RELATIONS AVEC LES CARDINAUX
son entremise dans les affaires fort agréables au palais. Il a d'ailleurs autant de zèle pour le service et la gloire du Roi que s'il étoit né son sujet. Sa Majesté désire que ledit sieur duc fasse une étroite liaison d'amitié et de confidence avec lui, lorsqu'il sera de retour à Rome et qu'il lui témoigne en toutes rencontres qu'il a la considération qui se doit pour un prince de sa qualité et de son mérite.
M. le cardinal Antoine accablera sans doute de mille plaintes ledit sieur duc, des prétendus mauvais traitements qu'il a reçus et particulièrement, s'il est encore entre les bras de l'abbé Braccese qui lui donne et ôte les sentiments qu'il veut, selon son intérêt particulier. Ledit sieur duc tâchera de guérir son esprit, notamment sur le point d'honneur où il croit sans sujet avoir été fort blessé, lorsqu'on comprit le sieur d'Aubeville dans le pouvoir qui fût envoyé audit cardinal pour traiter la Ligue*, quoi que ce ne fût qu'avec subordination et comme adjoint, non pas comme principal et égal en pouvoir. Pour le reste des plaintes que ledit cardinal pourra lui faire, il les renverra à Sa Majesté, l'assurant qu'au voyage qu'il médite de faire par deçà, il trouvera, par le bon traitement que Sa Majesté lui fera, qu'elles ne sont pas bien fondées pourvu qu'il n'ait pas toujours à ses côtés un abbé Braccese qui lui empoisonne toutes choses.
Sa Majesté a gratifié, depuis deux mois, M. le cardinal Ursin d'une pension de onze mille livres de rente sur l'évêché de Baveux, outre l'abbaye d'Eu que Sa Majesté lui a autrefois donnée, et la protection du Portugal qu'elle lui a procurée, et dont il tire six mille écus de rente ; avec cela on ne sait, de l'humeur dont est ledit cardinal, s'il témoignera être content, et s'il ne prendra point occasion du retranchement d'honneur qui va ôtre fait à son frère, le duc de Bracciano, pour crier et se plaindre ou pour faire quelque chose de pis. En tout cas, il y aura lieu de s'en consoler quand on se souviendra de la conduite que ledit cardinal tînt dans le dernier conclave, dont Sa Majesté a informé ledit sieur duc de vive voix. Il est cependant bon, pour tout ce qui peut arriver et au sujet dudit cardinal ou de quelque autre de la faction du Roi qui, sous prétexte de mécontentement, menaceroit de
1. C*est-à*dire de la ligue des princes chrétiens contre les infidèles.
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changer de parti, qu'il n'est pas d'un cardinal comme d'un duc de Savoie ou de M odène qui ayant un État et des troupes peut s'attacher ou à la France ou à l'Espagne au hasard de s'agrandir ou de perdre son État, selon que le sort des armes seroit favorable ou contraire au parti qu'il auroit embrassé ; mais pour les cardinaux, il importe de les détromper et qu'ils sachent qu'en l'état où sont aujourd'hui les choses, l'Espagne ne voudroit pas avoir donné un pareil dégoût au Roi d'accepter à son service un déserteur de celui de Sa Majesté, et que, si elle l'avoit fait, ce se roit alors que Sa Majesté prendroit l'occasion avec plaisir de le mortifier davantage entre les propres bras où il auroit cru trouver sa protection.
Le pape ayant refusé longtemps d'admettreet de comprendre, dans les bulles de l'évêché de Bayeux, une pension que Sa Majesté avoit accordée au cardinal Maldachini sous prétexte de n'y pouvoir consentir en conscience, Sa Majesté, qui ne l'a pas moins délicate et n'en voulant pas, à l'exemple de Sa Sainteté, charger la sienne, conféra la même pension, comme il a été dit, à M. le cardinal Ursin. Depuis cela, le pape s'étant ravisé, a fait dire au Roi qu'étant présentement satisfait dudit cardinal Maldachini, depuis qu'il s'étoit mis en son devoir, étant sorti de Rome suivant le désir de Sa Sainteté, elle étoit disposée à admettre les grâces que Sa Majesté lui voudroit faire en bénéfices ou en pensions. Sur quoi ledit sieur duc témoignera au pape que Sa Majesté a été bien aise de savoir que Sa Sainteté soit aujourd'hui dans cette favorable disposition pour ledit cardinal, et qu'elle espère que cette première grâce de sa bonté sera bientôt suivie de celle de le rappeler et le faire participer aux communes distributions du collège des cardinaux et enfin le remettre dans le plein usage des fonctions de sa dignité, dont Sa Majesté se tiendra obligée et se promet que ce bon traitement contribuera à tenir ledit sieur cardinal dans la règle que Sa Sainteté peut désirer. Autrement si en l'état qu'il est, encore assez flottant et incertain de la bienveillance de Sa Sainteté, le Roi s'avançoit à lui faire des grâces, il ne les croiroit pas lui-même bien employées.
Ledit sieur duc dira à M. le cardinal Mancini et aux deux sœurs de feu M. le cardinal Mazarin quand il les visi-