplorables les longues guerres de la fin du règne, sont déposées dans le texte de la présente instruction. Les succès obtenus par une politique toute de prestige, s'ils satisfont Tamourpropre des gouvernants, ont pour résultat de compromettre, le plus souvent, les véritables intérêts des gouvernés.

Les ministres de Louis XIV paraissent avoir compris, dès 1662, cette compensation qui se produit naturellement entre les satisfactions d'apparence et les bénéfices réels. En même temps que le duc de Créqui recevait des directions si roides dans la forme, il emportait Tautorisation de se montrer coulant sur les affaires débattues entre les deux cours. M. Gérin, sî sévère pour Louis XIV, n'est pas juste en ce point. Une lecture attentive de ces documents prouve que la prétention du Roi se borne à établir bruyamment sa suprématie ; mais sur tous les points litigieux débattus antérieurement, avec tant d'âpreté, par Mazarin et par Lionne lui-même, les instructions contiennent des concessions importantes et dont, probablement, la cour de Rome eût fini par se déclarer satisfaite.

Mais la bonne entente entre le pape et l'ambassade était impossible à établir ou à maintenir. On sait comment, deux mois après rentrée du duc de Créqui à Rome, laffaire de la garde corse éclatait, comment les relations étaient rompues entre les deux cours, comment la hauteur brutale de Louis XIV imposait au pape l'affront du traité de Pise et l'humiliation de la pyramide commémorative. Ces faits ont été plusieurs fois et très complètement exposés.

Quant à l'appréciation qu'on a portée sur eux, elle varie. La majorité des historiens français approuvent une conduite dans laquelle ils observent surtout le soin apporté à la défense de l'honneur national. Mais, si l'on considère les circonstances qui préparèrent et accompagnèrent l'événement et surtout les funestes suites d'une conduite qui donna à la France une idée tout à fait fausse de la véritable grandeur politique, on ne peut que le déplorer. Il n'est pas sage d'aller, par de simples motifs de vanité, au-devant de pareilles querelles ; si elles éclatent, c'est un acte de haute prudence et de dignité bien placée de savoir les terminer promptement, sans céder une parcelle de son honneur, mais sans exiger une parcelle de celui des auti^.

RECUEIL DBS INSTRUCT. OIPLOMAT. VI. — 7

MÉMOIRE POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR DUC DE CRÉQUI, PAIR DE FRANCE, CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS d'ÉTAT ET PRIVÉ, CHE- VALIER DE SES ORDRES, PREMIER GENTILHOlfME DE SA CHAMBRE, GRAND BAILLI GOUVERNEUR DE HE5DL\, s'eN ALLANT POUR RÉSIDER A ROME EN QUALITÉ d'aMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DE SA MAJESTÉ. — 17 AVRIL 1662.

Le Roi ayant pris la résolution pour les raisons qui seront ciaprès déduites, de ne tarder pas plus longtemps d'envoyer un ambassadeur à Rome, Sa Majesté a jugé nécessaire pour sa dignité et pour le bien de son service de tâcher de faire principalement concourir deux choses dans le choix du sujet qui doit remplir ce poste : Tune que, comme cette ambassade est la première en rang et d'ailleurs la plus exposée à la vue de toutes les autres nations, elle se fasse aussi avec tout le lustre et l'éclat qui convient à la grandeur et à la gloire de la première couronne de la chrétienté, et la seconde que, comme Rome est le siège du chef de l'Église et du père commun et par conséquent un lieu où aboutissent comme à leur centre la plupart des négociations et des intérêts de tous les autres princes, celui à qui Sa Majesté confiera un emploi de cette considération ait joint beaucoup de connoissance des affaires du monde avec une grande dextérité de les traiter : Sadite Majesté ayant donc, dans ces deux vues, jeté les yeux sur tous les divers sujets de son royaume a estimé ne les pouvoir mieux arrêter que sur ledit sieur duc de Créqui*, ayant l'honneur

1. Charles III du nom, duc de Créqui, pair de France, prince de Poix, premier gentilhomme de la Chambre en 1643, lieutenant général en 1646; il avait déjà été ambassadeur à Londres, oii il avait scellé, en 1657, l'alliance entre Louis XIV et Cromwell, et envoyé extraordinaire à Madrid en 1660, mort à Paris en février 1687.

Il est assez naturel que les avis soient partagés sur les véritables mérites du duc de Créqui; les historiens de la cour de Rome blâment son arrogance et le dépeignent comme brutal et d'intelligence peu ouverte, « un homme hautain, un emporté, un fier, etc. ». Par contre, les Français font généralement son éloge et Saint-Simon notamment en parle en excellents termes. II loue non seulement a sa hauteur « et « son courage », mais aussi sa prudence et « sa dextérité -». 11 est

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