LES CARDINAUX GHIGI ET BARBERINI
tera M. le cardinal Chigi, auquel en substance il tiendra, selon la coutume, tous les mêmes discours qu'il aura tenus au pape, il lui dira de plus que Sa Majesté veut prendre toute confiance en lui et faire un état particulier de son afiection, laquelle même elle espère devoir accroître tous les jours par le procédé qu'elle a chargé ses ministres de tenir avec ledit cardinal et par le soin que Sa Majesté elle-même veut prendre de ses avantages et de toutes ses satisfactions ; qu'il a ordre de ne s'adresser qu'à lui pour les affaires, et qu il le prie de ne le considérer pas tant aux occasions comme ministre du Roi, qu'il ne veuille môme lui donner ses conseils et ses bons avis, aux occurrences, sur la conduite qu'il devra tenir pour plaire à Sa Sainteté et pour faire réussir les choses que Sa Majesté peut désirer, parce qu'elle ne veut en avoir obligation qu'à Sa Sainteté et à lui qui les procurera par son crédit.
Que Sa Majesté l'a expressément chargé qu'aussi souvent qu'il aura Thonneur de voir le pape, il se souvienne de n'en partir point sans lui avoir dit du bien dudit sieur cardinal et l'avoir entretenu de son mérite, de ses bonnes qualités et de la satisfaction qu'ont tous les ministres de traiter avec lui.
Que Sa Majesté l'assure dès à présent et pour toujours de sa protection royale, en toutes les occurrences où il pourroit en avoir besoin en quelque temps que ce soit.
Enfin que Sa Majesté a une passion sincère pour tous ses avantages dont il ne tiendra qu'à lui de tirer des preuves dès à présent, s'il a agréable de se laisser entendre de ce qu'il pourroit désirer, parce que Sa Majesté aussitôt lui fera ressentir avec plaisir les effets de sa bienveillance en quelque nature de choses que ce soit, publiquement ou secrètement, sans le gêner en rien, et le laissant en pleine liberté de prendre les résolutions qu'il croira lui convenir davantage.
Quand ledit sieur duc visitera le cardinal Barberin qui tient aujourd'hui, en l'absence du vieux cardinal Médicis, la place de doyen du sacré collège, il lui dira, entre autres choses, qu'un serviteur du Roi qui croit bien connoitre l'humeur et les sentiments dudit cardinal a assuré Sa Majesté jusqu'à oser lui en répondre, que quand, à un coup près. Sa Majesté désireroit du ser-
vice dudit cardinal, une chose qui lui fut fort à cœur, soit dans l'occasion d'un conclave ou autrement, et qu'elle le lui feroit témoigner confidemment par quelqu'un de ses ministres, ledit sieur cardinal non seulement la feroit indubitablement pour plaire à Sa Majesté, mais s'y porteroit avec joie, chaleur et fermeté, autant et plus qu'aucun autre cardinal de sa faction, sans même en excepter son frère. Ledit sieur duc verra de quelle façon ledit cardinal recevra ce discours et s'il confirme ce qui a été dit au Roi sur son sujet, il tâchera de l'y bien engager, parce qu'outre qu'étant chef d'un parti encore puissant, il peut arriver que cette précaution prise par avance puisse produire, selon les conjonctures, quelque grand avantage au service du Roi, soit pour tenir éloigné ou pour exalter quelque cardinal au pontificat, cette confiance d'ailleurs qu'on témoigne audit cardinal, sans engager Sa Majesté à rien, peut contribuer à l'empêcher de se jeter entièrement entre les bras des Espagnols, comme on tient qu'il est sur le point de faire, s'ils veulent donner le titre de Grand d'Espagne à son neveu, le prince de Palestrine.
Ledit sieur duc, visitant le cardinal Sacchetti, lui dira avoir ordre exprès de Sa Majesté d'établir avec lui une liaison fort étroite, et de faire grand cas de ses avis, sachant que personne ne les lui peut donner si solides ni plus afiectionnés ; il l'assurera aussi qu'il n'y a rien qui puisse dépendre de la puissance du roi et de son affection, dont il ne puisse faire état très assuré, dans l'occasion d'un nouveau conclave et en toute autre rencontre.
Il tiendra le même discours au cardinal Albizzi qui a toujours témoigné une passion toute extraordinaire pour les intérêts de Sa Majesté qui a, de l'aveu public, une suffisance hors du commun pour juger de toutes choses comme il se doit, en sorte que ledit sieur duc ne tirera pas un médiocre avantage de s'ouvrir à lui, aux occasions d'importance, et .lui demander ses bons avis.
M. le cardinal d'Esté est un prince plein d'honneur dont la vie est exemplaire et irréprochable ; il est tenu pour homme de grande suffisance et dextérité dans le maniement des affaires et a témoigné une fermeté inébranlable en divers différends qu'il a eu à démêler, comme en celui qu'il eut avec l'amiral de Castille, et un autre avec ce pape-ci même, qui n'a pas rendu son nom ni