‹ RomeChapitre 97 sur 186 · M. DE BOURLEMONT · texte numérisé non relu

M. DE BOURLEMONT

On connaît les détails de Tincident fameux qui provoqua le départ subit du duc de Créquy : c'est Taffaire de la garde corse. Outre le récit contemporain de Régnier Desmarais, on trouve deux récits complets de cet événement écrits d'après les documents d'archives, d'une part dans Touvrage de M. Chantelauze : le Cardinal de Retz et ses missions diplomatiques à Rome, d'autre part dans l'article de M. Gérin que nous avons déjà cité : r Ambassade de Créqui à Rome (Revue des Questions historiques, juillet 1880).

Le 20 août 1 662, vers sept heures du soir, une querelle s'éleva entre trois Français delà suite du duc de Créqui et trois Corses de la garde, aux euA-irons du Ponte-Sisto. Les Français, les Corses venant, de part et d'autre, au secours de leurs camarades, une échauifourée s'ensuivit. Les Corses sortirent en grand nombre de leur caserne, coururent au palais Farnèse et se mirent en devoir de l'attaquer.

L'ambassadeur, monté sur une terrasse, entendit les balles siffler à ses oreilles. La duchesse de Créqui, qui rentrait au palais, vit son carrosse arrêté ; elle-même fut insultée et une décharge des Corses tua un des pages qui l'accompagnaient. Elle dut rebrousser chemin et se réfugier chez le cardinal d'Esté. Lentement, très lentement, le gouverneur de Rome et don Mario, avertis, envoyèrent sur les lieux des homme? de police qui finirent par rétablir l'ordre, et délivrer l'ambassadeur enfermé dans le palais.

Le lendemain de cet événement et les jours suivants, des pourparlers furent échangés entre le Vatican et l'ambassade, d'une part

1. Archives des AfTaires étrangères. Rome, vol. CXLIX, fol. 52.

i50 M. DE BOURLEMONT, 1662.

pour protéger le duc de Créqui et ses gens, toujours exposés à la \1olence populaire, d'autre part pour établir les termes de la réparation. Ces pourparlers n'aboutirent pas. La cour de Home mit certainement dans tous ses procédés ime lenteur où Ton pouvait reconnaître du mauvais vouloir. D'autre part, le duc de Créqui était intraitable. Le 1" septembre, l'ambassadeur, ne se trouvant plus en sûreté à Rome, quitta la \ille et se retira sur les terres du grand-duc de Toscane. La plupart des Français et des cardinaux de la faction l'accompagnèrent.

Un courrier du duc, nommé Marquin, parti de Rome le 21, était arrivé à Paris le 29. Le lendemain de ce Jour, des lettres adressées au pape, aux cardinaux, au duc de Créqui manifestaient l'intention du Roi de tirer une éclatante vengeance des violences dirigées contre son ambassadeur. Le Mémoire que nous publions est rédigé également sous l'impression des premières nouvelles. Il ne nous parait pas qu'il ait été cité ni par M. Gérin, ni par M. Chantelauze. Il a l'avantage de développer complètement le plan de conduite qui futadopté par Louis XIV sur les conseils de Lionne. M. Gérin a d'ailleurs parfaitement observé que, tout en ne paraissant prendre conseil que de sa colère, Louis XIV n'oubliait nullement les intérêts de sa politique. Il saisit cette occasion de mater la cour de Rome et d'essayer de prendre sur elle l'ascendant de la crainte. On joua donc^ pour la solution de l'affaire, un double jeu qu'il est intéressant de suivre dans la correspondance échangée entre le Roi et ses divers agents. (Voir aux Archives des Affaires étrangères, Rome^ t. CXLV-CL.)

Les négociations d'ailleurs se prolongèrent pendant fort longtemps. Il fallut que Louis XIV en vint aux voies de fait, par la saisie du Comtat Venaissin, et même aux menaces plus directes, par l'équipement d'une armée destinée à envahir les États pontificaux, pour qu'il pût enfin obtenir Tadhésion de la cour de Rome aux demandes de réparation qu'il avait formulées. Enfin elle céda et le traité de Pise fut signé, le 12 février 1664, par l'abbé de Bourlemont d'une part, et Monsignore Rasponi de l'autre *. Le 28 mai suivant le duc de Créqui rentrait à Rome, tandis que le cardinal Chigi venait, à Versailles, présenter au Roi les excuses du gouvernement pontifical '. La satisfaction était complète et les bonnes relations apparentes étaient rétablies. Mais le fond des cœurs était blessé et les difficultés que rencontra toujours la politique catholique de Louis XIV trouvent, jusqu'à un certain point, leur origine dans les imprudences et les violences réciproques de l'affaire de la garde corse.

1. V. Corps diplomatique de Dumont. Traités de paix, t. VI, troisième partie.

2. Sur cette cérémonie et sur plusieurs incidents qui s*y produisirent, voir la Gazette de 1664, et les Mémoires de Saint-Simon (Édition des grands écriTains, t. V, p. 13). Les notes de M. de Boislisle sont des plus complètes.

AFFAIRE DE LA GARDE CORSE. ibi

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