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ATTITUDE DES DIVERSES PUISSANCES

de se servir de ladite ligue, dès qu'il la verroit signée et qu'on auroit commencé quelque hostilité, de faire un accord particulier aux dépens de Sa Majesté, et la laisser et les autres aussi dans cet embarras.

La plus sûre voie donc pour Sa Majesté et la meilleure pour parvenir à la fin que Ton cherche, sera qu'elle ne se départe pas des conseils et de la jonction des princes, ses confédérés dans l'empire; ce sont eux seuls qui peuvent plus effectivement assister la Hongrie et, par diversion, la république de Venise. Sans cette jonction Sa Majesté ne peut jamais, vu la mauvaise volonté que lui témoigne la cour de Vienne, se bien assurer de n'envoyer pas plutôt ses troupes à la boucherie qu'au combat. D'ailleurs toutes les assistances que pourroient fournir les princes d'Italie ne seroient d'aucune considération, puisque, dans cette occasion,elles se réduisent au pape seul,la république n'étant déjà que trop engagée sans aucune ligue, et ne se voyant pas que les autres princes puissent faire le moindre effort utile, ni qu'ils en aient même la volonté,ne faisant intervenir aucun de leurs ministres dans les conférences qui se tiennent à Rome sur cette matière.

Comme Sa Sainteté peut fournir de son propre mouvement, hors d'une ligue, les mêmes assistances à l'empereur et à la république qu'il pourroit s'engager de leur donner par les conditions d'une confédération, pour étroite qu elle fût, et que tous les autres potentats, s'ils ont la même volonté, ont aussi le même moyen ouvert. Sa Majesté ne voit, à dire vrai, aucune nécessité, ni même aucune autre utilité dans cette ligue pour ceux qui ont besoin d'être secourus, si ce n'est qu'ils auroient engagé Sa Majesté à en supporter seule tout le fardeau. Car, pour la couronne d'Espagne, on a déjà pu assez reconnoltre, par quelques discours que dom Louis Ponce de Léon ' a tenus dans les assemblées, qu'elle a toute autre visée, en cette négociation, que de s'engager à la conclure, et que, pour parler clairement, la conquête de Portugal occupe aujourd'hui toutes ses pensées et tous ses desseins, se contentant d'exhorter l'empereur à conclure la paix à quelque prix que ce puisse être.

i. Dom Louis Ponce de Léon, de rillustre famille de ce nom, ambassadeur du roi d'Espagne prés du Saint-Siège.

De tout ce que dessus, ledit sieur duc de Çréqui comprendra de quelle manière Sa Majesté désire qu'il se conduise à Rome dans la négociation de ladite ligue, il sera seulement de son adresse de s'y ménager en sorte que personne ne puisse s'apercevoir, ni même s'il est possible, soupçonner quel est le véritable sentiment de Sa Majesté, ce qu'on croit qu'il ne lui sera pas malaisé, parce que, d'ordinaire, il naît à chaque moment tant de difficultés et d'embarras en de pareils traités où il s'agit de faire convenir plusieurs têtes qui ont chacune des intérêts différents, qu'il seroit bien plus en peine d'en surmonter les obstacles, si le Roi avoit intention de conclure, qu'il ne le sera d'y en former tous les jours de nouveaux, sans qu'on s'aperçoive de son dessein, ni qu'ils puissent être imputés à Sa Majesté, mais seulement à la nature de la chose même, qui ne permet pas plus d'expédition ni de facilité. En tous cas, à mesure qu'il rendra compte au Roi de ce qui se passera, Sa Majesté lui suggérera elle-même les meilleurs moyens de se conformer à ses intentions et par quel chemin il devra marcher.

Il saura cependant qu'une seule chose seroit capable de tenter Sa Majesté à passer sur toutes les fortes considérations que l'on vient de dire, qui seroit si, par l'autorité du pape et avec son concours, en la joignant à cpUe du Roi, on pouvoit trouver de commun concert quelque voie de faire que les dépenses de cette guerre où l'on veut engager Sa Majesté, ne tombassent pas entièrement sur le Tiers-État de son royaume, dont les forces sont déjà si épuisées, mais que, comme il s'agit de la cause de Dieu et que le corps de l'Église y doit prendre le principal intérêt, le pape et Sa Majesté se joignissent pour y faire contribuer notablement tous les ecclésiastiques de France*, par les voies qui peuvent être pratiquées et qu'il sera aisé de suggérer à Sa Sainteté et lui en faire voir la facilité, et même la justice, pourvu qu'auparavant

1. Cette façon de réintroduire auprès du pape la vieille lutte relatiTe aux biens ecclésiastiques, le Roi réclamant leur concours, le pape les protégeant contre les prétentions laïques, mérite d'être observée . Depuis le temps des croisades, où Philippe- Auguste mettait la main sur la taxe des croisés, jusqu'à l'époque de la Ligue, où Henri III réclamait du clergé les moyens de faire la guerre aux hérétiques, la tactique est la même de part et d'autre. Cette masse imposante et sans cesse accrue des biens ecclésiastiques était la véritable difllculté gisant au fond de tous les désaccords entre les deux cours.

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