‹ RomeChapitre 96 sur 186 · LE COMTE DE FURSTEMBERG · texte numérisé non relu

LE COMTE DE FURSTEMBERG

tera', que Sa Majesté a toujours si présents à la mémoire les services recommandables que ce grand ministre lui a rendus, qu'elle sera ravie de toutes les occasions qui lui donneront moyen d'en témoigner sa reconnoissance, en la personne de ceux qui lui appartenoient d'aussi près que ledit cardinal et lesdites dames. Il dira de plus audit cardinal qu'il a des ordres bien exprès de Sa Majesté de solliciter vivement auprès du pape les deux brefs dont M. le cardinal d'Esté et lui ont besoin de non vacando in curia pour les abbayes qu'elle a destinées à l'un et à l'autre. Et en effet Sa Majesté désire que ledit sieur duc en parle à Sa Sainteté comme de cbose qu'elle a fort à cœur et qui n'a jamais été refusée, sur la première instance qu'on en a faite aux papes ses prédécesseurs, si ce n'est depuis InnocentX, qui ne voulut perdre aucune occasion grande ni petite de donner des marques de son aversion à cette couronne, et qu'on a garde d'être capable de croire que Sa Sainteté veuille régler sa conduite sur un pareil exemple.

M. l'électeur de Cologne a résigné il y a déjà plus de deux ans à M. le comte Egon de Furstemberg', doyen de Cologne et son principal ministre, l'abbaye de Stablo ' qui est une principauté qui donne rang et voix délibérative dans les diètes de l'empire.

Le pape a toujours refusé d'admettre ladite résignation sous divers prétextes, mais on a sujet de croire que la véritable cause de son refus n'est autre que parce que les comtes deFurstemberg, dans la dernière assemblée de Francfort, portèrent l'électeur leur maître à favoriser et appuyer de son crédit les justes demandes qu'y faisoit le Roi et tous les intérêts de Sa Majesté, sans se mettre en peine des clameurs que faisoit au contraire la maison d'Autriche et que, depuis cela, lesdits comtes ont encore conseillé audit sieur électeur d'entrer dans l'alliance du Roi. Ledit sieur duc de

1. Ces deux sœurs sont la connétable Colonna et la duchesse de Masarin.

2. François-Egon de Furstemberg, né en 1626, nommé évéque de Metz en 1658, principal ministre de Télecteur de Cologne, Maximilien-Henri, fut toujours, ainsi que son frère Guillaume-Egon, déyoué à la France. Ils furent successivement Tun et l'autre prince-évéque de Strasbourg, et Ton sait la part qu'ils eurent dans la réunion de cette ville à la France. Le second nommé cardinal, en 1682, ne put, malgré Tappui de Louis XIV, succéder à l'électeur de Cologne dont il était coadjuteur. L*sdné mourut en 1682, et le second, à Paris, en 1704.

3. L'abbaye de Stablo, très importante, située dans la Belgique, dans le diocèse de Liège sur le Rechte, à trois lieues au sud de Limbourg.

Gréqui comprendra de là combien Sa Majesté doit désirer que ledit comte Egon ne souffre pas plus longtemps le préjudice qu'il reçoit à Rome parla seule considération d'avoir bien servi Sa Majesté et sa patrie même, en ce que Sadite Majesté n'a et ne prend d'autre intérêt dans l'empire que le maintien de son repos par l'observation exacte du traité de Munster qui est le seul but de cette confédération.

Sa Majesté désire donc que ledit sieur duc fasse en son nom toute sorte d'offices les plus pressants dont il pourra s'aviser , auprès de Sa Sainteté et de ses officiers pour surmonter les obstacles qui se rencontrent quels qu'ils puissent être à l'expédition des bulles de ladite abbaye de Stablo en faveur dudit comte Egon, témoignant même à Sa Sainteté que Sadite Majesté s'en tiendra très particulièrement obligée, comme son refus lui seroit fort sensible, en ce qu'elle pourroit ajouter quelque foi aux soupçons que d'autres ont eu que la dureté du traitement qui se fait audit comte n'est que pour avoir eu de l'affection pour les intérêts de cette couronne .

Pour conclusion du présent mémoire, Sa Majesté recommande audit sieur duc de n'user jamais en parlant ni écrivant du terme des deux couronnes, quand il aura à exprimer la France et l'Espagne ou le Roi et le roi catholique, et que même il prenne occasion de faire connoitre au pape que le Roi attend de sa justice et de sa bonté paternelle, qu'il voudra bien s'abstenir à l'avenir d'user dudit terme délie due corone, lorsqu'il parle aux cardinaux dans le consistoire ni dans les brefs apostoliques ou autres expéditions où son nom paroît et que Sa Sainteté remettra les choses dans l'ancien usage, conmie elles étoient avant l'innovation que Philippe II tenta de faire avec tant d'injustice, pendant la minorité d'un des rois prédécesseurs de Sa Majesté, dont à présent le roi d'Espagne s'est publiquement désisté en présence de son nonce et de tous les ambassadeurs et ministres des potentats étrangers qui résident auprès du Roi.

Fait à Paris le...

Louis.

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