LIGUE CONTRE L'ENNEMI COMMUN
regarde, comme aussi d'ajouter ou changer dans la présente instruction, selon les avis que lui donnera ledit sieur duc quand il aura eu le temps de prendre une parfaite connoissance de la cour de Rome.
Cependant, pour conclusion du présent mémoire, Sa Majesté informera ledit sieur duc que son intention n'est pas que, si l'occasion d'un conclave arrive, M. le cardinal Antoine sous quelque prétexte que ce soit de son service particulier ou autre, mène avec lui l'abbé Braccese dans ledit conclave et que, s'il voit ledit cardinal dans cette pensée, il lui défende de la part de Sa Majesté de l'exécuter.
Fait à Paris, le 13 ayril 1662.
Louis.
MÉMOIRE SECRET DU ROI POUR SERVIR d'aDDITION A l'iNSTRUCTION DU SIEUR DUC DE CRÉQUI, S'eN ALLANT AMBASSADEUR EXTRAORDI- NAIRE A ROME.
Sa Majesté a jugé à propos de faire dresser un second mémoire pour l'information dudit sieur de Créqui, qui contienne diverses choses dont la nature exige un plus grand secret que les autres dont il est parlé dans son instruction.
En premier lieu, sur le fait de la ligue qui se traite à Rome entre les princes chrétiens contre l'ennemi commun : il est nécessaire que ledit sieur duc soit informé que Sa Majesté n'estime pas du bien de ses affaires et de son service d'entrer présentement dans ladite ligue, quand elle viendroit à se conclure entre les autres princes et que la condescendance qu'elle a eue d'envoyer des pouvoirs et d'en donner encore aujourd'hui un nouveau audit sieur duc pour la traiter n'a eu autre motif que de complaire en cela à Sa Sainteté, sans dessein de passer plus avant.
136 LE DUC DE CRÉQUI, i662.
Ce n'est pas que la piété naturelle de Sa Majesté, son zfele extrême pour la véritable foi et Tambition qu'elle a de profiter de toutes les occasions d'acquérir quelque nouvelle gloire ne lui donnent tous les mouvements que le pape peut désirer en elle pour la défense de la chrétienté, et plus pressants, sans doute, et plus sincères que n'en ressent aucun autre prince; mais, outre toutes les considérations contenues dans l'instruction du sieur d'Aubeville, qui doivent dissuader Sa Majesté d'en venir à une rupture contre le Turc, par la raison même de l'intérêt de notre religion qui en recevroit des grands préjudices, elle sait d'ailleurs, par beaucoup d'expériences du passé, ce que c'est et à quoi on a accoutumé d'aboutir une ligue pareille à celle qu'on traite aujourd'hui entre les princes, dont il n'y en a presque aucun qui n'ait des iatérêts particuliers directement opposés à ceux de l'autre, et que, quand elle viendroit à se conclure, ce ne sera jamais qu'une vaine apparence et un secours de nom sans aucun effet qui ne serviroit qu'à faire plutôt mourir le malade par l'application d'un remède impuissant, qui feroit cependant mépriser et laisser en arrière les autres dont Sa Majesté voit que l'on peut tirer plus de fruit, pour le but qu'on se propose.
Sa Majesté n'est donc pas résolue de s engager dans cette ligue, à moins que quelque nouvelle forte considération qui ne lui paroît point encore, ne l'oblige à changer de sentiment.
Cependant si elle a à secourir et appuyer l'intérêt de la chrétienté contre son ennemi, comme elle en a très grand désir, elle se réserve de le faire, sans en venir à ime rupture formelle avec la Porte, en joignant ses forces à celles des princes ses alliés dcms l'Empire, lesquels pourront vraisemblablement, dans la diète prochaine, prendre la résolution d'assister l'empereur en cas que l'accommodement qu'il traite tous les jours avec ladite Porte n'ait pu se conclure.
Cette négociation qui se fait journellement à Vienne n'est pas d'ailleurs un des moindres motifs qui doivent encore obliger Sa Majesté à être fort retenue d'entrer dans ladite ligue, puisqu'il pourroit facilement arriver que l'empereur, lequel d'ailleurs ne vit pas fort bien avec le Roi et qui témoigne voir avec grande jalousie toutes les prospérités de cette couronne, ne prit occasion