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SAC AU DOS

J'avais passé tout l'été précédent à Naples et n'avais, plus grand'chosc à y découvrir ; aussi, celle fois ni'étais-je fait un itinéraire qui, prenant Naples pour centre, me permettait de rayonner sur plusieurs points que j'avais brûlés jusqu'alors.

Le mont Cassin était de ceux-là.

Sachant qu'on y accordait l'hospitalité aux voyageurs, depuis longtemps j'étais poursuivi par l'idée d'aller sonner à la porte du vieux monastère.

Donc, vers sept heures, content de partir, heureux do vivre, je montais en chemin de fer, en route pour le mont Cassin.

La campagne de Rome défila bientôt ; mais c'était une vieille connaissance ! Je l'avais arpentée tant de fois à pied, en voUurin, en chemin de fer, en diligence, que je me contentai de lui dire un petite bonjour », suivi d'un sincère « au revoir », du côté

d'Albano, et c'est avec une vive curiosité que je me plongeai dans les livres qui parlent de saint Benoît et des habitudes de son abbaye.

Vers midi, je descendais à San-Germano, petite ville bâtie au pied même de la montagne sur laquelle est construit le monastère.

La tête toute pleine de faits et de renseignements, mais l'estomac bien vide, mon premier soin fut de chercher une osteria de respectable apparence ! Sac au dos, un solide gourdin de voyage à la main, je m'acheminai vers la ville, bâtie à une petite distance de la station.

Pas un pouce d'ombre sur ce kilomètre de poussière blanche ; mais après une brouille d'une année avec le soleil, qui avait failli me tuer, deux ans auparavant, à Venise, nous nous étions réconciliés ; et, constatant une fois de plus que toute froideur avait cessé entre nous, je supportai la rigueur de cette route sans murmurer.

Arrivé à San-Germano, je ne fus pas longtemps h trouver mon affaire : dix pas dans la rue principale et j'étais pris au nez par une odeur irrésistible. Concentrant toute mon attention, et suivant la piste avec le flair qu'on a dans ces moments-là, je m'arrêtai devant la porte d'une trattoria d'apparence... plutôt sale, mais qui, sur le moment, me parut aussi remarquable que le Baptistère de Florence lui-même !

Je soulevai le filet bleu qu'on laisse tomber devant les portes, là-bas, pour conjurer l'invasion des

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mouches (vieil usage de plus de deux mille ans, dont personne ne veut avouer 1" inefficacité), et, m'installant dans une salle du rez-de-chaussée, je me fis servir à déjeuner.

En route, à l'heure hr niante de midi et à jeun, qu'y a-t-il de comparahle à l'ombre fraîche d'une salle bien close, au parfum d'une frittata, arrivant à propos, et à la gentillesse d'une petite bouteille de vin blanc de pays, toute grise dans sa robe de buée, et sortie fraîche de la cave, comme pour vous souhaiter le bonjour?

Peu a peu, les yeux s'habituaient à l'obscurité bienfaisante de cette salle, et l'on pouvait contempler à loisir les grâces du papier qui en recouvrait les murs. 11 reproduisait, un nombre considérable de fois, un épisode de la vie du général Garibaldi. (!e . papier est une vieille connaissance pour les voyageurs : il est le môme partout; seulement, en Suisse, ': Garibaldi est remplacé tantôt par 3Iazeppa, tantôt par (luiliaume Tell, ou, comme en France, souvent, par l'infortunée Geneviève de Brabant 1

N'est-ce pas bien naturel ?

Une heure sonna.

Songer à commencer l'ascension du mont Cassin à pareille heure, eiït été une véritable folie. Le soleil s'en donnait à cœur joie au dehors et là-bas, dans la montagne, surchaufi'ait jusqu'à l'exaspération la chanterelle des cigales.

Dans la ville, le silence n'était troublé que par le gentil glouglou d'une petite fontaine coulant de l'autre cùté de la rue et perdue dans le grand morceau d'ombre crue que faisait une maison tout ensoleillée.

J'entr'ouvris le volet. Pas une àme dans cette longue rue aux maisons closes.

Ce fut comme une vision rapide de lumière et, refermant vite, je me retrouvai avec un vrai plaisir dans l'ombre de la salle. Les gens faisaient la sieste ; et, comme en voyage il est bon de prendre les habitudes du pays que l'on traverse, tout San-Germano dormant, je pris le parti de faire comme tout San- Germano.

Je m'installai donc sur un mauvais canapé de paille, et d'un vieux numéro de VOpinione m'étant fait une moustiquaire, j'essayai de dormir.

On eût entendu voler une mouche; comme il y en avait bien cinq cents dans cette salle, le bruit de ce petit monde ailé faisait dans l'air comme une basse continue dont le ronron était irrésistible. Aussi, au bout de cinq minutes étais-je parti, et même tout à fait arrivé, au pays des rêves !

La tête toute pleine encore d'une partition achevée la veille, j'en fis un charmant. J'étais à Paris dans mon petit appartement de garçon ; on sonnait à la porte; j'allais ouvrir. C'était Pasdeloup qui venait me

demander Vaulorisation de jouer ma musique aux Concerts Populaires î Derrière lui, des chefs d'orchestre de toutes les grandeurs ; à leur suite quelque chose qui ressemblait au directeur de rOpéra-Comique et, tout à fait dans l'ombre de l'escalier, une forme vague qui pouvait bien être celle du directeur de l'Opéra.

Je me disposais à ftiire asseoir ces messieurs, lorsque je fus éveillé par un bruit de bottes accompagné d'un autre bruit de ferraille.

D'un revers de main, je mis VOpinione à mes pieds et, m'accoiidant, je prêtai l'oreille. Le bruit approchait régulièrement et s'arrêta tout près de la fenêtre. Je courus voii'.

C'étaient deux carabiniers royaux, conduisant un prisonnier enchaîné. Les trois hommes paraissaient harassés de chaleur et de fatigue ; ai'rêtés près de la fontaine, les deux soldats buvaient avidement et le prisonnier, dont les mouvements étaient paralysés par les menottes et de grosses cordes passées sur ses bras, les i-egardait avec une expression bestiale. . C'était un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu comme ^les paysans de la Campagne Romaine ou de la Sabine : un foulard noué derrière la tête sous un vieux chapeau pointu; aux jambes, une peau formant semelle sous le pied et retenue par des licelles ; une culotte courte en drap de couleur indéfinissable! une chemise entr'ouverte sur une poitrine velue et, sur l'épaule, une veste portée

avec un dernier reste de crànerie. Tout cela repoussant de saleté, en loques, sordide, et cependant formant dans ce cadre une tache qui eût enchanté un peintre.

Je regardais cet homme, affreux avec son regard louche et sa barbe grisonnante non rasée depuis plusieurs jours, lorsqu'une vieille horrible, sortant tout à coup de la maison voisine, puisa de l'eau dans une écuelle de bois et le fit boire, l'invectivant de la plus véhémente manière en un dialecte dont je ne pus malheureusement comprendre te sens ; mais la contradiction qui résultait de cet acte charitable accompli au milieu de ce torrent d'injures, avait quelque chose d'insolite qui eût presque amené le rire, si l'on n'eût songé que derrière tout cela so cachait peut-être quelque sombre drame.

« Andiamo ! » fit rudement l'un des deux soldats, coupant court à cette exubérance de la vieille qui avait déjà pour effet de faire sortir les gens de chez eux. Le cortège se remit lentement en marche poursuivi de loin par les imprécations de cette furie, et disparut bientôt au détour d'une rue.

Cette scène me rappela que San-Germano est le cœur même de ce pays charmant où fleurit longtemps le brigandage, cher aux dramaturges et aux librettistes d'opéras-comiques.

C'est là que le vrai Fra Diavolo, jadis,' s'est rendu fameux bien avant qu'Auber l'eût enchâssé dans un chef-d'œuvre!

Le soleil qui a fort à faire, comme on sait, ne s'était pas attarde' à la contemplation des bons g(Midarmes et du mauvais larron ; il commençait à descendre du côté de Rome et je ne voulais pas me priver complètement de sa compagnie pour faire l'ascension de la montagne.

J'appelai la padrona et voulus régler ma dépense avec quelques pièces de monnaie italienne que je me vis impitoyablement refuser, tant était grande alors l'habitude des petits billets variant decentfrancs a vingt-cinq centimes.

« On ne paie pas avec ceci.

— Gomment! voyez de ce coté la valeur écrite de la pièce, et de cet autre le portrait du roi Victor- Emmanuel.

— Oui, ceci est bien le portrait du roi ; mais on ne paie pas avec des médailles ! )>

Impossible d'en sortir; je dus reprendre mes pièces et payer en billets.

Etre exposé à mourir de faim dans un pays, parce que l'on ne possède que de la monnaie d'argent, est une extrémité dure, et je pense que les bonnes gens de San-Germano ont acquis, depuis lors, des idées plus nettes sur la numismatique !

164 SOUVENIRS DCN MUSICIEN

Après avoir quitté la ville, on traverse un joli bois d'oliviers planté sur les dernières pentes de la montagne.

L'ombre Une et légère de ces arbres, la forme bizarre de leur tronc entr'ouvert, qui semble attendre le retour de quelque divinité sylvestre, tout évoque le souvenir du monde païen, de ses dieux, de ses temples dans ce cadre qui n'a pas changé, sur ce mont même où saint Benoît plantait son église dans les ruines d'un temple d'Apollon, comme l'arbre de l'esprit nouveau dans le sol consacré des vieilles croyances.

Peu après, on sort de ce bois pour s'engager sur le chemin de mulet qui monte en lacet jusque sur le sommet de la montagne. Ici, plus de végétation. , Des pierres, des pierres, et encore des pierres. De loin en loin, une chapelle taillée dans le roc comme le reposoir d'un long calvaire.

On monte.

De petits cailloux, roulent sous les pieds et rebondissent derrière vous avec un bruit sec. Chaque pas fait détaler de jolis lézards qui semblent pulluler sur ce rocher brûlant. La vue s'étend; l'air s'épure ; le panorama, limité cependant par le voisinage rapproché de l'Apennin qui forme un cirque énorme, change à chaque détour de la route. Voici San- Germano, déjà tout petit, là-bas, au fond. Une heure quelconque sonne à son église et monte jusqu'à vous, emportée par une brise de l'est. A ce

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détour, les murs du monastère semblent tout près, là, au-dessus de la tête, et cependant il faut encore une heure pour y atteindre. Voici des Anglais qui descendent sur des ânes ; les femmes ne sont pas contentes : on n'a pas voulu les laisser entrer. Plus de bruit. Ce silence particulier aux hauteurs. Un aigle passe tout près. Le roc cesse et fait place a quelques prairies. Un brusque détour du chemin découvre un mur à gauche; on le suit. Une grande porte de forteresse. C'est le mont Cassin.

En me promenant, deux heures m'avaient suffi pour y arriver.

11 était plus de cinq heures.

Je sonnai: la porte s'ouvrit, et Je me trouvai da^is une sorte de grotte sombre, en forme de galerie, dont la fraîcheur me parut délicieuse.

On dit que c'est là qu'habitait saint Benoît lorsqu'il vint prêcher le christianisme en ce pays vers le VI® siècle. Par quelle série d'événements ce lieu, qui semblerait devoir être le sanctuaire même du couvent, en est-il devenu l'entrée et Thabitation du concierge? Je ne sais. Cependant en entrant là, en entendant la lourde porte se refermer derrière soi, on se sent pris d'une émotion pleine de charme et de grandeur.

Le portier m'attendait, debout sur le seuil de son

habitation C'était un homme roux, vêtu d'une soutane noire et parlant l'italien avec un fort accent tudesque.

« One demandez-vous ?

— L'hospitalité'.

— Quelle est votre nationalité?

— Français. ))

Aussitôt il dépêcha un jeune serviteur, également vêtu d'une soutane noire, et me dit d'attendre.

Pendant ce temps, il m'expliqua qu'en pareil cas, il est d'usage de faire prévenir un Père bénédictin de la nationalité du voyageur, et que j'allais pouvoir m'entretenir avec un de mes compatriotes.

Cela me causa une vive joie.

Les Parisiens sédentaires ne peuvent s'imaginer ce qu'est, par exemple, la vue du drapeau après une absence de deux ou trois ans ! Je me rappelle avec quelle profonde émotion je vis un jour, dans le port de Portici, un brick de Narbonne qui portait à l'arrière son pavillon de France déployé par le vent. Ce petit bout d'étoffe vous parle si bien de ce coin de terre où ils sont tous, ceux-là qu'on aime, que le meilleur accueil de l'étranger ne vous fait pas oublier et qu'en somme on n'est jamais bien certain de revoir !

Aussi la rencontre d'un compatriote, avec qui l'on va pouvoir causer dans sa langue, est-elle une vraie bonne fortune pour le voyageur, et ce n'est pas sans

une ccilaine impatience que j'attendais le retour du jeune messager.

Il revint bientôt et me servit de guide.

Au détour de la grotte d'entre'e, je me trouvai dans une vaste cour entourée de portiques, dont la superficie est occupée par un immense escalier aboutissant à un plateau (extrême sommet de la montagne) sur lequel se dresse la basilique.

Cette richissime décoration, ces beaux profils d'architecture s'enlevant sur un ciel d'une incomparable pureté, ces marbres polychromes, ces statues, font de cette arrivée comme un coup de théâtre pour les yeux: l'esprit y reçoit une profonde impression de silence, de recueillement, de calme et d'apaisement.

Au milieu do l'escalier, interrompu de loin en loin paj'de larges paliers, m'attendait un l*ère bénédictin.

C'était un homme do quarante ans environ, d'une taille moyenne, blond roux, le teint un peu coloré et le visage souriant; il m'accueillit avec beaucoup de courtoisie, ravi, disait-il, comme je l'étais moimême, de se retrouver avec un compatriote.

Après les premiers compliments, il me demanda qui j'étais. Je lui remis ma carte de pensionnaire de Rome ce qui me valut de sa part un redoublement de courtoisie. Il me prit le bras et me conduisit au haut de l'escalier où il me fit asseoir dans un petit jardin on terrasse qui longe à gauche l'immense

église; ià tournant toujours ma carie entre ses doigts, il me pria de l'attendre un moment pour aller annoncer ma venue à l'abbé mitre, supérieur du monastère.

Pendant son absence, je regardais autour de moi, émerv^eillé, comme dans un rêve, cet horizon de montagnes, cette nature sereine et cette architecture si curieusement décorative qui m'entourait.

Le Père français revint bientôt, tout joyeux, me dire que l'hospitalité m'était accordée, *et que je pouvais me considérer comme chez moi jusqu'au lendemain midi. Le jeune serviteur, qui se tenait respectueusement à distance, s'approcha sur un signe du Père et prit mon bagage, pendant que tous deux me conduisaient à mon appartement.

Dans un grand bâtiment, attenant à l'église et servant d'habitation, on me fit traverser d'immenses corridors sur lesquels ouvrent de petites portes régulièrement espacées ; au bout d'un de ces corridors, nies guides s'arrêtèrent et m'introduisirent dans une antichambre qui donnait accès à deux pièces : dans l'une était une table, un grand canapé et des fauteuils de cuir vert ; dans l'autre un lit de cuivre, une table, une commode et quelques sièges.

Dans la chambre à coucher, deux petites fenêtres romanes s'ouvrent sur l'admirable vue de la vallée, avec le voisinage immédiat d'un peuplier tremblotant.

Après m'avoir installé, le Père français me laissa, appelé dans le couvent par ses devoirs ; il

m'annoïKja que je dînerais à huit heures, et qu'il viendrait lui-même me chercher pour me conduire au réfectoire. Jusque-là, liberté complète m'étail laissée.

Accoudé sur l'une des fenêtres, je restai quelque temps en cet état d'esprit vague, et non sans saveur, oîi nous jette le premier contact avec des choses absolument étrangères à nos habitudes; puis, machinalement, je sortis.

De charmants jardins en terrasse forment autour de l'édifice une promenade naturelle fort pittoresque et variée selon l'orientation. Une petite allée, prise au hasard, me ramena devant l'église oii j'entrai.

Partout des marbres multicolores; des dorures surplombant; des stucs, au plafond, tombant paternellement sur la tête des assistants à chaque tremblement de terre, ce qui nécessite la présence permanente de grands échafaudages destinés à les rétablir après chaque secousse (et elles sont fréquentes dans ces montagnes voisines du Vésuve ! ) une surabondance de richesses dans une architecture qui ne laisse à l'œil aucun répit, aucune ligne où se tîxer ; une impression d'ensemble plutôt théâtrale, telle est l'église du mont Cassin, semblable en ceci a beaucoup de basiliques italiennes qui ne peuvent rien sur l'esprit de ceux dont le cœur a tressailli dans l'ombre mystique de nos vieilles cathédrales gothiques.

Bien plutôt attiré par le spectacle du dehors, par cette nature qui n'y met pas tant de façons, pour être sublime, j'allais me retirer lorsque j'entendis s'ouvrir une porte sur le bas côté de gauche ; celle d'une sacristie, je crois. J'en vis sortir, dans leur sévère costume, les Pères bénédictins précédés de leur abbé, vêtu comme eux, mais portant, comme insigne, une petite calotte violette sur la tête.

Je m'etïaçai derrière un pilier pour les laisser passer.

L'abbé traversa la nef suivi de tous les Pères; après s'être incliné au milieu, du côté du maîtreautel, il alla s'agenouiller dans le bas côté de droite au seuil d'une petite chapelle.

L'abbé s'était prosterné sur un prie-Dieu recouvert d'un grand tapis de velours: autour de lui, les Pères s'étaient agenouillés par terre, au hasard.

Pas un mot : rien que le froissement des lourdes robes de ces hommes noirs, qui se détachaient vigoureusement sur l'éclatante couleur des marbres.

La prière fut courte et muette ; tous se relevèrent bientôt et, revenant sur leurs pas, disparurent par la petite porte de gauche, qui se referma derrière eux.

Bien des pompes de l'Église ne valent pas cette oraison silencieuse et profondément touchante en sa simplicité !

J'allais rentrer chez moi par les jardins, lorsque

le Père français vint me rejoindre, me dit qu'il avait pu se rendre libre et me proposa de visiter le monastère.

J'acceptai avec empressement et nous commençâmes une très curieuse promenade. C'est d'abord la bibliothèque qui nous attira en premier ; mon guide en était le conservateur, au nom de sa passion pour les livres. Je ne les crains pas non plus ; aussi cette profession de foi sembla-t-elle me grandir en son estime.

Cette bibliothèque, assez bien aménagée, contient 40.000 volumes, selon le chiffre qui me fut accusé; elle renferme surtout de très rares manuscrits. Le Père français me fit voir notamment de curieuses copies d'antiphonaires remontant au ix^ siècle ; il me demanda de lui en chanter quelques lignes, ce que je fis de mon mieux et ce qui parut lui être extrêmement agréable. Puis il me montra un livre très intéressant, couvert des plus illustres signatures, et parmi lesquelles je reconnus celles de plusieurs musiciens : Liszt, Thalberg, etc., venus jadis demander l'hospitalité au mont Cassin.

Ce fut le tour de l'imprimerie du couvent ; elle est polyglotte, ce qui n'est pas ordinaire et nous retint assez longtemps.

Après quoi nous passâmes dans une espèce de salle d'étude où se trouvaient plusieurs jeunes gens qui se levèrent à notre entrée, et au sujet desquels le Père s'arrêta un instant.

17^ SOUVENIRS D'UxN MUSICIEN

On sait que le mont Cassin donne l'instruction à plus de cent cinquante élèves qui habitent le monastère. Ce sont, pour la plupart, les fils des familles les plus conside'rables de l'Italie ; parmi eux on compte beaucoup de Napolitains et, à l'e'poque de ma visite, les événements politiques avaient décidé beaucoup de ces jeunes gens à se vouer à l'état ecclésiastique.

La nuit venait rapidement, car on sait qu'en Italie il y a peu de crépuscule ; l'obscurité était donc presque complète quand je regagnai mon domicile, toujours accompagné de mon aimable guide. Il me quitta de nouveau. Une cloche venait d'annoncer le repas des Pères et des élèves, et ce n'est qu'après celui-ci qu'il est d'usage de servir les étrangers.

Au dehors c'était l'heure délicieuse, douce, rêveuse du soir, sous un ciel où se mouraient les dernières clartés ; une étoile se levait brillante dans le ciel d'un bleu de saphir. On n'entendait que le seul bruit du petit peuplier tout frémissant dans une brise embaumée... Je me sentais prodigieusement heureux !

A huit heures, le Père français vint me chercher pour me mener dîner.

On repassa par ces immenses corridors plongés maintenant dans une complète obscurité. Aux bifurcations à angle droit, seule une petite lampe pendue à la voûte, sous un abat-jour de fer-blanc, faisait d'impuissants efforts pour fouiller toute cette ombre.

On parlait à voix basse.

Ici encore une impression vraiment nouvelle. (Tétait bien le couvent sombre, silencieux comme une tombe; il fallait la bonne humeur de mon guide, tout noir, pour me rappeler que je n'étais pas au pays des spectres et que j'allais simplement diner.

Enfin on ouvrit un(^ porte donnant sur une salle immense, grande comme une cathédrale, et éclairée par une ou deux lampes qui ne servaient que de repoussoirs à l'obscurité.

C'est le réfectoire ; plus de trois cents personnes peuvent y prendre place. Tout autour une grande boiserie fait songer aux stalles d'un chœur d'église : attenant à cette boiserie et exhaussé d'une marche, un banc précédé d'une table. C'est là que s'asseyent les Pères bénédictins.

Au milieu, une série de tables pouvant chacune contenir vingt places environ. C'est là que se tiennent les élèves placés ainsi sous l'œil de leurs maîtres.

Au-dessus des boiseries, de grandes fresques montent jusqu'au plafond, interrompues par de larges fenêtres envoyant d'en haut un jour tamisé par des vitraux.

Dans la journée, en pleine lumière, quand toutes les places sont occupées, ce réfectoire doit faire songer à une immense Cène, aux Noces de Cana, à la Multiplication des pains ou à tout autre formidable tableau où le temporel et le spirituel semblent étroitement unis. A cette heure, dans cette nuit, il ressemblait à une vaste église solitaire.

Le Père français, familier avec toutes ces choses, n'en recevait plus que l'influence indirecte et paraissait même un peu surpris de ma surprise.

11 me conduisit au bout de la salle et me fit asseoir à l'une des tables réservées aux Pères.

Un serviteur apporta le dîner : c'étaient d'abord des racines sur un plat.

Il faut croire que mon visage exprima un grand étonnement, car le Père alla au-devant d'une objection que, bien entendu, je n'eusse formulée sous aucun prétexte.

— Rassurez-vous, me dit-il en souriant, c'est notre règle ; mais si ceci doit vous être servi, vous n'êtes nullement obligé d'y prendre garde.

Toute latitude étant laissée, il n'y avait plus qu'à faire honneur au reste du dîner, frugal mais très suffisant. Mon obligeant compatriote était ;issis en face de moi, donnant des ordres pour que je ne manquasse de rien, et nous causions avec un vrai contentement l'un de l'autre. Comme moi-même il éprouvait un vif plaisir à parler français avec un Français, vite, à demi-mot sur certaines choses, employant d'innocents sous entendus sur certaines autres, et cela avec beaucoup de bonhomie et de simplicité.

Au bout d'un quart d'heure, nous reprenions le chemin de mon appartement.

Nous avions échangé quelques idées sur lesquelles nous nous étions trouvés d'accord; une sympathie

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réelle scuiblail nous rapprocher. Arrive' chez moi, je lui demandai la permission d'allumer un cigare, ce qu'il m'accorda de la meilleure grâce. 11 s'était assis dans un grand fauteuil ; allant et venant autour de lui, je ne pus résister au désir que j'avais depuis quelques instants, de lui demander par quel enchaînement de circonstances lui, Français, se trouvait au mont Gassin. A vrai dire, la simplicité extrême des manières de mon interlocuteur m'enhardissait un peu à lui faire cette demande. Je ne flairais pas une âme très romanesque sous cette bonne et franche figure ; aussi ma question ne l'étonna-t-elle guère, et, tout naïvement, il me conta sa vie droite et simple comme lui.

Normand de naissance, il sortit du séminaire et fut vite nommé vicaire, puis curé d'un petit village voisin du sien. Il habitait un modeste presbytère avec sa mère qu'il adorait. Elle vint à mourir. Il en ressentit un tel chagrin qu'il fit une maladie dont il faillit mourir lui-même. Revenu à la vie, cependant, et convalescent, il demanda à son évéque la permission d'aller à Rome. Il vit le pape, vint à Naples et, en passant, s'arrêta au mont Cassin. Frappé de la beauté du lieu, du calme, du recueillement des Bénédictins, se sentant seul au monde, il voulut rester là, échangeant la soutane du prêtre contre la robe du moine. Il y était depuis quelques années, cicatrisant sa blessure et, sans doute a dû y mourir.

Le récit fait tout doucement, sans la moindre

recherche de l'effet, avait le touchant intérêt des choses sincères et vécues. Nous causâmes encore quelque temps; puis, après nous être serré la main, le Père français se retira.

.Te restai seul.

Seul dans cette cellule de moine ; sous ce toit dont l'histoire a près de quatorze siècles ; par une belle nuit sans lune, éclairée par des milliers d'étoiles !

La douce chose que ces impressions si nouvelles et si fécondes ! Quel charme d'écouter ces voix intérieures disant : (( Va, regarde, apprends, travaille, espère ! »

Puis je me pris à songer à Paris ; à Paris oii l'on Irouve des gens, fort intelligents, qui vous demandent pourquoi diable on envoie les musiciens à Rome !

Pourquoi ?

Pour leur donner beaucoup d'heures comme celle que je traversais en ce moment.

Oui, la musique est là aussi bien que dans la fréquentation des plus purs chefs-d'œuvre. L'une par l'autre, ces deux formes se complètent : l'étude et la contemplation.

Oui sommes-nous pour la plupart ? Fils de la bourgeoisiegrandeoupetite,les plus heureuxont reçu quelque instruction; les autres, la majorité, n'ont guère appris que leur art. Tous avant d'aller là-bas ont dû beaucoup travailler pour apprendre, beaucoup travailler pour vivre : celui-ci allant jouer le soir à

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l'orchestre des petits théâtres; celui-là tenant l'orgue clans quelque église, tous donnant des leçons ! Estce en un pareil milieu que le petit «je ne sais quoi » qui nous a fait décerner un bout de laurier peut se développer, grandir et donner son fruit? Le prix de Rome a ce seul avantage, cette unique certitude, de permettre à celui qui l'obtient de se recueillir et de se rendre compte de ses forces. C'est là, sous ce merveilleux ciel de l'Italie, au milieu des chefs-d'œuvre légués par les plus hautes intelligences d'artistes, que celui qui a quelque chose en soi peut le dégager. Ce séjour est le complément nécessaire des études; après les années consacrées à acquérir la technique d'un art, quelques autres sont indispensables où dans le calme, et surtout dans l'absence de préoccupations matérielles, on puisse fondre le tout au foyer intérieur de l'individualité.

On sait bien que cela n'a rien à voir avec le résultat matériel des choses à venir, et que, celui-ci réussira là où cet autre est mort à la peine : mais ceci est la loi ordinaire des choses de ce monde et, malgré sa rigueur, l'homme (comme il en use avec la terre qui le nourrit) doit s'occuper de sa propre culture avant de songer à la moisson. Celle-là ne dépend que de lui-même, comme celle-ci ne dépend que du hasard.

Cette crise cén obi tique m'avait conduit assez tard dans la nuit ; je me couchai et je dois avouer que je

ne pus dormir. Ce gueux de peuplier, dont le feuillage venait presque balayer la fenêtre, devenait très bruyant dans son démêlé avec le vent de la nuit, et, n'eût été la sainteté du lieu, je. l'eusse volontiers envoyé à tous les diables.

Le jour vint, et renonçant décidément à dormir, je me levai. J'étais prêt à sortir lorsqu'on frappa à la porte. C'était le Père, le bon Père français qui venait me demander ce que je voulais qu'on me servît pour mon premier déjeuner ! Je lui laissai le choix, et je vis, bientôt après, venir un serviteur apportant du café et du pain frais.

c( Avez-vous bien dormi? » me dit mon hôte.

« Admirablement, mon Père !

— Allons, tant mieux; » — et me prenant le bras, il me mena visiter les orgues de l'église qui, dans le pays, passent pour une merveille, et qu'aux jours de fête les paysans viennent entendre de fort loin.

« Il y a des jeux qui imitent le chant des oiseaux, le tonnerre, la pluie et le vent, c'est tout à fait admirable, me disait-il : quel dommage que les réparations en cours vous empêchent de vous en rendre compte! )>

Je bénis Iheareux hasard des « réparations en cours » qui s'opposaient à ce que je fisse l'orage à moi tout seul dans l'église, pour la plus grande joie de mon excellent guide, et, sur son conseil, j'allai visiter le musée.

Je n'en ai gai'dé qu'un souvenir assez plaisant :

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celui d'un custode somnolent el fantaisiste. Après niavoir introduit, il s'installa sur une chaise; adossé au mur, et croisant ses mains sur un ventre respectable, il se mita ronfler comme un bienheureux.

Après une rapide inspection de ce musée, dans lequel brille sans grand éclat le chevalier d'Arpino, j'allais me retirer, lorsque je fus attiré par une étrange tète de vieillard. Ce n"est pas qu'elle soit très remarquable; mais ce qui frappe, à l'analj^se, c'est la jeunesse de ce visage, et la pénétration de ce regard encadrés dans une barbe et dans des cheveux d'une éblouissante blancheur.

J'allai frapper sur l'épaule du custode endormi.

« Quel est ce portrait ? »

Et lui s'éveillant à demi :

« C'est celui de Notrc-Seigneur Jésus-Christ !

— Comment! avec des cheveux blancs et une barbe de neige ! ))

Alors, écarquillantles yeux et les refermant aussitôt pour reprendre son somme :

« Ah! je me trompe, c'est le Père Eternel ! »

Je retins une forte envie de rire et, muni de ce renseignement, je m"en allai sur la pointe des pieds, laissant l'homme à son rêve !

J'avais vu au mont Cassin tout ce qu'y peut voir un étranger : j'étais enchanté de l'accueil reçu et, désirant regagner le chemin de fer avant le plein de la chaleur, je me mis à la recherche du bon Père français pour prendre congé de lui. L'ayant trouvé,

je le remerciai vivement de sa cordiale réception. Je le chargeai aussi de mes remerciements et de mes respects pour l'abbé, et lui demandai s'il était d'usage de laisser quelque offrande; il me répondit que non, que l'hospitalité était complète, mais que j'étais libre de déposer une aumône dans le tronc des pauvres, ce que je m'empressai de faire. Puis, jetant un dernier regard sur cette belle cour d'arrivée, je descendis l'immense escalier et me retrouvai sous la voûte d'entrée. Sur le seuil de la lourde porte, jusqu'où le Père français était venu me reconduire, nous nous regardâmes encore bien en face, nous serrant les mains comme des gens qui ne se reverront peut-être jamais, et nous nous séparâmes de la façon la plus cordiale.

En me retrouvant sur le chemin de San-Germano, je revoyais dans le détail les quelques heures que je venais de passer là; et, m'asseyant au bord de la route, une dernière fois je regardai ces murs énormes perdus sur ces hauteurs où rien de la bataille humaine ne saurait pénétrer.

Cependant à celui-là qui, dans les grandes envolées de la jeunesse, avec toute une vie devant soi, a entrevu la cime choisie par son ambition; qui, dans l'âge mur, au milieu de la lutte et rassemblant tous ses efforts, a vu sans cesse le but reculer devant lui; qui, enfin, parvenu au seuil de la vieillesse, à cette heure de la vie où l'on en a assez des hommes et des

choses parce qu'on n'en peut plus rien allendre; à celui-là il doitètre doux encore de frapper à cette porte, non plus comme un voyageur qui vient demander l'hospitalité d'un jour, mais comme un vaincu cherchant une retraite, pour y guérir ses blessures dans la paix du travail et la pensée de l'au-delà !

Seulement, et comme il faut songer à toul, malgré son renoncement aux choses de ce monde, si celuilà tient encore au sommeil, ce dernier ami, je lui conseille de ne pas choisir la cellule aux deux petites fenêtres romanes qui s'ouvrent sur le trop bruyant peuplier du mont Cassin !

ASaii-Germano je retrouvai le chemin de fer; à quatre heures et demie j'arrivai à Naples et me dirigeai tout droit vers la Casa Combi?

Ou'est-ce que la Casa Combi.

C'est une respectable maison meublée qui depuis des temps reculés sert de débotté aux artistes en voyage. Elle a son histoire et sa légende. Il n'est pas un pensionnaire de Rome depuis un siècle, pas un touriste, touchant de près ou de loin à la brosse ou à l'ébauchoir, qui n'ait dormi là. C'est un rendezvous convenu sans qu'on se soit rien dit. C'est... C'est la Casa Combi enfin: et, pour nous autres, elle fait partie des monuments historiques de la ville.

Cependant au dehors rien n'attire l'attention ; c'est une maison comme beaucoup d'autres, et si certains détails de construction peuvent donnera penser qu'elle date duKriii*" siècle, elleu'a néanmoins que des rapports très indirects avec l'architecture proprement dite. A l'intérieur, un escalier sombre est entretenu avec cette propreté tout à fait relative

qui passe à Naples pour de la recherche ; de grands paliers, s'éclairant sur une cour triste, donnent accès à deux appartements : l'un à droite, l'autre à gauche.

Au troisième et au quatrième étage, on sonne : c'est là.

Soit, mais pourquoi la Casa Combi de préférence à toute autre offrant le même escalier sombre, la même coLir triste, les mêmes chambres peintes à la colle et pavées de marbre ?

Pourquoi ? D'abord parce que cette maison est bâtie au beau milieu du quai de Sainte-Lucie, juste en face du Vésuve, et que le quai de Sainte-Lucie avec le Vésuve en face, c'est tout Naples. Ensuite on va là parce que les autres y sont allés; parce que c'est une tradition; et comme le sentiment qui vous y ramène est celui de tous, on a toujours quelque chance d'y rencontrer un visage de connaissance.

En arrivant, ce jour-là, j'appris que Lafrance était installé depuis quelques jours. En ce moment il travaillait au Musée et revenait chaque soir, avant son dîner, annonçant son arrivf'r dans l'escalier avec cette belle voix de baryton que nous avons tous cherehé sans succès à lui faire cultiver, et qui était une des mieux timbrées qu'on put entendre. Dans uncoi-ridor ou dans un escalier, elle faisait merveille. Aussi le bon Lafrance ne manquait-il jamais d'attaquer la sérénade de Don Juan ou un certain air du Barbier, en mettant le pied sur la première marche!

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« Almaviva sonio, non so Lindoro ! Tiens, c'est toi, fit-il en ouvrant la porte. Bravo! nous allons dîner ensemble ! w

Pauvre Lafrance ! celui-là n"a pu faire tout ce qu'il souhaitait !

Cependant son Saint Jean et une statue de Frédéric Sauvage à Boulogne-sur-Mer ne le laisseront peulêtre pas oublier tout h fait î

Quelques instants après nous étions sur le quai de Santa-Lucia, installés à la Trattoria del Vesuvio au milieu des joueurs d'organetto, des chanteurs ambulants, des marchands de cannes, de chiens, de perroquets, grouillant dans une double haie à'ostricari aux noms flambo^^ants : Salvatore Scarolello, Vincenzo Gapezutto, etc.. etc.

Enfin c'était Santa-Lucia ; c'est dire clairement que nous étions submergés par le Naples bruyant, hurlant, beuglant et gesticulant qui est une des choses les plus pittoresques qu'on puisse voir, entendre et... sentir !

Quel contraste avec mon séjour de la veille sous les voûtes austères du mont Gassin !

Ce qui frappe tout d'abord à Naples, c'est l'amour qu'ont les habitants pour tout ce qui est bruit et

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mouvement; rencontrez-vous dans la rue un homme que vous avez vu une fois, il se dépense plus pour vous demander de vos nouvelles, que s*il lui fallait faii'o une harangue sur la place publique. Les harnais des chevaux sont constellés de sonnettes, tantôt entourant la tête, tantôt accrochées sur la selle à de petits moulins de cuivre qui, à chaque coup de vent, tournent, grincent, piaillent, assourdissent les passants et font comme les petites flûtes d'un charivari perpétuel, où les hautbois seraient représentés par le cri nasillard des marchandes de buona baruca, et la basse, par la plainte des acquajuoli vantant la saveur du sambiico mélangé à de l'eau glacée.

Levez-vous les yeux, des noms ou des enseignes invraisemblables font éclater de rire les gens les plus taciturnes : n'y avait-il pas, au beau milieu de la rue de Tolède (la plus animée), un malheureux bazar à treize sous, dont la façade portail cette enseigne, écrite en français :

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