‹ RomeChapitre 89 sur 186 · RETOUR SUR LES PRÉCÉDENTS CONCLAVES · texte numérisé non relu

RETOUR SUR LES PRÉCÉDENTS CONCLAVES

transes, sans avoir jamais causé à Sa Majesté le moindre préjudice imaginable ni un moment de déplaisir; à plus forte raison, en l'état de gloire où sont aujourd'hui les affaires de Sa Majesté, on peut juger si elle a si grand intérêt à avoir un pape plutôt qu'un autre, qu'elle doive compromettre sa réputation en hasardant de voir élever quelque sujet contre sa volonté déclarée.

Et c'est ici la troisième considération qui doit encore obliger Sa Majesté à y procéder avec grande circonspection et retenue, pour ne pas s'exposer aux mêmes inconvénients qui lui arrivèrent pendant sa minorité, au conclave dudit Innocent X, où l'on porta au pontificat le seul sujet qu'elle avoit déclaré d'en vouloir exclure, n est certain que si les choses passoient par la raison, les cardinaux devroient bien se garder de jamais élire pour pape un sujet qui seroit formellement exclu par un Roi de France, ni même par celui d'Espagne, pour les grands maux qui pourroient arriver à la religion si l'un ou l'autre n'acquiesçoit pas à l'élection ; mais outre que, comme on vient de dire, le conclave d'Innocent X fait voir que cela peut arriver et que, dans le dernier du pape d'aujourd'hui, quoique l'Espagne y eut une faction par l'adhérence du grand-duc, de plus de vingt-cinq cardinaux, elle fut cent fois sur le point de voir créer pape le cardinal Sacchetti, malgré l'exclusion que le Roi catholique lui avoit donnée, il est encore évident qu'en de pareilles occurrences les deux tiers du collège ne considèrent que leur propre intérêt ou leur passion particulière de favoriser celui de qui ils attendent plus de bien, sans avoir le moindre égard à l'inclusion ou à l'exclusion d'un Roi, ni se donner aucun soin de ce qui arrivera dans les affaires du monde, quand ils feront une élection qui ne lui soit pas agréable.

C'est pourquoi Sa Majesté joignant tous ces motifs ensemble qu'il est plus sûr pour sa conscience, plus digne de sa grandeur, et moins hasardeux pour sa réputation de ne charger point les cardinaux de son parti du fardeau d'aucune exclusion, ^Ue trouve bon qu'ils puissent, de commun concert, indifféremment concourir à l'exaltation de quelque sujet italien que ce puisse être, leur recommandant de s'y conduire en sorte que l'élection du nouveau pape se fasse avec réputation et dignité de cette couronne et que la faction françoise y ait la part qu'elle y doit avoir.

HECUEIL DES I.NSTRUCT. DIPLOMAT. VI. — 9

Le jour qu'on ferma le conclave où fut élu le pape d'aujourd'hui, le duc de Terranova *, ambassadeur d'Espagne, déclara à tous les cardinaux, l'un après l'autre, de la part du roi son maître, qu'il n'étoit chargé d'aucune exclusion et qu'il laisseroit toute liberté à sa faction de concourir à l'élévation du sujet qu'elle estimeroit le plus digne, ce qui lui gagna sur-le-champ les cœurs et l'affection de tous les cardinaux, quoique, à peu de jours de là, les cardinaux de Médicis l'obligèrent de se dédire et de former ouvertement Texclusion au cardinal Sacchetti au nom de son maître. On cite cet exemple audit sieur duc de Créqui, parce qu'ayant le même ordre que ledit duc de Terranova déelaroit d'avoir, il pourra à la clôture du conclave s'en laisser entendre à tout le collège et, par ce moyen-là, rendre tous les cardinaux favorables aux souhaits que peut faire Sa Majesté de porter un cardinal plutôt qu'un autre, sans qu'il doive appréhender, conmie il arriva audit duc, d'être obligé de se dédire par quelque accident que ce soit.

De tout ce que dessus, ledit sieur duc verra qu'il n'a pas même d'ordre de traverser ouvertement l'avancement du cardinal Barberin qui est le seul du collège (outre les Espagnols naturels), que Sa Majesté désire et a intérêt de tenir éloigné du pontificat ; Sadite Majesté présuppose qu'il s'est formé lui-môme tant d'obstacles pendant la durée de celui de son oncle, qu'il seroit superflu de prendre aucune précaution là-dessus, et que, dans tout le collège, si on faisoit une véritable pratique pour lui, il ne se trouveroit pas six cardinaux qui voulussent lui donner leur suffrage *.

Après la matière des exclusions doit suivre celle des inclusions, au premier rang desquelles, selon le désir du Roi, doit être mis, sans contredit ni compétence, M. le cardinal Sacchetti que

i. Le duc de Terranova, plus tard comte de Pignaranda, ambassadeur d'Espagne à Rome lors du conclave pour la nomination d'Alexandre VU, eut la plus grande influence sur Tëlection, par l'habileté de ses manœuvres en faveur de Bichi. Lionne, comme on le voit, en avait conservé le souvenir.

2. Le cardinal Barberin eut jusqu'à 16 voix dans le conclave. Mais on savait que la pratique n'était pas véritable. U demandait à Albizzi quel était son pape. Albizzi lui répondit : « Votre Éminence, si elle avait un peu plus de cœur et beaucoup plus de cerveau, avec un peu moins d'hypocrisie et beaucoup moins de bassesse. » Pourtant Barberin était populaire à Rome, et son élection y eût été bien accueillie.

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